jeudi 5 novembre 2020

Elections américaines Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis : "On sort de trois années d'hystérie"

Ambassadeur de France aux États-Unis de 2014 à 2019, Gérard Araud a trouvé « passionnantes » les années passées sous le mandat de Donald Trump. Passionnantes mais « hystériques ». Au point qu’il ne cache pas ses inquiétudes quant à la suite des événements. 


L'ex-diplomate Gérard Araud (ici en 2017) vit désormais aux Etats-Unis


L’administration Trump est totalement « dysfonctionnelle », constate, un an et demi après son départ, l’ancien ambassadeur de France à Washington, Gérard Araud. Avec Trump, « même ses collaborateurs les plus proches ne savent pas ce que le président va décider dans l’heure qui suit ni même ce que cela signifie » poursuit-il, en prenant l’image d’« un canard auquel on a coupé la tête » pour dépeindre le fonctionnement de la Maison-Blanche.

A J-4, Gérard Araud enfonce le clou : « On sort de plus de trois ans d’hystérie », les États-Unis sont quasiment « en crise de nerf » avec « deux Amérique qui se détestent […] et qui ne s’écoutent pas, ne se parlent pas ». Ici, poursuit l’ex-diplomate qui vit toujours outre-Atlantique, « la tension est extrême et dans cette élection, on atteint le sommet de l’hystérie parce que les enjeux sont immenses.

« Ce n’est pas une élection normale »

D’un côté, il y a les électeurs de Trump qui « sont totalement fanatisés […] et dont la base est prête à mourir pour lui ». De l’autre, du côté des démocrates, il y a le désir « de se débarrasser du bonhomme ».

« Ce n’est pas une élection normale […] Trump n’a aucun programme, il tape sur les autres en disant : “Je suis le meilleur” ». Ce qui « est en jeu », assure Gérard Araud, « c’est beaucoup plus que la Maison-Blanche, c’est une vision du pays ».

À la question de savoir ce qui sera décisif, il affirme que pour Trump, « ce sera un bon scandale contre Biden » à l’instar de ce qui a provoqué l’échec d’Hillary Clinton, en 2016, piégée par l’affaire des mails ressortie opportunément par le directeur du FBI. « Là, Trump utilise l’angle du fils Biden, Hunter », sur lequel se déchaînent les médias conservateurs comme Fox News. Il faut dire que ledit Hunter, est « un peu le fils à problèmes. »

« En lançant, cette boule puante, Trump espère avoir le même effet sur la candidature Biden que les emails en ont eu sur la candidature Clinton sauf que jusqu’à présent, cela n’a pas marché ».

"Un jour compliqué"

Le 3 novembre va être « incontestablement un jour compliqué », précise Gérard Araud. « Trump n’acceptera pas sa défaite » quoi qu’il arrive. N’a-t-il pas déclaré : “Je ne peux être battu que s’il y a tricherie” ? » Ce qui fait craindre sinon des émeutes, pour le moins « des troubles ». 


"Tout le monde est armé ; les milices d’extrême-droite se mobilisent ; la Maison-Blanche a été transformée en camp retranché… et il y a des gens qui quittent les villes par peur d’incidents !"


Inquiet,  Gérard Araud redoute que « cela tourne mal. »

Dans la ligne de mire du président sortant : le vote par correspondance déjà effectué par des millions d’électeurs (plus de 90 millions, ndlr). « Il faut s’attendre à de multiples contentieux, notamment dans les États républicains », indique l’ancien ambassadeur.


Une participation "exceptionnellement élevée"

"Quant à la participation, il estime qu’il faut s’attendre à ce qu’elle soit exceptionnellement élevée […] et la tradition veut que cette participation élevée soit favorable aux démocrates ».

Un indice ? Dans les « interminables queues de votants - il y a jusqu’à 4 heures d’attente pour voter- on remarque qu’il y a beaucoup de jeunes ». Des jeunes qui sont « massivement anti-Trump. »

Et puis, il y a les femmes. « Les femmes blanches de celles qui détestaient Hillary Clinton et avaient voté Trump. Là « il est frappant de voir qu’à cause du manque de civilité de Donald Trump, elles ne revoteront pas pour lui ». « Certains assurent que les élections seront déterminées par ces femmes », rapporte Gérard Araud qui, légitimement échaudé, ne se risque pas à un pronostic.

« S’il n’y avait pas le précédent de 2016, tout le monde vous dirait : “Joe Biden va gagner”, mais « comme le trumpisme est un phénomène politique non-identifié », les surprises ne sont pas exclues… 

La République du Centre - Sophie Leclanché


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