mardi 7 juillet 2020

Atlantico Business : Après avoir massivement accepté le télétravail, les Français commencent à en ressentir les perversions...


Un peu, ça va ! Mais beaucoup de télétravail, « y en a marre ! ». Le télétravail commence à provoquer autant d’agacement, de lassitude et d’inquiétude qu’il a soulevé d’enthousiasme pendant le confinement.






Peu de dirigeants et encore moins de salariés osent en parler haut et fort, mais le télétravail commence à leur peser.

Au moment du confinement, au mois de mars, lorsque beaucoup d’entreprises ont demandé à leurs salariés de travailler de chez eux si leur activité le leur permettait, la perspective les a d’abord un peu surpris.
Ceux qui travaillaient dans les systèmes de production sont restés dans les usines, sauf à exercer leur droit de retrait s’ils estimaient que les conditions sanitaires les confrontaient à des risques de santé qu’ils ne pouvaient pas affronter et ceux-là sont partis en chômage partiel.

Dans le commerce non-essentiel, dans l’hôtellerie, la restauration, le transport, les personnels ont été invités au chômage partiel. Mais tous les personnels administratifs, appartenant notamment dans les entreprises aux fonctions supports, ont été mis au télétravail.

Le résultat est explosif. Une enquête réalisée par l'Association Nationale des DRH a révélé qu‘il existait un véritable engouement dans la majorité des cols blancs pour cette forme de travail.

A l‘issue des grèves contre la réforme des retraites, en décembre 2019, on avait compté 28% de personnes qui avaient décidé de rester travailler depuis chez elles. Au moment du confinement, c’est 40% des personnels qui ont opté pour le travail à domicile. Près de la moitié des salariés. Du coup, les entreprises qui n’étaient guère enthousiastes envers le télétravail ont équipé leurs salariés avec des logiciels et des ordinateurs.

Certaines ont même pris quelques libertés avec le droit du travail en demandant à leurs salariés de ne pas respecter les horaires légaux et de les dépasser jusqu'à 60 heures par semaine ou de rogner sur le repos hebdomadaire.

On s’est donc rendu compte que, pendant le confinement, le rapport au travail pouvait profondément se modifier. On a découvert que certains « jobs » étaient indispensables et pas seulement les personnels soignants qui sont devenus de véritables héros, mais aussi les caissières d’hypermarché, les travailleurs de l’agroalimentaire, parce que les usines ont continué de tourner et heureusement, parce qu’il fallait bien nourrir les Français, et puis tous les personnels d’entretien des voieries et des espaces publics.

Mais parallèlement, il faut reconnaître que les 40% de salariés (près 9 millions) bénéficiaires de l’allocation de chômage partiel, avec un bon tiers qui a continué de toucher 100 % de leur salaire, ont assez bien supporté cette période.

Tout comme ceux qui étaient au télétravail et qui ont découvert l’intérêt et le confort de la liberté de travailler chez soi : un cadre de travail plus calme, sans le stress du transport quotidien, sans horaires stricts. Bref, ils ont découvert ou redécouvert une forme de vie à laquelle il leur arrivait d’aspirer mais qui leur paraissait irréelle.

Sur les 45% de salariés qui ont été en télétravail, les deux tiers étaient des primo-télétravailleurs et pour eux, ça a été une révélation.

A tel point que si les premiers jours du confinement les ont angoissés, les premiers jours du déconfinement l’ont été tout autant.

Pour la grande majorité des salariés, ceux qui étaient au chômage partiel comme ceux qui étaient en télétravail, le déconfinement a suscité quelques inquiétudes au point de rendre difficile la remise en route de l’économie française.

En bref, beaucoup de Français se sont plu au chômage partiel, comme beaucoup de télétravailleurs s‘étaient installé chez eux.

Aujourd’hui, plus d’un salarié sur deux est encore réticent à l’idée de retourner en entreprise, parce qu’ils craignent les risques de se retrouver dans un système hiérarchique, avec des chefs, des petits et des grands et d’avoir à travailler avec des collègues qu’ils n’apprécient pas toujours. Ils craignent aussi de perdre cet équilibre entre vie privée et vie professionnelle qu‘ils avaient restauré avec en prime la liberté de s’organiser, la souplesse et la flexibilité dans les horaires.

Globalement, environ la moitié des télétravailleurs souhaitent continuer à télétravailler au moins une fois par semaine. Une fois, mais pas plus !

La proportion des télétravailleurs convaincus a quand même tendance à diminuer, compte tenu des inconvénients du télétravail parce que parallèlement aux atouts, l’expérience a révélé les effets pervers.

1) Si on analyse la sociologie des télétravailleurs, on s’aperçoit que cette population n’est pas homogène. Entre les télétravailleurs, cadres moyens ou employés de bureaux de Paris ou de la région parisienne, et les cadres dirigeants qui ont les moyens de vivre à la campagne ou dans des espaces confortables et de se déplacer librement, il existe un fossé très profond. Il est évident que l’employé de banque coincé dans un quatre pièces avec ses trois enfants en bas âge a eu beaucoup plus de difficultés à télétravailler que le PDG refugié dans sa propriété normande.

Le télétravail met en évidence des inégalités de conditions de vie qui sont supportables en période de confinement, mais qui le sont beaucoup moins sur le long terme.

2) Il est évident aussi que le télétravail prive le télétravailleur de contacts professionnels et personnels qui sont, quoi qu’on dise, facteurs de progrès. Chez PSA où le télétravail semble être généralisé, la décision ne fait pas l’unanimité avec, dans l’industrie, le risque d’avoir deux catégories de personnels. D’un côté, des ouvriers qui travaillent dans l’usine, et de l’autre, des employés et des cadres qui auront la chance de travailler de chez eux.  

3) Le télétravailleur n’est pas aussi libérateur que certains le pensent. Il oblige les salariés à rester chez lui, il le prive donc de contacts personnels qui peuvent lui être utiles tant au niveau professionnel que de son épanouissement personnel.

4) Enfin, la généralisation du télétravail va obliger les directions de relation humaine à inventer des relations sociales nouvelles, mais aussi inciter les syndicats qui n’y sont naturellement pas très favorables à ouvrir des négociations pour obtenir de nouvelles règlementations du travail et compenser les inégalités qui ne vont pas manquer de se creuser.

Le télétravail génère évidemment des effets pervers, qu’il faudra bien réussir à éluder s’il doit correspondre à une tendance de fond en terme d’organisation du travail. Les théoriciens et coachs en organisation du télétravail ne manqueront pas de faire leur apparition.

Source Atlantico business - rédigé pr Jean-Marc Sylvestre

Sir Arthur Conan Doyle est mort le 7 juillet 1930.






"Père de plume" du célèbre détective Sherlock Holmes, il appréciait la France et notamment le château Gaillard aux Andelys qui inspira certains de ses romans.

Le 23 mai 1959, à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de l'auteur, le journal de 20 heures se rendait sur place à la rencontre de Madame Ricard, une amie de l'auteur. Elle avait bien connu l'écrivain qui aimait venir passer des weekends dans la région.
"Il aimait beaucoup se promener, il aimer beaucoup monter dans les ruines du château Gaillard. Le pays l'intéressait en général au niveau historique..."

Si Arthur Conan Doyle est resté célèbre pour ses romans policiers, cette vieille amie avouait préférer ses romans historiques.

"Il parlait peu de son Sherlock Holmes mais il y a une chose qui a marqué mon enfance, c'est qu'il m'avait dit qu'il fallait beaucoup observer tout ce qui se passe autour de soi. Même les bibelots, même les tableaux, quand on entrait dans une maison. Et il a ajouté que cela lui avait énormément servi".

L'écrivain profitait de ses séjours aux Andelys pour écrire quelques "pages ou chapitres de ses romans dans la pièce où nous avons conservé son écritoire, où il aimait écrire. La pièce est restée presque telle qu'il l'avait connue. Il aimait beaucoup cette maison, elle est restée exactement dans le même état. Un peu plus abîmée parce que malheureusement la guerre est passée par là. Mais enfin, c'est toujours la même maison et le même décor".

Rédaction Ina le 06/07/2020













https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1959-visite-de-la-maison-ou-conan-doyle-ecrivait-en-france



lundi 6 juillet 2020

Partez en vacances des livres plein la tête !

Sense Agency vous propose une sélection d’ouvrages à glisser dans vos valises. L’agence a aimé :


Christian Monjou - "le Leadership managérial : donner du sens ?" - Conférence Tilt Armor


L'intervention complète de Christian Monjou sur le leadership managérial lors d'un webinar Tilt Armor

Dominique Wolton : « Face à la Covid-19, cette illusion de la transparence a piégé les Politiques ! »

Dominique Wolton, un des meilleurs spécialistes de la communication et chercheur au CNRS, estime que l’une des leçons du traitement médiatique de la pandémie de la Covid-19 est l’affaiblissement du Politique face au diktat de la transparence. 

Propos recueillis par Jean-Michel Durand - jeanmicheldurand@ecoaustral.com





L’Eco austral : Qui aurait pu imaginer il y a encore six mois que la moitié de l’humanité aurait été contrainte d’être assignée à résidence, d’être confinée. Même le conseil de sécurité de l’ONU n’aurait pas pu faire cela. Qu’est que cela signifie de notre époque ?

Dominique Wolton : Selon moi, cette réaction aussi violente s’explique par différents facteurs.
Tout d’abord, cette pandémie a touché avant tout les pays riches. Ils ont paniqué devant ce virus qui était inconnu et hasardeux dans sa forme de contamination. Tous ces éléments ont conduit à faire peur mais vraiment peur aux pays riches.
Deuxièmement, c’est la question de la place de la mort dans nos sociétés et notre imaginaire. On avait fini par l’occulter voire l’oublier. La voir ressurgir comme cela comme un boomerang, nous est devenu, au sens littéral, insupportable.
Troisièmement, ce qui est à la fois inexplicable et qui restera dans les annales est que le monde entier s’est arrêté. Cette véritable panique mondiale s’est accélérée par les effets de la mondialisation de l’information. La grippe de Hong Kong, qui a frappé le monde en 1969, a été oubliée car il n’y avait pas tous ces réseaux et ces chaines d’informations qui suivent à la minute ce qui se passent… ou pas.
Sur ce point, je suis à contre-courant de ceux qui pensent qu’avec la mondialisation de l’information, on a su très vite ce qui se passait. L’accélération de la diffusion de l’information s’est faite, ce qui est important dans un conformisme et un suivisme irrationnel. 

(Ce)qui restera dans les annales est que le monde entier s’est arrêté.
Paradoxalement dans notre société hyper-informée - avec comme point d’orgue les points de presse quotidiens sur la situation de la pandémie - cette crise est le terreau de toutes les théories complotistes. Comment expliquez-vous cela ? Surtout que peut faire la presse ?

Pendant longtemps on a cru que plus il y aurait d’information et plus il y aurait de vérités. Or on s’aperçoit, depuis une vingtaine d’années, que plus il y a d’informations, plus il y a des rumeurs et plus il y a de fake news ! Autrement dit, on a lutté pour la liberté d’information et on s’aperçoit que quand elle existe, elle ne fait pas avancer la vérité car les gens sont intéressés par les rumeurs, par les réseaux sociaux et maintenant par la possibilité de créer des fake news. Cela a pour conséquence que les journalistes vont devoir bien mieux défendre leurs métiers car plus il y a d’informations et plus il faut des journalistes. Car contrairement à ce que l’on dit « tout le monde ne peut pas devenir journaliste ». Bien sûr, ces journalistes font plus ou moins bien leur travail mais ils font leur métier qui est de distinguer jour après jour ce que l’on doit retenir. D’ailleurs, il faut distinguer expression et information.
 
Ce que je publie sur les réseaux n’est pas forcément intéressant. Car quand tout le monde s’exprime, qui écoute ? 

C’est ce que j’appelle des soliloques (discours d'une personne qui se parle à elle-même ou qui pense tout haut, ndlr) inter-actifs ! La technique nous permet une révolution de l’information mais pas la communication humaine. Mais ce n’est pas les réseaux qui font la guerre mais les hommes qui utilisent ces réseaux dans toutes leurs folies !

Concernant la puissance des fake news, je me demande, si par delà leur caractère scandaleux, au fond, ce n’est pas une stratégie d’évitement des êtres humains ! Je m’explique : nous sommes tellement bombardés et mis sous pression pour un flux continu d’informations – cette surinformation - que les êtres humains par une volonté de se réapproprier voire de contre-attaquer inventent ces fausses informations (infox) pour redevenir acteurs. 
Pour éviter peut-être les fake news, la figure de l’expert est devenue incontournable. Or pour vous, décider n’est pas le rôle des scientifiques. Quelle attitude doit donc avoir le Politique ? 
Au nom de la transparence – ce qui est pour moi une ineptie car personne ne peut être totalement transparent –, on a multiplié les points de presse qui en plus d’être anxiogènes ont été inefficaces. Or cela s’est retourné contre les politiques car ils ne maitrisaient rien. Le pire a été, en France, les scandales de manque de lit, puis ceux des tests puis enfin ceux de la pénurie des masques dont on a détruit une partie des stocks ! Ces politiques se sont piégés eux-mêmes avec cette illusion de la transparence d’autant qu’avec les réseaux sociaux, on a tout découvert. Cela a crée une méfiance voire une colère demain. Car la grande erreur est de croire que les citoyens réclament aux politiques d’être transparents alors qu’ils leur demandent « simplement » d’agir. 
Cette perversion s’incarne dans cette incantation « mais les gens ont le droit de savoir ».

Pour prendre la défense de nos gouvernants, on fait face à une situation sans précédent. D’autant que les « sachants » eux-mêmes ne sont pas d’accord ?

Les relations experts/pouvoir sont un problème conflictuel ancien et complexe. Effectivement devant cette pandémie, les gouvernants se sont légitimement tournés vers les experts mais leur erreur a été de trop les mettre en avant. Or il est évident qu’il y a des logiques différentes entre les scientifiques et les politiques. Pour faire simple, dans l’espace démocratique actuel, il y a cinq logiques conflictuelles qu’il va falloir arbitrer.
Un, les scientifiques qui pensent sur le long terme ;
deux, le secteur médical qui à la fois dans le court et le long terme ;
trois, les médias qui avec leur vitesse de diffusion imposent cette tyrannie de l’événement qui                      met la pression sur tous les autres acteurs ;
quatre, l’opinion publique qui a sa propre temporalité
et enfin la cinquième, qui est la plus complexe : la logique politique.

Or c’est cette dernière qui est défaillante. Encore une fois, elle est victime du diktat de la transparence. Pour moi, c’est une perversion de la démocratie.
Cette perversion s’incarne dans cette incantation « mais les gens ont le droit de savoir ». Je réponds non et non car ce soi-disant droit est manipulé par ceux qui produisent et vendent de l’information. Car si l’information est une valeur, c’est aussi une marchandise ! 

Licencié en droit et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur en sociologie, Dominique Wolton est directeur de la Revue internationale Hermès, qu’il a créée en 1988 (CNRS Éditions). C’est surtout l’un des meilleurs spécialistes des médias et de la communication politique. Pour lui, l’information et la communication sont un des enjeux politiques majeurs du XXIe siècle, et la cohabitation culturelle un impératif à construire comme condition de la troisième mondialisation.

François Busnel: "Le désenchantement est à la racine du trumpisme"

Le journaliste François Busnel a lancé, America pour témoigner des années Donald Trump. Une revue politique et littéraire, lucide et humaniste dans laquelle les écrivains les plus prestigieux témoignent, à leur façon, d'un pays désenchanté. Explications.



François Busnel avec Jim Harrison (décédé en 2016).

 

Rosebud Productions/SDP



La revue America a été imaginée au lendemain de l'élection de Trump. Avec quel objectif? 

Nous avons souhaité être les mémorialistes d'une époque sans précédent dans l'histoire des Etats-Unis. Qu'on le veuille ou non, Trump gouverne la planète. Il s'enrhume à la Maison-Blanche, et c'est le monde entier qui éternue. Pour devenir les mémorialistes de ce temps-là, on ne peut se contenter de 10 pages -même excellentes- dans un magazine.  

Avec Eric Fottorino [codirecteur de la rédaction et cofondateur d'America], on s'est dit qu'il en fallait au moins 200, tous les trimestres. Notre but? Restaurer le temps long de l'enquête, du reportage. Oublier l'immédiateté de la punchline, la pensée réduite à un slogan. L'idée est de ne pas juger, de ne pas se moquer, mais d'essayer de comprendre. 


Ce qui m'a frappé au lendemain des élections, c'est que les experts se sont trompés. Ils nous ont dit: "Trump ne peut pas être élu. C'est Hillary Clinton, c'est évident." Ce sont les mêmes qui ont affirmé que le Brexit n'arriverait pas et que Marine Le Pen ne serait pas présente au second tour. Pourquoi se sont-ils trompés? Parce qu'ils ne vont plus sur le terrain. Ils voyagent en business class, traversent le pays en limousine et ne voient rien du pays. Et à côté de cela, il est frappant de constater -en lisant les romans américains- combien les écrivains sont en prise avec le réel. 

"Les électeurs de Trump ne sont pas forcément fachos ou réacs"

Ceux-ci qui vont sur le terrain, que voient-ils? 

Une Amérique qui part à vau-l'eau. Une Amérique prête à voter pour la première grande gueule qui se pointe. Pour cela, il suffit de prendre un bus, de s'arrêter dans un motel à 17 dollars tout compris. Là, vous allez entendre d'autres gens. Certains d'entre eux n'ont plus de dents. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas de sécurité sociale et qu'aller chez le dentiste coûte trois packs de bières. Ils vous diront qu'ils préfèrent s'arracher eux-mêmes une dent pour s'acheter leurs bières.  
Ils ont 75 ans, pas de retraite et sont obligés de bosser dans le motel. Ils n'en sont pas les patrons, ils nettoient les WC. Et ils ont glissé leur bulletin pour Trump alors qu'ils étaient militants contre la guerre du Vietnam ou partisans de Kennedy. C'est le paradoxe. Ils ne sont pas forcément fachos ou réacs. Ils en ont marre.


Tout cela est dans les campagnes. C'est vrai aussi dans les villes? 


La plupart sont gangrenées par les zones périurbaines. Les centres historiques sont très beaux et la raison en est simple. Pour plaire aux bobos et attirer les touristes, on restaure les downtown et on laisse prospérer, à l'extérieur des villes, une misère dont on se fout complètement. Il y a des caravanes à l'infini qui sont habitées par des Noirs, des Portoricains, des hispaniques. Pas d'école, pas de dispensaire. Seulement de la violence, du trafic de drogue, une misère indicible. 
Et partout, une désillusion... 

Elle est d'autant plus dévastatrice qu'elle bafoue le rêve américain. Les Etats-Unis sont un pays de migrants. Les grands-parents sont venus d'Ukraine, de Pologne, de Corée, du Vietnam, d'Irlande... C'est aussi vrai pour Donald Trump, dont le grand-père était allemand. Et cela remonte à trois générations seulement! Aujourd'hui, on vient toujours pour un rêve mais il n'existe plus. Le désenchantement est à la racine du trumpisme. 

Quels écrivains, aujourd'hui, sont les mémorialistes de cette Amérique? 

Quand on lit le dernier John Irving, les nouveaux Russell Banks ou Donald Ray Pollock, on voit les électeurs qui ont porté Trump à la présidence. Ils nous racontent l'Amérique des marges, qui devient l'Amérique qui gagne. Richard Ford décrit les banlieues, Russell Banks, le milieu ouvrier, John Irving, les orphelins et les laissés pour compte... Il va dans les Ddass locales et essaie de comprendre ce que cela va donner plus tard: des résilients ou des tueurs en série. Aucun ne veut dénoncer. Ils énoncent, mettent un nom sur les choses. 

"Il n'y a pas de statut d'intellectuel aux Etats-Unis"

La plupart sont anti-Trump. La littérature américaine a-t-elle une tradition démocrate? 
Les écrivains ont une sensibilité plus proche des démocrates que des républicains. Norman Mailer, Susan Sontag... Les figures intellectuelles américaines s'inscrivent dans cette tradition. Peu ont soutenu Reagan, Nixon ou Bush. Mais n'oublions pas que l'Amérique est le pays des libertés, avec ce fameux premier amendement. On a le droit de tout penser, y compris des idées terrifiantes. Depuis l'élection de Trump, il y a un mouvement qui grandit au Colorado et qui assure que la terre est plate! Ces flat earthers sont soutenus par les républicains et ont multiplié par quatre leurs audiences. Et tout cela cohabite avec Philip Roth... 

Les écrivains que vous publiez cherchent-ils à se constituer en communauté, pour renforcer leur contre-pouvoir? 

Les auteurs ne se pensent pas comme un corps intellectuel, au contraire des Français ou des Européens. Ils sont une somme d'individualités et, par ailleurs, leur discours est minoritaire. Il n'y a pas de statut d'intellectuel aux Etats-Unis, excepté à New York et, dans une moindre mesure, à San Francisco, Chicago ou Los Angeles. 

Comment travaillez-vous avec les auteurs? 

Lorsque nous avons eu l'idée d'America, le 7 janvier dernier, j'ai pensé qu'il fallait d'abord demander l'avis d'écrivains américains. J'ai envoyé quelques mails à Richard Ford, à Toni Morrison... en leur proposant de nous donner des textes (je dis bien donner), et de nous recevoir pour des grands entretiens. Ils ont tout de suite accepté. Toni Morrison m'a dit: "C'est un pôle de résistance, ta revue." Depuis, d'autres nous ont rejoints: Salman Rushdie, Paul Auster, Tom Wolfe... Et c'est un vrai succès. On est à 40000 exemplaires pour le premier numéro. Sans abonnement, sans publicité, sans groupe de presse pour nous accompagner. 

"Je crois à la vertu de la distance"

Vous publiez également des écrivains étrangers. 

Nous souhaitons la plus grande ouverture possible. Philippe Besson a traversé pour nous les Etats du Missouri, de l'Alabama, du Tennessee, et il nous raconte, dans le prochain numéro, sa plongée dans l'Amérique homophobe de Trump. Roberto Saviano est en train de faire une grande enquête. Italien, condamné à mort par la Camorra... Il m'a demandé 25 pages. Bien sûr, j'ai dit "ok". 
Vous n'ouvrez pas seulement vos colonnes à des anti-Trump... 
En effet. Dans le même numéro, nous publions un texte de James Ellroy, qui n'est pas vraiment anti-Trump. Il est, selon moi, l'un des meilleurs. Derrière ses pitreries médiatiques, il a construit une oeuvre géniale en jouant avec les théories du complot. Il dit clairement les choses: "Je ne suis pas raciste, je ne suis pas homophobe, mais je suis un réactionnaire né." Etre réac', pour Ellroy, c'est vivre dans le passé. 

Pourquoi adhère-t-il à Trump? 

Il le voit comme un pionnier, quelqu'un capable de faire bouger les choses. Pour lui, on peut être conservateur et républicain sans être fasciste. Il faut confronter les idées pour entrer dans la complexité des choses. 





Est-ce important que cette revue soit éditée hors des Etats-Unis? 

Oui. Rushdie, par exemple, me dit qu'il ne peut écrire sur l'Inde qu'en étant hors de son pays. James Joyce a essayé d'écrire Ulysse à Dublin pendant douze ans, avant de s'exiler à Zurich où il a pu le faire. Je crois à la vertu de la distance. 

"L'Amérique est le pays des extrêmes"

Dans l'analyse de ces écrivains, y a-t-il, aussi, la faillite d'Obama? 

C'est un tabou. Tout le monde se tait, mais beaucoup le pensent. Beaucoup de Noirs ont voté Trump, parce qu'ils se sont sentis abandonnés... Pour eux, Obama était un notable qui venait de Harvard, de Chicago, pour habiter la Maison-Blanche. Obama n'a peut-être pas mesuré à quel point revaloriser la culture, la connaissance et les diplômes, a créé une fracture.  
On peut lui reprocher aussi de ne pas avoir réglé la question raciale. A l'époque de Ferguson [manifestations suivies d'émeutes, en 2014, après qu'un Noir non armé a été tué par un policier blanc], il n'a sans doute pas condamné [cette injustice] avec assez de virulence. 
Il y a aussi un pays depuis toujours paradoxal... 
L'Amérique est le pays des extrêmes. Capable de passer d'un double règne Bush à un double règne Obama pour arriver à Trump. Il y a un endroit que j'adore: le Dakota du Sud. Pas de printemps, pas d'automne. L'été, il fait 40°C, l'hiver, -30°C, et tu bascules en dix jours de l'un à l'autre. C'est ça, les USA. 


En France, existe-t-il davantage une communauté d'écrivains? 

Je dirais plutôt une génération qui raconte la vie, le réel en France. Ces écrivains suivent la pensée de Camus. Il disait: "Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde." Ne pas les nommer du tout, c'est encore pire. Ils ont le courage de parler d'homosexualité, de fanatisme, de dépression. Ils font le boulot et le public suit. 

Qui sont-ils? 

Olivier Adam, Emmanuel Carrère, Maylis de Kerangal, Sylvain Tesson, Laurent Gaudé, Joël Dicker, Mathias Enard, Leïla Slimani... Ils ont entre 30 et 50 ans, s'emparent du réel dans leurs fictions et offrent un regard sur le monde. Quand Sylvain Tesson raconte la Russie en s'immergeant, dans Bérézina ou dans Les Forêts de Sibérie, c'est passionnant. Quand Emmanuel Carrère publie des reportages à la première personne du singulier dans la revue XXI, c'est formidable! 

Source : L'EXPRESS
Article de : Lydia Bacrie



samedi 4 juillet 2020

Projet « Society Change » - Sense Agency & PPR



PPR, agence de communication du groupe WPP, et Sense Agency, agence de conseil en conférenciers et en prospective, ont lancé conjointement le projet « Society Change » le 2 juillet dernier, bâtit sur la thématique de l’accélération du changement sociétal et de ses effets sur la communication des entreprises et des marques.

À cette occasion, 3 de nos conférenciers participaient au webinar : 
Christophe Bourseiller, écrivain, journaliste, historien, spécialiste des signaux faibles et extrêmes
Bruno Marion, expert des théories du chaos
Benjamin Louvet, économiste, expert des enjeux énergétiques

Frédérique Lenglen et Marie-Laurence Augéco-dirigeantes, Agence PPR, Groupe WPP
Jean-Michel Dardour, chief inspiration officer, CEO, Sense Agency 

Nul doute que la qualité et le dynamisme des interventions ont contribué au succès de cette visio-conférence et Sense Agency remercie chaleureusement ses conférenciers pour leur pertinence et leur engagement.