mercredi 10 janvier 2024
Frédéric Lenoir
jeudi 28 septembre 2023
25 septembre 2023: "Vivre avec son passé" - Allary
lundi 3 juillet 2023
Charles Pépin, conférencier Sense Agency, reprend l'émission "Sous le soleil de Platon"
Je suis très heureux de vous annoncer que j'animerai à nouveau l'émission de philosophie pratique "Sous le soleil de Platon" sur France Inter. Pendant tout l'été, du lundi au vendredi, je vous proposerai des rencontres avec des invités d'horizons variés: écrivains et philosophes, chanteurs, politiques, chefs cuisiniers, sportifs ou comédiens ...
Cette semaine, l'émission commencera à 9h30. Tout à l'heure, je recevrai Patrick Bruel. Retrouvez ensuite Étienne Klein, Camélia Jordana, Margaux Cassan et Raphaël Glucksmann.
Pour suivre toute la programmation, rendez-vous sur ma page Instagram.
Sense Agency vous souhaite un très bel été, avec son conférencier Charles Pépin et son émission "sous le soleil de Platon "!
Vous souhaitez faire participer les collaborateurs de votre entreprise à une conférence ou visioconférence animée et dirigée par des conférenciers professionnels ? cliquez ici.
samedi 24 juin 2023
6 confé
renciers Sense Agency explorent la perception du progrès dans notre société actuelle dans un ouvrage passionnant : "peut-on encore croire au progrès ?" paru aux éditions de l'Aube.
Le sociologue Jean Viard décrit le progrès comme une vision du monde qui met l'accent sur le présent et l'avenir.
Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot le considère comme à la fois un désir et une certitude.
La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury nous alerte que le progrès est piégé.
La philosophe Karine Safa suggère de le repenser.
Notamment en distinguant « le progrès comme un programme abstrait et les progrès dans la vie de tout un chacun », suggère Nicolas Bouzou, économiste.
Le physicien Étienne Klein s'interroge sur la place actuelle du progrès dans nos vies. "En sommes-nous encore là ? s'interroge-t-il
Dans ce passionnant ouvrage, des penseurs de notre temps croisent leurs regards sur une question essentielle – celle du progrès et de sa perception dans notre société : une lecture revigorante.
Vous souhaitez faire participer les collaborateurs de votre entreprise à une conférence ou visioconférence animée et dirigée par des conférenciers professionnels ? cliquez ici.
mardi 22 novembre 2022
22 novembre 2022 : Conférence de Julia de Funes chez Axiome
Nietzsche, Aristote et Montaigne n’ont jamais été aussi modernes !
Pour être acteur il faut répondre à la question du sens.
lundi 14 novembre 2022
14 novembre 2022 : Julia de Funes "Le siècle des égarés"
Julia de Funès, conférencière Sense Agency publie aux Editions de l'Observatoire "Le siècle des égarés".
mercredi 12 octobre 2022
11 octobre 2022 : interview de Luc Ferry par Jean-Michel Dardour, Fondateur de Sense Agency
Philosophe et écrivain, ministre de l’Education nationale de 2002 à 2004, Luc Ferry, conférencier Sense Agency, est interviewé par Jean-Michel Dardour, fondateur de Sense Agency.
Bonjour Luc Ferry,
JMD : Cette année, vous nous proposez des sujets extrêmement actuels, la 3e révolution industrielle, les 7 écologies, la révolution de la longévité, entre autres. Faut il avoir peur de la révolution transhumaniste qui est inexorablement en marche et comment cette 3e Révolution industrielle, celle des NBIC, de l’intelligence artificielle va t-elle changer nos vies ?
LF : Dès qu’on évoque le mot « transhumanisme », la loi de Godwin tend à s’appliquer de manière quasi-automatique. De bonnes âmes, dans les gauches anticapitalistes comme dans les droites illibérales, hurlent à l’eugénisme, pour ne pas dire à l’hitlérisme, fantasmant ce qu’aurait de néo-libéral ou d’antireligieux, donc, disons le mot, de « diabolique », le projet d’augmenter la longévité humaine. Que ce projet suscite des interrogations est légitime et mérite qu’on s’y arrête. Les sagesses anciennes, stoïcisme et bouddhisme notamment, sont a priori hostiles à tout ce qui pourrait modifier la logique de la nature et des âges de la vie, la spiritualité laïque des Modernes étant au contraire favorable à la lutte contre le vieillissement. Il vaut donc mieux comprendre de quoi il retourne vraiment avant de céder aux réflexes pavloviens qui prévalent en général sur ce sujet, et pour y parvenir, il est préférable d’écarter les caricatures simplistes. J’avais dans mon livre, La Révolution Transhumanisme, déjà proposé un type-idéal du transhumanisme en précisant notamment ce qui le distingue des fantasmes posthumanistes selon lesquels nous pourrions un jour parvenir à l’immortalité, télécharger notre mémoire et notre personnalité sur une espèce de clef USB, fabriquer un cerveau composé de neurones artificiels engendrant une véritable conscience soi, voire une nouvelle entité non biologique douée de pensée et d’émotions humaines - autant aberrations qui ne relèvent pas du transhumanisme, mais de ce qu’on devrait décrire plutôt comme un « posthumanisme », une déviation fantasmatique à mon sens sans grand intérêt par rapport au projet de fond qu’elle tend à occulter. Pour le définir, je retiendrai trois idées fondamentales :
1) Compléter la médecine thérapeutique par une médecine augmentative ou « méliorative ».
2) Augmenter la longévité en bonne santé, lutter contre le vieillissement, voire en inverser certains aspects pour retarder la mort et donner à l’humanité la possibilité d’être le cas échéant moins bête, moins inculte et moins sauvage qu’elle ne le fut au XXème siècle encore.
3) Compléter la lutte contre les inégalités économiques et sociales par la lutte contre les inégalités naturelles.
On dira qu’il s’agit d’eugénisme, et les bonnes âmes de pousser à nouveau des cris d’épouvante devant le mot tabou. En l’occurrence, il ne s’agit pourtant que d’améliorer le sort d’humains moins bien lotis au départ que d’autres en passant « de la chance au choix » (from chance to choice), en clair : de passer de la très injuste et hasardeuse loterie naturelle au libre choix de la modifier par la volonté humaine. Le projet transhumaniste se situe donc à l’exact opposé de l’eugénisme exterminateur des siècles passés : il n’est nullement question d’éliminer les plus faibles, mais au contraire de réparer les injustices qui nous sont infligées par une nature dont la principale caractéristique, en dehors de son caractère profondément inégalitaire, réside dans une indifférence totale à tout ce qui nous touche et nous affecte.
JMD : Nous sortons d’une crise sanitaire qui a succédé à une crise sociale ( Gilets jaunes ), et nous vivons une crise environnementale, une crise démocratique ( entre 50% et 65% des français ne vont plus voter, 43% des jeunes ont voté pour des partis extrémistes )
Parallèlement à ces crises, nous sommes à une période charnière de rupture profonde. La modernité, c’était un progrès croissant, la raison, l’individualité : Aujourd’hui sont remis en cause tous les grands modèles économiques, financiers, environnementaux, idéologiques, politiques, qui sont à réinventer.
Que pouvons-nous apporter à cette reconstruction ? A cet immense défi ? Que pouvons nous proposer ? Que faire face à cette révolution numérique, face à cette rupture temporelle , cette accélération démographique ? ( il y a 10.000 ans nous étions 10 Millions d’habitants sur la terre, dans 20 ans nous serons peut-être10 milliards, que faire face à l’accélération technologique, l’accélération financière ? ( la valeur boursière de RBnB ( une société qui a 8 ans ) est supérieure à celle de Marriott + Hyatt ( Qui existent depuis 40 ans ), celle de Apple vient de dépasser le PIB de la France ( 3000 Milliards de dollars contre 2917 Milliards de Dollars )
LF : Il faut pour se rassurer lire le récent ouvrage de deux auteurs canadiens, John Ibbitson et Darrel Bricker (« Planète vide », Les Arènes, 2020) qui démontrent en s’appuyant sur les recherches les plus récentes en matière de démographie, le caractère inexorable de la décrue de la population mondiale. Selon leurs conclusions, elle ne devrait jamais dépasser les 8,5 milliards d’individus, à peine plus que son montant actuel, avant de redescendre vers les 5 ou 6 milliards. Comme cette prévision contredit tout ce que nous disent les écologistes depuis un demi-siècle, il est bon d’étudier de près leurs arguments avant de se faire une opinion. Selon leur étude, la stabilisation, puis la baisse de la population seraient liées à trois lames de fond planétaires : l’urbanisation qui fait bondir le coût du logement et de l’éducation des enfants, l’affaissement du pouvoir des religions un peu partout dans le monde malgré l’entrée en résistance de l’islam (une réaction qui en est du reste la conséquence), mais plus encore l’émancipation des femmes : « Plus une société s’urbanise, plus les femmes ont le contrôle de leur corps, moins elles choisissent d’avoir beaucoup d’enfants. Dans la majorité des pays occidentaux, comme aux États-Unis et au Canada, 80% de la population vivent aujourd’hui dans des villes où les femmes bénéficient d’une maîtrise presque totale de la procréation ». On objectera aussitôt que ce qui vaut pour les occidentaux n’est pas vrai pour le reste de la planète. Pourtant, comme le montrent nos deux auteurs faits et arguments à l’appui, « la baisse de la fécondité n’est pas réservée aux seuls pays développés. L’urbanisation et l’autonomisation des femmes sont des phénomènes mondiaux. Nous savons que la Chine et l’Inde sont au seuil de remplacement ou même en dessous. C’est aussi le cas d’autres nations émergentes : le Brésil (1,8), le Mexique (2,3), la Malaisie (2,1), la Thaïlande (1,5) ». Certes, les taux de natalité sont encore très élevés en Afrique et dans certaines parties du monde arabo-musulman, mais la tendance générale n’en est pas moins à la baisse. Jorgen Randers, un des scientifiques co-auteurs du fameux rapports Meadows qui, en 1972, alertait sur les dangers d’une surpopulation qu’il jugeait inéluctable, avoue avoir changé d’avis et rejoindre désormais le même point de vue que nos deux canadiens : « La population mondiale n’atteindra jamais 9 milliards assure t il aujourd’hui. Elle culminera à 8 milliards en 2040 puis commencera à baisser ». Dans le même esprit, un rapport de la deutsche Bank publié déjà en 2013 prévoyait un pic de 8,7 milliards en 2055, puis une baisse à 8 milliards à la fin du siècle. L’ONU elle-même, sous l’influence de ces recherches, revoit ses prévisions à la baisse. La vérité, c’est que, par peur, à moins que ce ne soit par intérêt, nous refusons de voir que, dans 100 ans, le monde n’aura plus grand-chose de commun avec celui que nous connaissons. Dans un entretien accordé au « Point » en juillet 2020, Michael Shellenberger, l’un des fondateurs du courant écomoderniste, pointe le fait que les partisans de la décroissance n’ont aucun intérêt à se réjouir publiquement d’aucune bonne nouvelle, qu’il s’agisse de la baisse de la population mondiale ou, a fortiori, du nucléaire : « Ils font très attention de ne jamais crier victoire, même quand leur cause avance. De là leur malaise vis-à-vis de l’énergie nucléaire et plus généralement de la baisse des émissions de CO2 dans les pays développés depuis plusieurs décennies. Je dois vous avouer que cette question m’obsède depuis longtemps : si on a peur du changement climatique, pourquoi refuser la solution de l’énergie nucléaire ? Eh bien parce que cela réglerait le problème et qu’ils ne veulent justement pas régler le problème ! ». Même chose, bien évidemment, avec la surpopulation. Déconstruire les prévisions catastrophistes, c’est selon eux prendre le risque de rassurer, donc de démobiliser. C’est se rendre complice du capitalisme assassin, voire de ces adultes que Greta Thunberg accuse de vouloir laisser aux jeunes un monde digne de films apocalyptiques comme le « Soleil vert ». Avoir des doutes sur l’imminence du désastre, c’est aux yeux des décroissants être dans le déni, c’est être un négationniste, autrement dit, de proche en proche, si on suit le fil des insinuations, ne pas valoir mieux qu’un nazi. Où l’on comprend pourquoi, sur ces sujets que les passions politico-idéologiques ont rendus pour ainsi dire « radioactifs », un dialogue rationnel et argumenté devient difficile, pour ne pas dire impossible…
JMD : Il y a 10 ans, je vous interviewais déjà sur la mise en place par le Ministre Vincent Peillon d’une morale laïque à l’école. Ce même Vincent Peillon, auteur d’une biographie de Ferdinand Buisson, Prix Nobel de la Paix l’un des créateurs de la Ligue de l’Enseignement, avec les frères Leon Gambetta et Léon Bourgeois qui firent partie des grands fondateurs de la Loi de laïcité de 1905, de séparation des églises et de l’Etat. Aujourd’hui la ligue de l’Enseignement vient de se voir retirer les subventions de la Région Ile de France après un concours d’éloquence dans lequel 7 candidats sur 9 ont tenu des propos anti laïques. N’est ce pas quelque part une défaite des humanistes ? N’y a-t-il pas une grande reconstruction éthique à mettre en œuvre ?
LF : Le vrai problème est lié à mon sens au fait qu’une grande partie de la « gauche morale » a abandonné ses idées, à commencer par l’universalisme et la laïcité, une gauche qui à renoncé à tout ce que pouvaient symboliser les noms de Jean-Pierre Chevènement ou d’Elisabeth Badinter, disons une certaine conception de l’idée républicaine et un certain goût de la liberté, une gauche qui a abandonné le peuple, le vrai, celui de la classe ouvrière, au profit d’ idéologies venues d’Amérique telles que l’écoféminisme, le décolonialisme, le wokisme et la théorie critique de la race. La gauche républicaine et social démocrate est presque morte, comme le démontre hélas pour elle, mais aussi pour la noblesse et l’intérêt du débat démocratique, son effondrement dans les dernières élections présidentielles. Au lieu de se remettre en question, de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’extrême droite atteint des sommets et devient le premier parti d’opposition au parlement, mais aussi de se demander pourquoi l’électorat ouvrier est parti massivement chez elle, la « gauche woke », en général associée à l’islamogauchisme, persévère dans la stigmatisation de ceux qui défendent la laïcité républicaine au nom de ses pesantes et prétentieuses leçons de morale. Il n’est pas normal que la droite se retrouve aujourd’hui quasiment seule à défendre l’universalisme républicain et la laïcité contre une extrême gauche devenue un parti de bobos alors qu’historiquement, ces idées venaient de la gauche…
JMD : Les réseaux sociaux diffusent à flux continus les croyances de tout le monde ou chacun crie le plus fort possible en essayant de détruire la croyance de l’autre. L’antique agora des échanges fraternels est devenue une arena violente ou on étrangle toute nuance et tout compromis. Au lieu d’un ordre en construction permanente y règne un chaos sans fin. Dans le monde des réseaux, moins on sait plus on affirme, et plus on est visible. L’émotion, l’instinct, les passions, l’outrance, la confrontation, l’emportent sur la raison, le recul, la pondération, la connaissance.
Parallèlement nous assistons à l’accélération exponentielle de la connaissance : tous les 2 jours, on produit plus de data ( de données ) que l’humanité en a produites en 2 millions d’années. Il faudrait que nous arrivions à nous servir de cette technologie pour en faire un principe d’émancipation, une intelligence collective. Mais comment faire émerger une effusion de petites consciences ?
LF : Avec les réseaux sociaux, n’importe quel individu, connu ou inconnu, dissimulé ou non derrière un pseudonyme, peut devenir n’importe quand et de n’importe où une « source d’information ». On est là aux antipodes de ce qu’on appelle dans la presse une « signature », un nom prestigieux figurant au bas d’un article qui garantit, sinon la véracité de ce qui est écrit, du moins la responsabilité de celui qui écrit, une responsabilité elle-même adossée à une notoriété suffisante pour qu’on sache à qui on a affaire. Or les réseaux sociaux deviennent la principale source d’information (si on peut encore utiliser ce terme...) pour un nombre sans cesse croissant de nos concitoyens. 50 % des Américains avouent ne s’informer que par Facebook et Tweeter, la presse traditionnelle, avec ses défauts mais aussi ses qualités incomparables, étant dès lors en grande difficulté. Sur les réseaux sociaux, contrairement à ce qui a lieu dans les journaux, la désinformation et le mensonge ne peuvent pratiquement pas être poursuivis, la diffamation et la haine y étant devenu la règle sans qu’il soit techniquement possible d’y remédier, d’obtenir même un droit de réponse, les patrons de ces réseaux les considérant eux-mêmes comme de simples « tuyaux » neutres dont ils n’ont pas à assumer la responsabilité des contenus. Ajoutons que les algorithmes qui structurent les moteurs de recherche tendent à enfermer les utilisateurs dans leurs convictions en fonction des pages qu’ils consultent. On les cantonne ainsi dans ce qu’on appelle des « bulles de filtres » qui les renvoient à leurs habitudes intellectuelles ou consuméristes, habitudes dont on déduit leurs goûts et leurs valeurs afin de leur envoyer les contenus qui leur plairont. Pas étonnant dans ces conditions que l’esprit critique s’estompe au profit d’un renforcement des préjugés de chaque internaute. L’insulte et l’injure tendent sans cesse davantage à remplacer la discussion argumentée. Pire encore, Google s’est rendu compte qu’il tirait beaucoup plus de profit des propos complotistes, racistes ou antisémites qui font le buzz, que des contenus raisonnables, vérifiés ou modérés. Google affecte de déplorer cette situation mais continue à défendre le principe de non intervention, la vérité étant qu’il y gagne en monnaie sonnante et trébuchante. Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est bien engagé à mettre en place des systèmes anti-fakenews et à priver de publicité les sites les plus malfaisants, mais ces dispositifs relèvent davantage de la « com » que d’un efficacité réelle. Peut on contrer par la loi ces débordements insensés ? C’est ce qu’essaie de faire le Digital Service Act récemment adopté par l’UE. Je pense qu’il serait plus judicieux et plus efficace d’accepter enfin de lever l’anonymat sur les réseaux afin de responsabiliser ceux qui y interviennent. Cela obligerait chacun à assumer enfin ses propos ce qui changerait considérablement la donne…
JMD : Vous venez de ressortir votre livre « la sagesse des modernes » sous forme de dialogue stimulant avec André Comte -Sponville, il y a plus de 20 ans et tous les sujets traités, ( la spiritualité laïque, le sacré, la liberté, la transcendance , la neurobiologie, la quête de sens…) sont toujours d’actualité ! La question de la spiritualité est-elle encore aujourd’hui celle du sens de la vie ?
LF : Une spiritualité peut elle vraiment être « laïque » ? Toute spiritualité n’est elle pas en quelque façon religieuse et n’est ce pas jouer sur les mots que de vouloir présenter la philosophie comme une « spiritualité laïque » ? Et si ce n’est pas une formule creuse, que signifie réellement cette expression étrange, pour ne pas dire à première vue contradictoire ? Pour le comprendre, il est nécessaire d’opérer une distinction à mes yeux cruciale, peut-être bien la plus cruciale entre toutes d’un point de vue philosophique, une distinction hélas le plus souvent occultée dans le débat public : il faut en effet éviter de confondre deux sphères de valeurs fort différentes entre elles, deux sphères de valeurs par rapport auxquelles nos vies s’orientent en permanence : les valeurs morales d’un côté, les valeurs spirituelles de l’autre. Voyons cela d’un peu plus près.
La morale, en quelque sens qu’on l’entende, c’est le respect de l’autre, disons les droits de l’homme, auxquels on ajoutera la bienveillance, la générosité ou si l’on veut parler comme dans les familles, la gentillesse. Se conduire moralement, c’est respecter autrui et lui vouloir, si possible activement, du bien. Je ne connais aucune morale qui dise le contraire. Que ce soit celle de Socrate, de Jésus, de Bouddha ou de Kant, toutes nous invitent au respect de l’autre, à la compassion et au rejet de la violence. Imaginons un instant que nous disposions d’une baguette magique qui nous permettrait de faire en sorte que d’un seul coup d’un seul, tous les humains se conduisent moralement les uns vis à vis des autres. Si nous appliquions parfaitement les valeurs morales, il n’y aurait plus sur cette planète, ni massacres, ni viols, ni vols, ni meurtres, ni injustices ni probablement même d’inégalités sociales très grandes. Ce serait une révolution. Et pourtant, - et c’est là qu’apparaît au grand jour la différence entre valeurs morales et valeurs spirituelles - cela ne nous empêcherait ni de vieillir, ni de mourir, ni de perdre un être cher, ni même d’être le cas échéant malheureux en amour ou, tout simplement, de nous ennuyer au fil d’une vie quotidienne engluée dans la banalité. Car ces questions – celle des âges de la vie, du deuil, de l’amour ou de l’ennui – ne sont pas essentiellement morales. Vous pourriez vivre comme un saint(e), être gentils comme des anges, respecter et aider autrui à merveille, appliquer les droits de l’homme comme personne…et vieillir, et mourir, et souffrir. Car ces réalités, comme dit Pascal, sont d’un autre ordre, qui relève de la « spiritualité » entendue au sens de la vie de l’esprit, laquelle ne se limite pas au religieux et va bien au delà de la morale. De quoi s’occupe t elle ? De notre rapport à la mort ou, c’est en vérité tout un, de la question de la vie bonne pour les mortels. Or, de ce point de vue, il est parfaitement évident qu’il existe deux types de spiritualités, deux manières d’aborder la question de la sagesse et de la vie bonne pour ceux qui vont mourir et qui le savent, c’est à dire nous : des spiritualités avec dieux et par la foi, ce sont les religions ; et des spiritualités sans Dieu et par les voies de la simple raison, et ce sont les grandes philosophies qui indéniablement, de Platon jusqu’à nous, se sont occupées de cette question ultime sans passer par Dieu ni par la foi.
Merci Luc Ferry !
Jean-Michel Dardour
Fondateur de la plateforme de conférenciers
Sense Agency
mercredi 5 octobre 2022
Philippe Gabilliet publie "Eloge de l'inattendu"
5 octobre 2022 : Après le succès de « Éloge de l’optimisme » et « Éloge de la chance », Philippe Gabilliet, co-fondateur et vice-président de la Ligue des Optimistes de France, publie un nouvel ouvrage de prospective teinté d’optimisme : « Éloge de l’inattendu ; l’art de se laisser surprendre ».
En voici le prologue.
« Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu. » Jean d’Ormesson
La seule certitude que l’on puisse avoir sur nos lendemains, c’est qu’ils seront toujours plus surprenants que ce que nous avions prévu. Il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps. Nous aurons beau tenter de deviner, prophétiser, prédire, anticiper, planifier, etc., l’inattendu sera toujours au rendez-vous. Cet inattendu sera parfois douloureux, voire tragique, porteur d’épreuves à venir et de promesses d’adversité. Il est aussi vrai que ce même inattendu se révélera souvent providentiel, prenant la forme de coups de chance et d’opportunités inespérées. Mais dans tous les cas, la surprise sera au rendez-vous de cet univers qui nous fascine tant et que l’on appelle l’avenir.
mardi 23 novembre 2021
22 novembre 2021 - Julia de Funes intervenait chez Sanofi
Julia de Funès conférencière SENSE AGENCY intervient ce matin chez Sanofi
Le sens du travail change. le travail n’est plus une finalité pour les nouvelles générations, c’est un moyen…le sens c’est d’être un moyen au service d’une cause plus grande qu’elle même…
mardi 20 avril 2021
Maintenant, on fait quoi ? » L'après-crise, avec le paléoanthropologue Pascal Picq
« Pas de panique !, clame Pascal Picq, « les solutions sont là. » Qu'il aborde le télétravail, la science, le vaccin, les Gafam ou la politique, qu'il traite de libertés, de démocratie, de causes essentielles (femmes, diversité), ou des élites, qu'il s'exprime sur la crise intergénérationnelle, l'innovation, l'entreprise ou le management, l'insatiable explorateur passe les grands enjeux de l'époque au grill d'une règle, héritée de celui dont il est l'exégète, Charles Darwin : « chacun doit s'interroger sur les capacités à s'adapter à un monde qu'il change ». Chacun dans son individualité, et chacun dans sa contribution à l'oeuvre collective. Car oui, chacun est la cause et la solution d'une civilisation en danger, et jamais l'enjeu du Progrès n'a été à ce point aigu. Mais quel Progrès ? « Certainement plus celui qui s'est construit, ces dernières décennies, au mépris et au détriment des autres vies, et la crise pandémique nous somme d'inventer un autre Progrès ».
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité... Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79" .
vendredi 26 mars 2021
Le coup de coeur de Julia de Funes
Tous les jours dans votre Europe Soir, un éditorialiste a carte blanche pour évoquer un thème lié à l'actualité. Aujourd’hui, la philosophe Julia de Funès revient sur le mea culpa d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron.
Vous souhaitez organiser une conférence ou réserver une intervention avec la conférencière Julia de Funès ?
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité… Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79
jeudi 25 mars 2021
Luc Ferry et la mythologie
Vous souhaitez organiser une conférence ou réserver une intervention avec le conférencier Luc Ferry?
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité… Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79
mercredi 24 mars 2021
Idriss Aberkane : "Comment muscler votre cerveau ?"
Sa thèse a été en partie rédigée à Shanghai, Johannesburg, Istanbul, San Francisco… et Parthenay.
Idriss Aberkane se présente sur son site Internet comme un “chercheur industriel”, un “consultant”. Il est le patron fondateur de plusieurs entreprises de formation et de recherche pour “des grands groupes”. Il a notamment “défendu trois doctorats”, mais pour lui “ce n’est pas grand-chose du tout” car il aime ce qu’il fait.
Vous souhaitez organiser une conférence ou réserver une intervention avec le conférencier Idriss Aberkane ?
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité… Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79
jeudi 18 mars 2021
André Comte-Sponville "Que le meilleur gagne !"
Au tir à l'arc, tant que j'espère atteindre la cible, j'ai peur de la rater : me voilà séparé du bonheur par l'espérance même qui le poursuit. La flèche n'est pas encore partie ; je voudrais être déjà sur le podium ! Le sage, lui, n'espère rien ; il veut seulement viser bien. Or c'est ce qu'il fait. De quoi aurait-il peur ? Il est sans pression, à fois concentré et détendu. C'est pourquoi, disent les textes zen, "il atteint un pou en plein cœur'.
Vous souhaitez organiser une conférence ou réserver une intervention avec le conférencier André Comte-Sponville ?
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité… Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79
mercredi 10 mars 2021
Julia de Funès: «Quand le tribunal de la bien-pensance remplace la justice»
Docteur en philosophie et diplômée d’un DESS en ressources humaines, Julia de Funès a publié «Développement (im)personnel, le succès d’une imposture» (Éditions de l’Observatoire, 2019).
Pour les assermentés de la bien-pensance, qui désapprouvent la chasse réelle mais raffolent de la proie symbolique, les trophées se multiplient comme des petits pains. Les grandes légendes tombent une à une. Tantôt les écrivains, tantôt les philosophes, les compositeurs, les réalisateurs, les peintres, les poètes, les chanteurs, les ministres, les présidents de la république, tout le monde y passe, surtout les hommes d’exception.
Au maintien en vie de ce qui est beau, on préfère la mise à mort par ce qui est moche. Le plaisir n’est plus à l’admiration, à l’inspiration, mais au jeu de massacre. On se réjouit de débusquer, de souiller, de lyncher.
L’expédition punitive s’effectue en trois temps. Le premier est celui du repérage de la proie. Celle-ci se débusque le plus souvent au sein d’une élite. Terrain de chasse privilégié pour les prédateurs égalitaristes immédiatement alléchés par celui ou celle qui se différencie par une quelconque supériorité. Les privilèges de naissance étant abolis depuis longtemps, c’est à ceux du mérite qu’il est désormais bon de s’attaquer.
Notre époque fait de ses valeurs des principes rétroactifs. Les faits n’ont plus de contexte, l’histoire n’est plus qu’une contingence.Rien, pas même le labeur personnel ne justifie une quelconque différence d’appréciation pour les petits qui se sentent grandis de dégrader les grands. Une fois repéré, le gibier se trouve pris dans les mailles étroites de nos nouvelles valeurs. «On devient moral dès qu’on est malheureux» disait Proust.
Notre période est si malheureuse qu’elle ne se contente pas de moraliser le présent. Elle fait de ses valeurs des principes rétroactifs au point que les mœurs n’ont plus de dates, les faits n’ont plus de contexte, l’histoire n’est plus qu’une contingence. Après la prise en élite et l’essorage moral, vient le troisième temps, celui de la justice. On pourrait espérer que le tribunal de la bien-pensance se fasse supplanter par le professionnalisme et la rigueur d’un tribunal de droit. Mais cette semaine, nous avons vu une toute autre réalité de la justice.
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/julia-de-funes-quand-le-tribunal-de-la-bien-pensance-remplace-la-justice-20210310
Vous souhaitez organiser une conférence ou réserver une intervention avec la conférencière Julia de Funès ?
Sense Agency vous aide à trouver un conférencier en un temps record sur toutes thématiques : motivation, sport, philosophie, économie, digital, management, santé, cybercriminalité… Remplissez notre formulaire de contact ou appelez l’agence au 06 88 09 09 79
mardi 2 mars 2021
Gérald Bronner: «À l’heure d’Internet, le scandale moral et la colère sont des appeaux puissants»
Dans son essai Apocalypse cognitive*, le sociologue analyse la rencontre explosive entre la dérégulation de l’information et les structures archaïques de notre cerveau.
Par Eugénie Bastié
LE FIGARO. - Dans votre livre Apocalypse cognitive, vous décrivez le processus de libération du temps de cerveau qu’a connu progressivement l’humanité et qui s’est brutalement accéléré ces dernières années. Comment ce temps de cerveau s’est libéré? Quels en sont les conséquences?
Gérald BRONNER. - Entre le XIXe siècle et aujourd’hui on peut dire approximativement que notre disponibilité mentale a été multipliée par 8, ce qui est considérable. Cette disponibilité mentale accrue est la conséquence de l’amélioration de la productivité du travail, du droit du travail, de l’augmentation de l’espérance de vie ou encore de l’apparition de la machine vapeur puis de l’intelligence artificielle qui contribuent à externaliser certaines tâches et à libérer du temps pour l’humanité. Les conséquences pourraient être gigantesques puisque ce «temps de cerveau disponible» est le plus précieux trésor qu’on puisse imaginer. On pourrait y puiser de grandes symphonies, comme des œuvres littéraires majeures ou encore de brillantes découvertes scientifiques.
Seulement, ce trésor est littéralement cambriolé par ce qui se produit sur le marché de l’information (que j’appelle le marché cognitif) par l’entremise notamment des écrans. Chaque seconde qui passe nous assistons à une dilapidation de ce précieux trésor.
Vous appelez «apocalypse cognitive» la rencontre entre nos invariants mentaux et un marché de l’attention dérégulé. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par là?
La masse d’informations disponibles atteint aujourd’hui un niveau inégalé - et de loin - dans l’histoire de l’humanité. Notre cerveau ne peut donc toutes les traiter. Il va donc picorer dans cette masse non pas en fonction de la recherche du vrai ou du rationnel mais en fonction de certaines obsessions qui caractérisent notre espèce.
Il faut d’abord accepter son reflet dans le miroir pour commencer à penser plus librement
Gérald Bronner
Ce qui est en train de se produire, c’est l’alignement de l’offre cognitive sur nos demandes les plus immédiates de sorte que les traces numériques que nous laissons sans cesse sur réseaux sociaux, par nos préférences d’achats ou encore nos lectures en ligne révèle un portrait de l’humanité qui n’est pas forcément élogieux. C’est cet effet de dévoilement que j’appelle l’apocalypse cognitive car apocalypse signifie étymologiquement «révélation». L’acceptation de cette révélation est la condition sine qua non d’un projet politique rationnel. Il faut d’abord accepter son reflet dans le miroir pour commencer à penser plus librement.
Après la prise du Capitole par des partisans de Trump fanatisés, on a accusé les réseaux sociaux d’être responsables. Pourtant, la violence révolutionnaire n’a pas attendu Facebook et Twitter pour exister. Faut-il vraiment faire des nouvelles technologies les coupables de la polarisation politique?
Internet, pas plus que les réseaux sociaux, ne crée des faits sociaux inédits. Seulement, en raison des interactions sociales particulières qu’ils permettent, ils amplifient certaines dispositions de notre cerveau socialisé. Ils permettent notamment à certaines fables - comme l’idée qu’il existerait un réseau pédophile et satanique qui contrôlerait les États-Unis - de sortir hors de leur espace social de radicalité. Ils permettent aussi aux individus de s’enfermer dans des communautés plus vastes où ils vont peu à peu se polariser. Tout cela est très documenté par la science contemporaine et j’en donne de nombreuses références dans mon livre. La fluidité des relations que permettent les réseaux sociaux favorise aussi la rencontre de radicalité qui, sans cela, serait probablement restée isolée.
N’exagère-t-on pas les méfaits du complotisme? Celui-ci a toujours existé, est-il vraiment plus fort aujourd’hui qu’hier?
De la même façon, personne ne songe à dire qu’Internet a inventé le complotisme, mais les enquêtes montrent que certains thèmes conspirationnistes, qui étaient très minoritaires dans les opinions publiques, sont à présents saillants. Le monde numérique procure un avantage concurrentiel à la crédulité et notamment au complotisme par exemple en favorisant la constitution d’argumentaires faits d’arguments possiblement incohérents entre eux mais qui par leur nombre donne une impression de véracité à l’esprit pressé (ce que j’appelle des mille-feuilles argumentatifs). En outre, parce que les raisonnements conspirationnistes vont dans le sens de certaines de nos intuitions ils ont une capacité à se diffuser souvent supérieure à des raisonnements plus analytiques.
Vous critiquez «l’épidémie de sensibilité» qui sévit sur les réseaux sociaux, qui joue sur la polysémie du terme «violence» pour considérer toute opinion comme une blessure. Quelles sont les racines de ce phénomène?
L’origine de cette épidémie est d’ordre idéologique, elle s’enracine dans les considérations sur les identités et l’obsession victimaire. Il reste que là aussi, le monde numérique parce qu’il est adossé à la dérégulation massive du marché cognitif est un outil adéquat pour les indignations de tout ordre parce que le scandale moral et la colère sont des appeaux attentionnels puissants. Ainsi, des chercheurs de l’université Beihang de Pékin qui ont analysé plus de 70 millions de messages sur Weibo (le Twitter chinois) ont observé que la colère se propage plus vite sur les réseaux sociaux que les autres émotions et elle est même contagieuse car elle incite ceux qui sont confrontés à des messages colériques à en envoyer eux-mêmes Molly Crockett, une psychologue de l’université de Yale a conduit une recherche publiée dans la célèbre revue Nature qui aboutissait à la conclusion que les réseaux sociaux exacerbent l’indignation morale en amplifiant les stimuli de ses déclenchements.
Lorsque l’idéologie croise des dispositions enfouies dans notre cerveau… le mélange est détonnant
Gérald Bronner
Il se trouve que le niveau de violation des règles morales à partir duquel on s’indigne a beaucoup baissé. Comme l’expliquent les auteurs d’une remarquable série d’expérimentations publiée dans Science, la réduction de leur prévalence d’un phénomène conduit les gens à élargir la définition implicite qu’ils ont d’un phénomène. Ainsi, par exemple, l’une des expérimentations demandait aux sujets de distinguer des visages menaçants d’autres visages exprimant une émotion différente. À mesure de l’expérience, de moins en moins de visages menaçants étaient présentés. Imperceptiblement, les sujets changeaient leurs appréciations pour considérer des visages neutres comme menaçants. Les auteurs de l’étude ont obtenu les mêmes résultats pour des considérations éthiques. Les sujets, confrontés à des demandes immorales de plus en plus rares à mesure du déroulement de l’expérience, ont commencé à considérer comme violant des règles éthiques des énoncés parfaitement anodins. Lorsque l’idéologie croise des dispositions enfouies dans notre cerveau… le mélange est détonnant.
Vous expliquez dans votre livre que la peur a un avantage concurrentiel dans le marché de l’information. Pourquoi? Ne peut-on pas lire la réaction drastique à la pandémie de coronavirus (par rapport à l’épidémie de Hongkong de 1969 par exemple) comme un effet de cette dérégulation du marché de l’attention produit par les nouvelles technologies? En d’autres termes: sans Internet et les chaînes d’info continue, l’épidémie aurait-elle pris tant de place dans nos vies?
La peur est une émotion utile sans laquelle l’humanité aurait disparu, mais elle peut aussi devenir obsessionnelle et nous empêcher d’avoir un traitement rationnel du risque. Il me paraît raisonnable d’imaginer que, si l’épidémie de Hongkong a à peine attiré l’attention collective, c’est parce que le marché cognitif était encore très régulé. De la même façon, on sait que le traitement médiatique des problèmes de santé publique ne recouvre pas toujours une cartographie rationnelle (certaines maladies rares par exemple sont rendues plus visibles socialement et recueillent des dons au détriment d’autres maladies qui font bien plus de morts). Cependant, la crise pandémique que nous traversons est bien réelle et, dans ce cas, on peut peut-être plutôt s’interroger sur la cécité de 1969.
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/gerald-bronner-a-l-heure-d-internet-le-scandale-moral-et-la-colere-sont-des-appeaux-puissants-20210222
Gaspard Koenig : "L'Enfer"
En quête de plus grand que soi : la liberté. Le philosophe et écrivain, Gaspard Koenig a bien cette visée. L’auteur du conte philosophique L’Enfer la narre et la raconte avec cet art des mots justes. C’est justement d’eux que nous avons parlé lors de notre échange.
« Ecrire des essais et des romans ; c’est un peu la même chose, alors qu’en France, on les scinde en deux ». Aussi, on est philosophe ou essayiste ou alors ce sera le statut de romancier qui primera au dépend des autres. Très peu, pour le syncrétique fondateur du think-tank GenerationLibre Gaspard Koenig qui écrit des ouvrages de tous genres. Il s’agit, pour lui, de porter son attention au travail de la langue lors de l’écriture d’un essai. « Il est important que les essayistes mettent du style ». Celui qui vient de publier le conte philosophie L’Enfer aux éditions de l’Observatoire tisse des liens avec les livres qui l’ont façonné. Ces temps-ci, ses lectures quotidiennes sont marquées par l’œuvre de Léon Tolstoï. Le personnage éponyme de son premier roman Octave avait vingt ans est un protagoniste d’A la recherche du temps perdu. En le brossant, Marcel Proust donne progressivement de la densité à son personnage qui deviendra un écrivain de génie.
![]() |
Gaspard Koenig : photo gracieusement donnée par Gaspard Koenig pour Forbes |
« L’ancrage fort dans la littérature » est manifeste dans les publications de Gaspard Koenig. Aussi, dans son essai Les discrètes vertus de la corruption le voici qui convoque La Fable des abeilles de Bernard Mandeville. Son voyage à cheval s’est effectué sur les traces de Michel de Montaigne. « Cela permet de s’inclure dans une histoire et donne un cadre au récit » explique-t-il.
L’art de la formule. Il cite, notamment, Jean Giono et Paul Morand. Gaspard Koenig attache une grande importance à la phrase et à son rythme. Pour lui, « une idée s’enrichit, se précise et évolue dans la formulation ». Avec l’écriture, l’appréhension, dès lors, se fait peu à peu. « Le livre final sera différent de celui avec lequel j’ai commencé » témoigne-t-il.
Chemins de traverse. Au sortir de son voyage consacré à l’intelligence artificielle, le voici qui, de Bordeaux à Rome, s’inscrit dans les pas de Michel de Montaigne avec sa jument Destinada. Ce voyage se fait tout autre ; « pas anticipable, pas normé ». Il s’agit, bien ici, d’ « aller au contact » avec nombre de « marges d’erreur et d’errance ».
« Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche »
Il s’inscrit, d’ailleurs, en continuité avec la philosophie du cheminement de l’auteur des Essais. Avec enthousiasme, Gaspard Koenig célèbre cette façon de voyager. « Montaigne faisait de longs détours ; un principe qu’il applique à son écriture pleine de digressions, et à la vie en général ». Aussi, il s’agit d’ « être ouvert à l’imprévu ». Ce voyage s’inscrivait dans cette philosophie.
Au long des 2 500 kilomètres, le périple a été arpenté par de nombreux thèmes : du rapport à l’animal à la liberté, du stoïcisme au dépouillement. « Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche ». La sentence de Montaigne résonne pour le philosophe qui s’inscrit dans cette démarche. « On prend plaisir dans le cheminement » considère-t-il. Un voyage qui la rendu « très optimiste ». Il a appris ; « la relation de confiance à travers un geste et un regard ».
Il s’est rendu compte qu’il est peu aisé de « déclencher l’hospitalité, d’avoir confiance ». Aussi, il juge ce parcours, comme « un exercice intéressant, riche et subtil ». Un voyage initiatique ? En partie oui avec « des rencontres éphémères mais très intenses et satisfaisantes » se souvient-il. De ces rencontres l’espace d’un instant à la découverte d’un paysage ou lorsqu’il se plonge dans toute l’œuvre d’un auteur, il cultive cette enthousiasme, cet instant.
Il les mettra en mots ; en les ciselant en les ajustant. Avec talent.
mercredi 3 février 2021
Abdennour Bidar : "Révolution spirituelle"
Partant du constat que ce monde capitaliste et consumériste nous oblige à vivre une existence sans âme, sans esprit et sans humanité, Abdennour Bidar lance un vibrant appel au monde contemporain pour qu'une révolution soit possible. Non pas une révolution violente comme par le passé, mais une révolution tout à la fois spirituelle et politique. Ni alarmiste ni insouciant, ni catastrophiste ni inconséquent, Abdennour Bidar est un optimiste conscient qui croit finalement aux forces de l'Esprit et à la capacité de la jeunesse de trouver en elle-même, dans un retournement intérieur vers l'Absolu, les puissantes ressources nécessaires pour nous sortir des impasses où l'exploitation du monde nous a perdus : impasse climatique, impasse économique, impasse matérialiste... Et si ce chant de révolte devenait le cri de ralliement de toutes celles et ceux qui sont en quête d'un monde plus humain et plus divin ! Et si nous étions à l'aube d'une humanité nouvelle, infiniment plus spirituelle !
vendredi 22 janvier 2021
Frédéric Lenoir : « Sages, mystiques et maîtres spirituels ».
Cette nouvelle édition compacte reprend l’ouvrage « Le livre des sagesses » paru en 2002, que j’avais dirigé avec Ysé Tardan-Masquelier. Il parcourt de manière chronologique l’aventure spirituelle de l’humanité du IVe millénaire av. J-C. jusqu’à nos jours, à travers des figures mystiques du monde entier et une anthologie de textes”. Frédéric https://www.fredericlenoir.com/…/sages-mystiques-et…/














