dimanche 8 novembre 2020

Le dimanche idéal de Gérard Araud


L'ancien ambassadeur de France à Washington a passé cette année 2020 entre New York et Paris, où il est fréquemment invité à commenter l'actualité politique américaine.


 L'élection se tient ce mardi. Pourquoi les Américains ne votent-ils pas le dimanche ?

C'est comme les Anglais : les Etats-Unis sont un pays protestant et on ne vote pas le jour du Seigneur. Si rien n'a changé, c'est aussi qu'il y a une tradition américaine, notamment dans les Etats conservateurs et ceux du sud, pour rendre le vote des pauvres plus difficile, ce qu'on appelle la « voter suppression », et qui traverse toute l'histoire du pays. Il n'est pas facile, dans certains Etats, de s'inscrire sur les listes électorales, et les bureaux de vote sont parfois situés à l'autre bout de la ville, plutôt dans les quartiers blancs.

À New York, où vous résidez, tout est ouvert le dimanche, c'est un jour qui ressemble de plus en plus à tous les autres. Vous le regrettez ?

C'est quand même un plaisir d'avoir des embouteillages à 2 heures du matin. Je suis un citadin, j'adore la ville, j'adore le bruit, j'adore avoir des gens autour de moi. C'est un cliché, mais la vibration de cette ville, c'était un très grand plaisir, avec le plus beau musée du monde - la Frick Collection -, l'opéra et le Joyce Theater pour la danse contemporaine. Et aussi le shopping ! Contrairement à Washington où vous n'êtes jamais anonyme, New York est une ville immense, on peut y avoir une vie normale.


À quoi ressemble un dimanche d'ambassadeur de France à Washington [de 2014 à 2019, NDLR] ?

Je ne vais pas faire pleurer les gilets jaunes, mais la vie mondaine d'un ambassadeur à Washington est écrasante. Vous avez une résidence avec trois cuisiniers, deux maîtres d'hôtel, du personnel, et vous passez votre temps à recevoir : petit-déjeuner, déjeuner, dîner, cocktail… Donc quand arrive le week-end, il y a une sorte de lâche soulagement, sur le thème « enfin seuls ! » J'ai toujours essayé de garder ma vie, de ne pas être envahi. La journée commençait par le plaisir des journaux américains, ce petit-déjeuner qui dure deux heures et où, sur la table, vous avez étalé les journaux avec leurs suppléments du week-end qu'on se passe en prenant deux ou trois cafés.

 On se lie facilement à Washington ?

Ce n'est pas facile d'avoir des copains quand on est ambassadeur. On est rarement invité et quand on l'est, on a parfois l'impression que les hôtes ont réuni leurs copains les plus chics, l'argenterie des voisins et ont fait venir le traiteur parce qu'ils reçoivent l'ambassadeur. C'est un peu triste, c'est la solitude exaltante de l'ambassadeur !

Comment avez-vous vécu le confinement à New York ?

J'avais rencontré une dame un peu plus âgée qui habitait près de chez moi, et on avait décidé de créer une « bubble ». Elle parlait français et elle adorait la France, elle racontait ses souvenirs. Au début, on partageait un repas tous les dimanches, puis deux fois par semaine. Mais c'était à l'américaine, avec sa cuisinière…

Comment se passaient vos dimanches d'enfance, à Marseille ?

Je faisais partie d'un groupe de jeunes dont la devise était « Ici on joue, ici on prie ». À 8 h 30, c'était la messe, puis à 11h30, le chapelet, je rentrais déjeuner en famille et l'après-midi on avait des jeux, football et piscine l'été. Le soir, c'étaient les vêpres ou les complies. C'est une autre époque, celles des années 1960 en province. On oublie que ce monde s'est effacé.

Vous êtes féru d'histoire. Avec quel personnage historique aimeriez-vous passer votre dimanche ?

Il y a des personnages que vous admirez sans vouloir passer un dimanche avec eux ! Je n'aimerais pas passer un dimanche avec Blaise Pascal et pourtant…

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