dimanche 15 novembre 2020

Jean-Marc Jancovici : Baisse du réchauffement et hausse du pouvoir d'achat, pas si simple

Comment augmenter le pouvoir d'achat en limitant le réchauffement climatique, s'interroge notre chroniqueur.

En 2015, la France a voté une "loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte". Avec un tel intitulé, tout le monde comprendra que, en s'y prenant bien, on doit pouvoir parvenir à concilier croissance du PIB - et donc hausse du pouvoir d'achat - et baisse des nuisances environnementales. 

Baisser, de combien ? En matière de climat, pour limiter la hausse des températures globales "bien en dessous de 2°C" - ce qui est l'objectif de l'accord de Paris -, il faut diviser les émissions mondiales de gaz à effet de serre par 3 d'ici à 2050, soit une diminution d'environ 4% par an sur les trente prochaines années. En France, nous avons décidé de les diviser au moins par 6, ce qui suppose une baisse plus proche de 6% par an. 


France, Paris, 10 janvier 2020, portrait de

 

Serge Picard pour L'Express


Concilier croissance du PIB et diminution de nos émissions de CO2

Nous voici donc avec un PIB qui doit croître, donc varier de plus de 0% par an, et des émissions qui doivent être réduites d'au moins 6% par an. Conséquence logique : le "contenu en CO2 de 1 euro de PIB" doit baisser d'au moins 6% par an pour garder un PIB constant, et même de 7% ou 8% si nous espérons 1% ou 2% de croissance annuelle.

Allons-nous y arriver les doigts dans le nez ? Depuis 1960, début des statistiques mondiales sur le PIB, l'efficacité CO2 de ce dernier s'est améliorée au mieux de 1,5% par an en tendance longue. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les reconstitutions du PIB ne montrent pas un rythme supérieur d'amélioration de sa performance carbone. 

Par conséquent, si nous devons diminuer les émissions de 6% par an, mais que le gain sur celles-ci par euro de PIB plafonne à 1,5% par an, cela signifie... un PIB qui s'effondre de 4,5% par an en moyenne. Adieu pouvoir d'achat et retraites ! 

Mais peut-être nos prédécesseurs n'étaient-ils pas aussi motivés que nous à favoriser la réduction des émissions, parce que le climat n'était pas un sujet ? Testons cette hypothèse : la création du Giec date d'il y a plus de trente ans désormais (en 1988). Est-ce que les émissions par unité de PIB se sont mises à décroître plus vite ensuite ? De 1980 à 2000, le rythme annuel était de 1,5% ; sur les vingt dernières années, c'est moins de 1% par an. Manifestement, le changement n'est pas flagrant ! 


Par Jean-Marc Jancovici

L'Express



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