mercredi 25 novembre 2020

Philippe Croizon bientôt dans l’espace ? « Je veux montrer que tout est possible »


Amputé des quatre membres depuis 1994 après un accident, Philippe Croizon ne cesse depuis de multiplier les aventures et les défis sportifs. Cet aventurier pourrait même se retrouver bientôt dans l’espace, après des échanges sur Twitter avec Elon Musk, le patron de SpaceX. Entretien.



Après avoir traversé la Manche à la nage, rallié les cinq continents en nageant et participé au Paris-Dakar, le prochain défi de Philippe Croizon pourrait être d’aller dans l’espace… Partie d’une blague, son interpellation sur Twitter du patron de SpaceX, le milliardaire Elon Musk, pourrait bien rendre son rêve réel. Il raconte.

Comment vous est venue l’idée d’interpeller Elon Musk pour aller dans l’espace ?

Je suis un personnage qui ose tout en permanence. J’aime bien me lancer des défis fous, interpeller les gens… J’ai arrêté d’attendre que les gens viennent vers moi sinon, on peut attendre longtemps.

Alors, un peu par blague, j’ai fait un tweet annonçant que si j’atteignais 50 000 abonnés sur Twitter avant Noël, j’enverrai un message à Elon Musk pour lui demander d’aller dans l’espace. Sauf que le tweet est devenu viral, j’ai été pris à mon propre jeu et j’ai eu 54 000 abonnés en 2 heures ! J’ai donc écrit et envoyé mon tweet en mentionnant le patron de SpaceX.

C’est alors qu’il vous a répondu ?

Oui, je ne m’y attendais pas, mais Elon Musk m’a répondu OK, en me disant que je volerai dans l’espace un jour. Comme je suis culotté, je lui ai signalé que mes messages privés Twitter étaient ouverts. Il m’en a alors envoyé un, en répétant qu’il m’enverrait un jour dans l’espace… J’ai un peu insisté, en disant que j’étais très motivé. Je me suis présenté, en racontant mes précédents défis et je lui ai donné mon mail.

Le lendemain, il m’a envoyé un message, en me disant qu’il me recontacterait bientôt. Tout ça est complètement délirant. Et puis, là où je suis le plus fier, c’est qu’Elon Musk est passé deuxième fortune mondiale juste après notre échange. Je me demande si ça n’a pas un lien [il rit].

Pourquoi souhaitez-vous tant vous rendre dans l’espace ?

J’ai toujours déconné avec ça. Quand j’ai fini la traversée des cinq continents à la nage en 2012, j’ai toujours rigolé avec cette idée d’aller dans l’espace. Je disais que la prochaine mer qu’il me restait à traverser était la mer de la Tranquillité sur la Lune. Pareil après le Dakar en 2017, où je répondais aux journalistes que mon prochain défi était l’espace. Ça a toujours été un rêve, une volonté forte. La technologie avance tellement vite, il y a des inventions sans arrêt, je me dis que c’est possible.

Le défi paraît un peu fou. Mais vous vous y connaissez, en défis fous…

Je me dis que la technologie n’est peut-être pas encore au point pour pouvoir m’envoyer dans l’espace. Mais le tourisme spatial se développe beaucoup, il est peut-être là dans les cinq ans qui viennent. Aujourd’hui, je ne sais pas si c’est possible de m’y faire partir, mais les innovations technologiques vont tellement vite… Peut-être que ça sera encore jouable pour moi.

À chaque fois que je lance un défi, 99 % des personnes n’y croient pas. On me dit que je ne peux pas traverser la Manche à la nage, que je ne peux pas faire Paris-Dakar en étant amputé des quatre membres. Pourtant si, avec l’équipe, on a réussi à chaque fois ! Quand j’ai travaillé pour la Manche à la nage, il y a dix ans, des ingénieurs ont mis au point des prothèses et on a rendu tout ça possible. Et si on faisait pareil pour l’espace ?

En dehors de l’espace, quelles sont vos prochaines aventures ?

J’ai un one-man-show en préparation. Il était prévu pour 2021, mais il y aura de nombreux spectacles… Vu que tout a été décalé avec le Covid-19, on craint un embouteillage. Le projet, actuellement en écriture, a donc été reporté en 2022.

Sinon, mon prochain défi sportif est de refaire la course Paris-Dakar, comme en 2017, mais avec une voiture hydrogène non-polluante. Nous travaillons dessus avec mon équipe pour y retourner en 2022. Je lance d’ailleurs un appel à partenaires pour nous aider dans la réalisation de ce projet car c’est toujours difficile à mettre en place.

Comment gérez-vous les financements, la création d’une équipe derrière vous ?

Trouver les partenaires est la partie la plus compliquée à chaque fois, davantage que la préparation physique et sportive. Pour chaque nouveau projet, je repars de zéro et je monte une nouvelle équipe. Beaucoup de gens me disent non, en affirmant que c’est impossible, et quelques-uns disent oui, et acceptent de travailler avec moi. On travaille énormément et, à la fin, on se regarde en étant très fiers et en se disant : « Putain, on l’a fait ! »

D’où vous vient cette volonté de faire autant d’aventures sportives ?

Tout a commencé sur mon lit d’hôpital. Quand je me suis réveillé après mon accident qui m’a amputé des quatre membres, j’ai vu depuis mon lit qu’une femme venait d’être la deuxième Française à avoir traversé la Manche à la nage. J’ai décidé de faire pareil. Ce que j’ai réussi en 2010, il y a tout juste dix ans.


Vous êtes aussi conférencier et avez donné plus de 1 000 conférences jusqu’ici. Quel message souhaitez-vous adresser, à travers toutes ces aventures ?

Je veux montrer que tout est possible. Aujourd’hui, j’ai été amputé, j’ai eu un terrible accident et j’ai traversé beaucoup de moments difficiles, mais je suis fier de mon parcours de vie, j’aime ma vie. Il y a une phrase de l’écrivain Mark Twain que j’aime beaucoup : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » C’est un peu ce qui m’arrive à chaque fois : je ne sais pas que quelque chose est impossible alors je me lance à fond dedans et fait en sorte de rendre ça possible.

Et puis, j’ai toujours pleins de projets. Quand on me demande quel est mon meilleur souvenir, je réponds souvent que c’est demain, car il me reste encore plein de choses à vivre et je n’ai pas de limites. Si mon parcours de vie prouve une chose, c’est que les seules limites sont celles que l’on se met. C’est un message de rebond et d’espoir dont on a besoin aujourd’hui, en ces temps parfois compliqués.


Ouest-France

Propos recueillis par Paul GRATIAN

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