lundi 12 octobre 2020

Blois : le paléoanthropologue Pascal Picq lance les Rendez-vous de l'histoire


Le paléoanthropologue a ouvert le cycle de l’économie aux Rendez-vous de l’histoire par une brillante démonstration en faveur de l’égalité entre les sexes.

C’est parti ! L’édition 2020 des Rendez-vous de l’histoire de Blois a débuté hier soir à la Halle aux grains, par la première conférence du cycle de l’économie, une composante désormais essentielle du festival, qui doit beaucoup au soutien de la CCI de Loir-et-Cher. 

En introduction, Yvan Saumet (président de la CCI), Christophe Degruelle (président d’Agglopolys) et Marc Gricourt (maire de Blois et premier vice-président de la Région) ont souligné l’importance de prendre, en ces temps de crise sanitaire et économique, le recul nécessaire pour envisager notre futur au regard de l’histoire.

Crise sanitaire oblige, tous les spectateurs étaient évidemment masqués, ce qui aura eu le mérite de cacher les sourires parfois crispés de la partie masculine de l’assistance. Car le propos de l’invité de cette conférence inaugurale, le paléoanthropologue Pascal Picq, a remis l’homme à sa place. Celle d’un bipède à station verticale finalement moins éloigné qu’il ne le croit de ses cousins les grands singes, et qui a imposé sa domination sur l’autre moitié de l’humanité – les femmes donc – à la faveur d’une imposture culturelle. Les femmes, en effet, ne « valent » pas moins que les hommes. À grands traits, on retiendra que ces derniers ont profité des contraintes de la reproduction de l’espèce pour accentuer leur domination au cours de l’évolution et répartir les tâches selon leurs critères. En se réservant évidemment la meilleure part.




Le nord plus égalitaire

Un processus universel ? Pas forcément. Pascal Picq constate par exemple que l’héritage du néolithique perdure aujourd’hui. Les communautés qui ont peuplé le nord de l’Europe étaient beaucoup plus égalitaires. Cela se vérifie toujours dans les pays nordiques, forts d’une longue tradition de dirigeantes politiques (reines, chefs de gouvernement) ou bien économiques. C’est beaucoup moins vrai au sud de l’Europe et au Moyen-Orient où les hommes concentrent les pouvoirs depuis plus de 5.000 ans…

Selon Karl Marx, « la plus grande défaite de l’humanité, c’est l’oppression des femmes » a rappelé Pascal Picq. Le professeur du Collège de France observe par ailleurs que dans l’histoire, « plus les sociétés sont riches, sédentaires, produisent des richesses et créent des inégalités, et que les hommes contrôlent les relations extérieures, plus les femmes sont dominées. »

Ce constat n’est pas pour autant un plaidoyer contre la croissance, loin de là. « Aujourd’hui le coût mondial de la discrimination envers les femmes est de 12 millions de milliards de dollars », relaie le chercheur. Et il rappelle cette règle établie par Darwin : « La diversité est la clef de l’adaptation », invitant les chefs d’entreprise à s’en inspirer.

D’autant que les femmes savent s’adapter : elles sont de mieux en mieux formées, y compris dans les domaines scientifiques et font preuve d’une agilité qui manque à des bataillons d’hommes, condamnés à perdre leurs emplois et leurs repères. Un « déclassement » dont ils se vengent quand ils le peuvent dans les urnes, notamment aux USA. Mais c’est là une autre histoire.

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