mercredi 27 mai 2020

Interview de Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières

La crise sanitaire du COVID-19 vécue dans le monde entier qui a entrainé une récession économique a également atteint le domaine énergétique. Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières aborde l’après-coronavirus dans le domaine des énergies renouvelables, du nucléaire, ….


Franck Ferrand: «Le Puy-du-Fou est un creuset où se transmet l’amour de l’histoire!»

Le parc à thème vendéen est autorisé à rouvrir ses portes à compter du 2 juin. Cette nouvelle, qui a provoqué l’indignation de certains commentateurs sur les réseaux sociaux, est accueillie chaleureusement par le conteur et écrivain d’histoire Franck Ferrand.




«Le secret de la lance» est l’un des spectacles du Puy-du-Fou. JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP


Franck Ferrand anime des émissions d’histoire à la radio et à la télévision ; il présente aussi sur scène, depuis trois ans, un spectacle intitulé «HistoireS». Son rendez-vous quotidien, «Franck Ferrand raconte» (Radio Classique à 9h et à 14h) est un des plus téléchargés de France. Dernier ouvrage en date: Mon enfance, quelle histoire, entretiens avec Catherine Lalanne (Bayard, 2019).

FIGAROVOX.- Vous faites partie de tous ceux qui, ces dernières semaines, s’étaient mobilisés en faveur du Puy-du-Fou ; l’annonce de la réouverture prochaine du parc a dû vous faire plaisir…

Franck FERRAND.- Oui, c’est un soulagement. Comme le savent des millions de visiteurs français et étrangers qui, plus ou moins régulièrement, fréquentent le parc à thème, comme le vivent des milliers de bénévoles qui, depuis trois générations, donnent vie, soir après soir, à la Cinéscénie, ce qu’il se passe dans ce coin de Vendée est fort, inespéré, en même temps que fragile. Une fermeture trop prolongée aurait pu tuer ou - pire, peut-être - dénaturer ce pôle de tourisme et de culture populaire, plusieurs fois salué et récompensé à l’échelle mondiale.

Si vous deviez décrire le Puy-du-Fou à ceux qui ne le connaissent pas encore, que leur diriez-vous?

Comme toutes les grandes réalisations, celle-ci peut être regardée sous des angles différents: paysager, hôtelier, artistique, événementiel... Certains se contenteront, au sortir d’hôtels évoquant une villa gallo-romaine ou le camp du Drap d’Or, de la résurrection prenante d’un village ancien et du spectacle de rapaces tournoyant au-dessus de leur tribune ; d’autres se laisseront envoûter par la reconstitution d’un cirque antique, de drakkars vikings ou d’une lice de chevalerie, voire par des machineries comparables à celles que propose Las Vegas: ainsi pour le grand spectacle consacrée au général Charette, «Le dernier Panache», c’est une salle de plusieurs centaines de fauteuils qui tourne sur elle-même! Les plus férus d’histoire prendront plaisir à s’immerger dans les univers de Clovis ou de La Pérouse, et pousseront l’expérience jusqu’à circuler dans une tranchée de Verdun… Que voulez-vous, cet endroit est une machine à faire aimer l’histoire! Or, rien de tout cela, probablement, n’aurait vu le jour, sans la grand-messe nocturne que représente, depuis 1979 - avec ses illuminations, ses tableaux vivants, ses effets spéciaux et ses milliers de figurants, humains et animaux - la célèbre cinéscénie. J’ai des amis qui en connaissent le texte par cœur, et se le récitent, à voix basse, pendant la représentation… Le Puy-du-Fou, c’est un peu tout cela, et c’est davantage encore ; tant il est vrai qu’on peut difficilement réduire un tel ensemble à ses diverses composantes.

DIANA FILIPPOVA : TECHNOPOUVOIR

Les technologies ne nous font plus rêver. 
Pan par pan, la mythologie du progrès s'effondre sous nos yeux. Le monde numérique se révèle chaque jour plus matériel, injuste et polluant. Internet lui-même ressemble à une vaste benne où nous venons déposer nos espoirs déçus. Les injonctions à reprendre le pouvoir tombent à l'eau : c'est que nous avons perdu la main. Et si les politiques des technologies n'avaient pas pour but de nous émanciper, mais au contraire de nous empêcher d'exercer notre pouvoir d'agir ? Et si les libertés dont elles font mine de nous gratifier n'étaient qu'un trompe-l'oeil pour mieux nier ce qui fait de nous des animaux politiques, nier notre capacité à critiquer, à contester, à nous rebeller ? Diana Filippova propose de déplacer notre regard et d'aborder les techniques comme un vivier de technologies de pouvoir — le technopouvoir. 

Son mobile : gouverner des êtres qui placent les droits et libertés individuels au-dessus de tout. Sa visée : servir les intérêts de certains aux dépens de nous tous. C'est ainsi qu'une nouvelle frontière électronique nous sépare les uns des autres, nous poussant à devenir des sujets parfaitement prévisibles, flexibles et gouvernables. C'est ainsi que le pouvoir échappe chaque jour davantage au royaume du politique. 

Ce livre est d'utilité publique : en disséquant la genèse et les stratégies du technopouvoir, il entreprend d'ouvrir des boîtes noires — par effraction, s'il le faut. Alors, face à un art de la guerre en temps de paix, nous pourrons regagner une prise sur la marche de nos sociétés. Alors, nous pourrons retrouver l'essence de nos démocraties, et peut-être réapprendre à faire de la politique.

WE DEMAIN : Covid-19 : top 10 des changements dans nos modes de vie

Covid-19 : 

top 10 des changements dans nos modes de vie

Par Armelle Oger / Illustrations : Lolmède 
Publié le 26 Mai 2020






La pandémie a bouleversé nos existences, instaurant certaines habitudes... en éjectant d’autres. Armelle Oger scrute nos quotidiens revisités. Pour combien de temps ?

1. Téléconsultation    
Une multiplication par 10. Début avril, les téléconsultations constituent plus de 11 % de l’ensemble des consultations selon l’Assurance maladie, 

contre moins de 1 % avant la crise. Et sur le site Doctolib, plus de 31 000 médecins la pratiquaient à la mi-avril, alors qu’ils étaient à peine 3 500 un mois plus tôt. Au total, 800 000 patients ont effectué leur première consultation vidéo depuis le début de l’épidémie. Et ce toutes spécialités confondues, avec un engouement particulier des psychiatres, psychologues et psychothérapeutes. 
 
2. Exode urbain
Dans la mouvance de la plateforme "Des bras pour ton assiette", mise en place pour prêter main-forte aux paysans lors des récoltes, les projets de "retour à la terre" se multiplient chez les citadins. Plus largement, explique le géographe américain Joel Kotkin, l’épidémie et le confinement pourraient entrainer une "contre-urbanisation" avec une fuite des grandes villes, devenues malsaines, vers la campagne ou les petites communes. 

3. Télétravail

Alors que la pratique peinait à s’imposer en France (entre 3 % et 15 % des actifs, selon qu’elle est pratiquée officiellement, avec un avenant au contrat de travail, ou informelle), elle a été adoptée par 40 % des Français pendant le confinement (selon l’Association nationale des DRH). L’essayer, c’est l’adopter, selon une étude CSA/Malakoff Humanis du 12 mars, qui fait état d’un taux de satisfaction de 82 % chez les télétravailleurs. Et ce n’est que le début : selon la même étude, 75 % des salariés et 65 % des dirigeants sont convaincus que le télétravail va être amené à se développer. 

4. Stress post-traumatique
Anxiété, trouble du sommeil, hypocondrie, peur des autres, tocs (comme se laver les mains sans arrêt) : ces conséquences du coronavirus pourront être ressenties des semaines, des mois, voire plus, estiment les psys. En hausse aussi, les problèmes de santé liés à des patho­logies non soignées ou non diagnostiquées : mi-avril, les consultations avaient baissé de 44 % chez les généralistes, et de 71 % chez les spécialistes, selon les données du site Doctolib. 

5. Care 
La valorisation des soignants, la solidarité vis-à-vis des plus vulnérables a révélé ce que le sociologue Serge Guérin nomme les "trésors du care", mêlant soin de soi et soin de l’autre. Avec comme implication, espérons-le, l’avènement d’une société reconnaissant la fragilité comme une donnée de notre condition d’humain, la solidarité et l’empathie comme de nouvelles valeurs citoyennes. Et une plus grande reconnaissance pour les 11 millions d’aidants qui s’occupent au quotidien d’une personne malade, handicapée ou dépendante. 

7. Réunionite
Vidéoconférence, réunions sur Zoom ou Slack : les entreprises ont intégré le concept, moins chronophage, des réunions à distance. Et beaucoup décident d’accélérer le mouvement. Ce recul du contact physique au travail touche même les notaires, incités par leur Conseil national à équiper leurs offices d’un système de signature dématérialisée et sécurisée.

8. Indifférence
Finie l’époque où certains semblaient ne pas voir le caissier, la femme de ménage, l’aide à domicile, le conducteur de bus ou le facteur ! Prochaine étape, la revalorisation de leur statut. 

9. Bruit de la ville
Selon Bruitparif, le confinement a généré une diminution de 90 % du bruit dans la capitale : un calme auquel les citadins se sont habitués, qui favorise la survie de


10. Vacances aux antipodes
Les voyagistes en sont persuadés : jusqu’à au moins 2022, les vacances des Français auront lieu le plus souvent en France et en version familiale, pour des raisons de sécurité, de civisme et d’écologie. 
 
 

dimanche 24 mai 2020

Aurélie Jean : «Des vertus de la méthode scientifique pour sortir plus fort de la crise»

«Des vertus de la méthode scientifique pour sortir plus fort de la crise»

CHRONIQUE - Dans son livre,  "L’apprentissage fait la force", Aurélie Jean ouvre des réflexions sur les suites de l’épidémie de coronavirus.

Par Marie Visot
Aurélie Jean. Crédit : Géraldine Aresteanu


Pour penser cet «après», qui n’est encore qu’un horizon inconnu, les éditions de l’Observatoire ont mobilisé leurs auteurs pour lancer, dès le mois d’avril, une collection en format numérique qui stimule les réflexions sur les suites de l’épidémie de Covid-19. Il y a un mois, l’économiste Nicolas Bouzou ouvrait le bal, avec un essai s’intitulant «Réinventons la mondialisation de demain». Ont suivi notamment Pierre Bentata avec «Libérez-vous!», la scientifique Laurence Devillers, qui a partagé sa réflexion sur le numérique, ou encore le philosophe Pierre-André Taguieff sur l’État-nation. Le huitième opus de cette série, qui vient de sortir, l’est sous la plume de la jeune Aurélie Jean, scientifique (et accessoirement entrepreneuse) brillante et branchée. Son titre: «L’apprentissage fait la force». L’une des questions que pose Muriel Beyer, directrice des éditions de l’Observatoire en introduction de l’ouvrage d’une trentaine de pages, a le mérite de la franchise: «Doit-on se méfier ou s’appuyer davantage sur les scientifiques?». On se doute très vite de ce qu’Aurélie Jean, qui navigue depuis 10 ans entre les États-Unis et la France en concevant des algorithmes, va répondre. Car pour elle, la méthode scientifique, «regroupant l’observation, l’expérimentation, le raisonnement logique et l’usage de la théorie, permet de répondre de façon structurée et objective à une question ou à une problématique posée». Ainsi, durant ces semaines de confinement - où nous avons collectivement observé et expérimenté un nouveau quotidien -, la méthode scientifique est-elle devenue «notre meilleure alliée pour sortir plus forts de cette crise et s’engager dans l’après de manière plus éclairée».
«Tout le monde apprend différemment en conditions extraordinaires», confie l’auteur. Nous avons ainsi appris sur nous-mêmes, sur l’organisation de la société, sur le fonctionnement de l’État… Mais aussi, et peut-être surtout, appris que «l’autre» existe davantage. Les médecins ont plus collaboré avec les infirmiers, en contact direct et régulier avec des patients du Covid-19. Les pères et mères de famille ont joué aux enseignants ou aux jardiniers. «Par ce changement de rôles, même s’il est exigeant et difficile, on comprend et valorise davantage les fonctions de l’autre et notre besoin de le savoir à nos côtés», écrit Aurélie Jean.

Garder l’esprit ouvert

Elle anticipe ainsi une redistribution de l’échiquier social, qui pourrait lui-même se traduire par une nouvelle justice sociale et économique. Elle y voit aussi l’opportunité pour tout un chacun de suivre de nouvelles vocations qui n’auraient probablement pas vu le jour dans des conditions ordinaires, dans la mesure où «les chefs d’entreprise réinventent leur modèle économique ; les employés, leurs méthodes de travail ; et nous tous, notre manière de penser».
Quant à notre esprit critique, il faut l’entretenir. Il a été, et est encore, «menacé à cause de notre isolement et notre situation d’anxiété permanente (même légère), qui nous poussent à croire à des solutions simples pour résoudre un problème pourtant complexe et multidimensionnel […] On prend le risque d’affaiblir les études sérieuses qui s’inscrivent dans une temporalité différente, et n’ont pas de vocation spectaculaire». La lecture se termine alors sous forme d’un conseil avisé: garder l’esprit ouvert «afin de sortir plus forts et plus unis» passera «notamment par la construction d’une confiance raisonnée envers les sciences et les scientifiques».

mercredi 20 mai 2020

We Demain : Après le coronavirus, seriez-vous prêt à télétravailler à vie ?

Après le coronavirus, seriez-vous prêt à télétravailler à vie ?

Par Pauline Vallée I Publié le 20 Mai 2020


Le confinement et la crise sanitaire ont fait exploser le travail à distance. Au point que certaines entreprises envisagent désormais de proposer le télétravail à vie à leurs salariés. Mais si la pratique s'est généralisée, elle comporte encore de nombreuses failles.


Bientôt le télétravail à vie ? Les géants de la Silicon Valley réfléchissent à la question. (Crédit : Piqsels)

Un quart des Français ont effectué leurs tâches à distance pendant le confinement, selon le Ministère du Travail. Si le télétravail était déjà une tendance montante, l'épidémie de Covid-19 a accéléré sa généralisation. 


Dans les entreprises de plus de dix personnes, ce sont près de 4 salariés sur 10 qui ont télétravaillé en avril, dont la moitié pour la première fois. Même certains secteurs qui y paraissaient peu enclins, comme la médecine, ont dû, tant bien que mal, l'adopter.  


Ne télétravaille pas qui veut. La pratique concerne encore essentiellement les cadres, le secteur des services, et les personnes vivant en agglomération parisienne, pointe le sondage Odoxa-Adviso publié le 9 avril dernier. "Le Covid-19 a joué comme un facteur multiplicateur des inégalités face au travail”, appuie l’étude. “Alors que les cadres ont pu conserver leur travail et l’exercer confortablement en télétravail, les catégories populaires l’ont, soit perdu, soit se trouvent contraintes de l’exercer en présentiel." 


Malgré son instauration à marche forcée, l'expérience a séduit une majorité de salariés : 73 % indiquent vouloir continuer à travailler depuis chez eux après le confinement, de manière régulière (32 %) ou ponctuelle (41 %), rapporte une enquête menée par Malakoff Humanis. 


Certaines entreprises vont même plus loin. Les géants américains Facebook et Google ont ainsi annoncé que leurs salariés pourront continuer le télétravail jusqu’en 2021. Chez Twitter et Square, les employés sont même autorisés à exercer leur activité à domicile jusqu'à la fin de leur carrière ! 


“Les derniers mois ont prouvé que nous pouvons faire en sorte que cela fonctionne”, confirme la société sur son blog. "Si nos employés sont dans une situation qui leur permet de travailler à domicile, et qu'ils veulent continuer à le faire pour toujours, ce sera possible." Ceux qui préfèrent – ou doivent – travailler sur site seront autorisés à revenir en respectant les règles sanitaires. 



UN MODÈLE ENCORE IMPARFAIT

Ces signaux annoncent-ils l'extinction pure et simple du travail de bureau ? Pas si simple. Massivement adopté, devenu enfin une réalité pour de nombreux salariés, le travail à domicile s'est paradoxalement désacralisé. Résultat, il est moins bien perçu aujourd’hui (note de 7,9 sur 10) qu’il ne l’était fin 2019 (9 sur 10), révèle l’enquête Malakoff Humanis.  


Sa mise en place précipitée, à la mi-mars, n’a pas toujours permis aux structures d’accompagner leurs effectifs, en particulier ceux qui ne l’avaient jamais pratiqué. Un manque de préparation qui se ressent dans les chiffres : plus d’une personne interrogée sur quatre ne disposait pas d’un espace de travail adapté, et près de la moitié aurait été confrontée à des difficultés techniques.  


En dépit d’un gain de temps et d’une flexibilité accrue, ce mode d’organisation souligne en creux l’importance du lien social, et de la présence physique, pour garantir le bien-être en entreprise. Dans une série de témoignages publiés sur Bastamag, des salariés en télétravail racontent leur solitude, l'épuisement face à une charge de travail parfois accrue, et le sentiment d'une perte de sens.  

  

"Je dirais que, pendant trois semaines, j’ai dû faire 55 heures par semaine, peut-être plus. À un moment, j’ai arrêté de compter. Quand je me réveillais la nuit, j’avais mon ordi à côté de moi et je triais mes mails. Je me suis sentie en burn-out chez moi, ce qui est quand même paradoxal", confie Joëlle, juriste en droit social. 

mardi 19 mai 2020

Jacques ATTALI : "De l'économie de la survie à l'économie de la vie"

Qu’ont de commun Caton l’ancien, Voltaire, et Pierre Mendes France ? Tous les trois, comme beaucoup d’autres hommes politiques, ou intellectuels du monde entier, ont compris que, pour qu’une idée fasse son chemin, il fallait la répéter à l’infini. Caton martelait qu’il fallait détruire Cartage ; Voltaire signait toutes ses lettres de sa haine de l’obscurantisme ; et Pierre Mendes France a clamé toute sa vie son obsession de la vérité
Jacques ATTALI - Wikipédia

Et là, ce qu’il faut répéter, sans limite, c’est la nécessité de concentrer tous les efforts de relance sur certains secteurs, que, depuis plus d’un mois, je nomme « l’économie de la vie ».

Elle regroupe tous les secteurs qui, d’une façon ou d’une autre, de près ou de loin, se donnent pour mission, la défense de la vie, et dont on constate tous les jours, très pragmatiquement, l’importance vitale : la santé, la prévention, l’hygiène, la gestion des déchets, la distribution d’eau, le sport, l’alimentation, l’agriculture, la protection des territoires, la distribution, le commerce, l’éducation, la recherche, l’innovation, l’énergie propre, le numérique, le logement, les transports de marchandises, les transports publics, les infrastructures urbaines, l’information, la culture, le fonctionnement de la démocratie, la sécurité, l’assurance, l’épargne et le crédit .

Ces secteurs sont évidemment liés les uns aux autres : la santé utilise l’hygiène et le numérique, qui est aussi utile à l’éducation ; et rien ne se fera, dans aucun de ces domaines sans la recherche, dont dépend la découverte du vaccin et du médicament, nécessaires à la maîtrise de cette pandémie. Cette économie regroupe donc toutes les activités permettant à la fois de vivre pendant la pandémie et de sortir des crises (économique, financière, sociale et écologique) qu’elle nourrit.

Ces secteurs, ne regroupent pas que des activités distanciées ; il faut donc les aménager en conséquence, en apportant tous les moyens de protection à ceux qui y travaillent

Aujourd’hui, ces secteurs représentent, selon les pays, entre 40 et 70% du PIB ; et entre 40% et 70% de l’emploi. Ce sont ces ratios qu’il faut changer : il faut passer à 80%. Les ménages doivent dépenser une part plus importante de leur budget pour se soigner, se nourrir, apprendre ; les employeurs doivent augmenter la rémunération et le statut social de ceux qui y travaillent ; l’Etat doit soutenir les entreprises, grandes ou petites, qui travaillent dans ces secteurs.

C’est aussi vers cette économie de la vie qu’il faut réorienter les entreprises des autres secteurs, qui, aujourd’hui, attendent, en vain à mon sens, le retour de leurs marchés antérieurs : les entreprises automobiles, aéronautiques, celles du textile, de la mode, de la chimie, de la machine-outil, de l’énergie carbonée, du luxe, du tourisme, du spectacle vivant, de l’armement ne reverront pas leurs marchés antérieurs : même si on trouvait maintenant un vaccin et un médicament, il faudra deux ans au moins pour que tout retrouve un équilibre ; d’ici là, bien de ces entreprises mourront. Il ne serait donc pas acceptable de financer, sans limite de temps, des entreprises sans avenir.

Ces entreprises ne sont pourtant pas condamnées : si leurs dirigeants, et les dirigeants politiques et syndicaux, se mobilisent pour trouver des façons de rendre tout autrement le même service, et pour en rendre d’autres, dans les secteurs de l’économie de la vie. Toutes ont des compétences dont elles peuvent réorganiser l’usage. Le secteur du tourisme en donne déjà l’exemple.

Si, jusque très récemment, les secteurs de l’économie de la vie étaient faits principalement de services, et donc ne portaient pas de potentialité de croissance, (qui ne vient qu’avec l’augmentation de la productivité découlant de l’industrialisation d’un service), ces secteurs sont faits, aussi, de plus en plus, d’industries, capables d’augmenter leur productivité, et donc d’améliorer sans cesse leur capacité à remplir leur mission.

C’est en mettant tous les moyens dans l’économie de la vie qu’on évitera la pire récession de tous les temps et qu’on sortira le monde du cauchemar dans lequel il s’enfonce.

Cette idée commence à faire son chemin, dans quelques entreprises, et dans quelques pays. Quelques pays commencent à s’y risquer ; quelques entreprises commencent à comprendre que leur survie passait par leur reconversion dans l’un de ces secteurs.

Mais rien encore de massif, de systématique ; aucun pays n’a encore déclaré qu’il allait se focaliser sur ces secteurs, en leur donnant la priorité dans les crédits, les marchés publics, le financement de l’innovation. Et pourtant, tout passe par là : Il est plus que temps de passer de l’économie de la survie à l’économie de vie.

source : blog de Jacques ATTALI