mardi 2 mars 2021

Gaspard Koenig : "L'Enfer"

 En quête de plus grand que soi : la liberté. Le philosophe et écrivain, Gaspard Koenig a bien cette visée. L’auteur du conte philosophique L’Enfer la narre et la raconte avec cet art des mots justes. C’est justement d’eux que nous avons parlé lors de notre échange. 

« Ecrire des essais et des romans ; c’est un peu la même chose, alors qu’en France, on les scinde en deux ». Aussi, on est philosophe ou essayiste ou alors ce sera le statut de romancier qui primera au dépend des autres. Très peu, pour le syncrétique fondateur du think-tank GenerationLibre Gaspard Koenig qui écrit des ouvrages de tous genres. Il s’agit, pour lui, de porter son attention au travail de la langue lors de l’écriture d’un essai. « Il est important que les essayistes mettent du style ». Celui qui vient de publier le conte philosophie L’Enfer aux éditions de l’Observatoire tisse des liens avec les livres qui l’ont façonné. Ces temps-ci, ses lectures quotidiennes sont marquées par l’œuvre de Léon Tolstoï. Le personnage éponyme de son premier roman Octave avait vingt ans est un protagoniste d’A la recherche du temps perdu. En le brossant, Marcel Proust donne progressivement de la densité à son personnage qui deviendra un écrivain de génie.


Gaspard Koenig : photo gracieusement donnée par Gaspard Koenig
pour Forbes
 De Bordeaux à Rome, il s’inscrit dans les pas de Michel de Montaigne avec sa jument Destinada

« L’ancrage fort dans la littérature » est manifeste dans les publications de Gaspard Koenig. Aussi, dans son essai Les discrètes vertus de la corruption le voici qui convoque La Fable des abeilles de Bernard Mandeville. Son voyage à cheval s’est effectué sur les traces de Michel de Montaigne. « Cela permet de s’inclure dans une histoire et donne un cadre au récit » explique-t-il. 


L’art de la formule. Il cite, notamment, Jean Giono et Paul Morand. Gaspard Koenig attache une grande importance à la phrase et à son rythme. Pour lui, « une idée s’enrichit, se précise et évolue dans la formulation ». Avec l’écriture, l’appréhension, dès lors, se fait peu à peu. « Le livre final sera différent de celui avec lequel j’ai commencé » témoigne-t-il. 

Chemins de traverse. Au sortir de son voyage consacré à l’intelligence artificielle, le voici qui, de Bordeaux à Rome, s’inscrit dans les pas de Michel de Montaigne avec sa jument Destinada. Ce voyage se fait tout autre ; « pas anticipable, pas normé ». Il s’agit, bien ici, d’ « aller au contact » avec nombre de « marges d’erreur et d’errance ».

« Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche »

Il s’inscrit, d’ailleurs, en continuité avec la philosophie du cheminement de l’auteur des Essais. Avec enthousiasme, Gaspard Koenig célèbre cette façon de voyager. « Montaigne faisait de longs détours ; un principe qu’il applique à son écriture pleine de digressions, et à la vie en général ». Aussi, il s’agit d’ « être ouvert à l’imprévu ». Ce voyage s’inscrivait dans cette philosophie.

Au long des 2 500 kilomètres, le périple a été arpenté par de nombreux thèmes : du rapport à l’animal à la liberté, du stoïcisme au dépouillement. « Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche ». La sentence de Montaigne résonne pour le philosophe qui s’inscrit dans cette démarche. « On prend plaisir dans le cheminement » considère-t-il. Un voyage qui la rendu « très optimiste ». Il a appris ; « la relation de confiance à travers un geste et un regard ».

Il s’est rendu compte qu’il est peu aisé de « déclencher l’hospitalité, d’avoir confiance ». Aussi, il juge ce parcours, comme « un exercice intéressant, riche et subtil ». Un voyage initiatique ? En partie oui avec « des rencontres éphémères mais très intenses et satisfaisantes » se souvient-il. De ces rencontres l’espace d’un instant à la découverte d’un paysage ou lorsqu’il se plonge dans toute l’œuvre d’un auteur, il cultive cette enthousiasme, cet instant.

Il les mettra en mots ; en les ciselant en les ajustant. Avec talent. 

vendredi 26 février 2021

Benoite Groult - France Culture

 "LE MLF A PERMIS AUX FEMMES DE SORTIR DE LEUR ISOLEMENT"

Etienne Klein : l'appel du vide

 

France Culture : Histoire du handicap

 

Julia Kristeva : "La psychanalyse est une poétique"

 

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-vendredi-26-fevrier-2021

La psychanalyse permet-elle de renaître ? Le langage permet-il de sublimer nos souffrances et complexes pour apprendre à mieux vivre avec, et donc à nous transformer ? Cours particulier en compagnie de Julia Kristeva.

 

lundi 15 février 2021

Nicolas Bouzou : «Notre désir de liberté n’est pas éteint, mais aiguisé, ces temps-


TRIBUNE - Certains de mes amis libéraux font fausse route en craignant que les atteintes actuelles aux libertés, justifiées par la pandémie, ne nous habituent à la servitude, plaide l’économiste et essayiste, Nicolas Bouzou.


Par Nicolas Bouzou


Nicolas Bouzou est le fondateur du cabinet de conseil Asterès.

La crise actuelle divise la famille libérale. Mais le clivage n’est pas entre les libéraux par principe qui placent la liberté au-dessus de tout et les utilitaristes qui placeraient l’efficacité au-dessus des principes et justifieraient pour cette raison confinements et couvre-feu. Le débat porte sur les outils de la liberté: comment sortir d’un enfermement qui nous est à tous difficile à vivre?

Il me semble que certains de mes amis libéraux ont un point commun avec les intellectuels de gauche: ils pensent élégamment mais faux. Tout à essayer de fourrer les faits dans leur corpus idéologique, ils en viennent à pointer du doigt des dangers quasi inexistants à court terme en oubliant les graves menaces que la crise actuelle fait peser sur nos sociétés. On ne compte plus les opuscules sur le risque que feraient courir les mesures de restriction sur l’État de droit ou notre capacité à demeurer des adultes.

Au fondement de ces analyses, une crainte: que les Français s’habituent aux contraintes et aux contrôles actuels, qu’ils apprennent à les aimer et que la servitude volontaire ne transforme nos pays en dictatures. En conséquence de ce diagnostic, une solution: relâcher les contraintes sanitaires, libérer l’économie, et tant pis pour les personnes les plus exposées au Covid-19: qu’elles restent chez elles, leur isolement vaut bien notre liberté et notre prospérité. Cette pensée peut faire un peu de buzz médiatique à court terme. Elle est pourtant moralement contestable et intellectuellement fallacieuse.

Toutes les périodes de restriction sont suivies d’une explosion des libertés dès que les interdictions sont levées. Les gens sortent, font la fête et l’amour

La société française serait-elle gagnée par la joie de l’enfermement? C’est exactement le contraire. En France, les sondages montrent que l’adhésion à d’éventuels reconfinements diminue avec le temps. Même en Israël, pays champion du monde de la vaccination et qui propose donc une sortie de crise, le récent confinement a été contesté. La forte augmentation des troubles psychologiques dans les pays développés, dont la France, semble en outre contredire l’idée d’une accoutumance aux restrictions. Les Français n’en peuvent simplement plus!

L’étude des guerres et des épidémies montre l’inverse de ce qu’attendent ces libéraux hostiles aux mesures de contrôle décidées par les pouvoirs publics. Toutes les périodes de restriction sont suivies d’une explosion des libertés dès que les interdictions sont levées. Les gens sortent, font la fête et l’amour, et ils manifestent comme nous aurons l’occasion de nous en apercevoir dès que ce gouvernement ou un autre remettra sur la table une réforme, même minuscule. Un libéral devrait comprendre qu’on ne désapprend pas la liberté, pas plus qu’on ne désapprend à boire de l’eau quand on est dans le désert sans sa gourde. On l’attend d’autant plus qu’on en est privé.

Ce ne sont pas les gouvernements qui sont méchants, mais le virus. C’est le virus qui nous prive de nos libertés, raison pour laquelle nous devons le mettre à distance ....


Pour lire l'article en entier

 https://www.lefigaro.fr/vox/societe/notre-desir-de-liberte-n-est-pas-eteint-mais-aiguise-ces-temps-ci-20210212


Source : Le Figaro

lundi 8 février 2021

Jean-Claude Ameisen : Aux origines d’une théorie - France-Culture

 La première édition de L’Origine des espèces de Darwin est épuisée le jour même de sa parution, le 24 novembre 1859. Que renferme ce livre essentiel ? En quoi la théorie de l'évolution a-t-elle révolutionné la pensée du vivant ?

Théorie de l'évolution Crédits :  Julie Delton - Getty

En 1831, Charles Darwin embarque à bord du Beagle comme naturaliste. Durant cinquante-sept mois, il arpente le globe et accumule une multitude d'observations. A son retour, il possède l’essentiel des éléments qui, une fois réinterprétés, reliés et mis en ordre, constitueront les points d’ancrage de sa théorie de l'évolution.


Jean-Claude Ameisen, médecin, chercheur, président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique et auteur de l'émission Sur les épaules de Darwin sur France Inter