lundi 28 décembre 2020

Nicolas Bouzou: «Seule la vaccination de masse nous sortira de la crise»

 ENTRETIEN - Selon l’économiste, la vitesse de la reprise dépendra de la vitesse à laquelle nous atteignons l’immunité collective.


«Le débat fiscal viendra… mais le plus tard sera le mieux», confie Nicolas Bouzou, directeur du cabinet de conseil Asterès. Sébastien SORIANO/Le Figaro


LE FIGARO. - Faites vous partie des optimistes ou des pessimistes pour l’année prochaine?

Nicolas BOUZOU. - Je suis plutôt confiant grâce à l´efficacité des vaccins ARN. Cette crise est sanitaire, avec des conséquences économiques. Nous sortirons donc de la crise économique quand nous n’aurons plus besoin de nous protéger du virus. Mais tant que nous devons prendre des mesures de distanciation physique, qui peuvent même aller parfois jusqu’à une interdiction de travailler, nous sommes soumis à des fluctuations économiques délétères: ça va mieux quand on prend des mesures moins restrictives et l’économie replonge quand on resserre la vis sanitaire. Aucun pays n’échappe à ça. C’est la raison pour laquelle seule la vaccination de masse nous sortira de la crise économique et sociale. La vitesse de la reprise dépendra de la vitesse à laquelle nous atteignons l’immunité collective.

Quel sera le principal écueil à éviter?

J’en vois trois. Le premier, c’est de rater la campagne de vaccination. Le deuxième, c’est de débrancher trop vite les soutiens publics. Dans le secteur de la culture, par exemple, il faudra aider les théâtres encore plusieurs années. Le troisième, c’est de vouloir réduire trop vite les déficits une fois la crise sanitaire passée. L’histoire nous apprend que les politiques d’austérité sur une économie fragile cassent la croissance et font monter la dette. Le débat fiscal viendra… mais le plus tard sera le mieux.

La restructuration de la dette des entreprises est un sujet qui va énormément occuper les banques et Bercy pendant plusieurs années.

Nicolas Bouzou

Les entreprises ont-elles les ressorts pour repartir?

Oui, si la crise se termine vite. Les outils de soutien aux entreprises qui ont été mis en place sont tels que le niveau des défaillances sera très bas en 2020, 30% plus bas qu’en 2019. Je pense que les difficultés seront ensuite étalées dans le temps. Mais, même avec une reprise rapide qui permette d’éviter une explosion des faillites, la restructuration de la dette des entreprises est un sujet qui va énormément occuper les banques et Bercy pendant plusieurs années et qui pèsera sur l’investissement.

La relance sera-t-elle efficace en 2021?

Nous aurons plusieurs plans de relance ces prochaines années, comme après chaque catastrophe, qu’il s’agisse d’une guerre ou d’une épidémie. Pour l’heure, nous sommes encore dans la séquence du soutien aux secteurs en difficulté, car nous sommes encore dans la crise. En 2021, le plan France Relance accompagnera la reprise, surtout au second semestre. Mais dès l’année prochaine, il faudra concevoir un deuxième plan de relance, autour du logement, de la formation professionnelle et de l’innovation. Car fin 2021, nous serons, au mieux, 10 points en dessous de notre PIB potentiel!

Cette crise est-elle finalement une opportunité pour transformer plus rapidement le pays?

J’aimerais le croire. Ne nous y trompons pas, la France a pris un retard considérable en matière d’innovation dans le numérique, d’intelligence artificielle, d’industrie de la santé et même d’industrie décarbonée en raison de la perte de compétitivité de notre filière nucléaire. Dans la plupart des domaines, la crise a accentué notre retard par rapport aux États-Unis et à la Chine. Mais faisons au moins en sorte que nos entreprises utilisent ces technologies pour réaliser des gains de productivité. Accentuons les incitations fiscales à investir, déployons vite la 5G, facilitons l’accès au marché européen pour les innovations. Je ne crois pas aux théories de la stagnation séculaire. Au contraire, je pense que d’ici dix ans le monde va connaître une forte croissance tout en diminuant ses émissions carbone. Ce serait terrible que la France ne participe pas à cette renaissance.


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