lundi 30 novembre 2020

George Orwell: Covid1984


L’auteur de 1984 et de La Ferme des animaux fait son entrée dans la Pléiade, dans une période où son œuvre se révèle particulièrement éclairante…

Soixante-dix ans après sa mort, George Orwell intègre la prestigieuse collection des Éditions Gallimard. Le timing est bien choisi. Car, si l’écrivain britannique a été qualifié de visionnaire, son œuvre n’a jamais paru si actuelle tant l’année 2020 a de faux airs de 1984. Déjà, après l’annonce du premier confinement, en mars dernier, les recherches liées à la célèbre dystopie avaient explosé sur Google tandis que sur Twitter apparaissait le hashtag #Covid1984. Aujourd’hui, l’adjectif «orwellien» continue à être convoqué pour dénoncer les privations de liberté.


George Orwell . ©Rue des Archives /SPPS


Publié en 1949, écrit pendant la guerre, 1984 se lit comme un roman d’anticipation, mais aussi comme une critique des régimes soviétique et nazi. Le lecteur est plongé dans un monde totalitaire gouverné par un «Big Brother» qui s’insinue dans les consciences. Le crime de la pensée est passible de mort, et la réalité est dictée par la novlangue d’un parti unique et par son ministère de la Vérité. But: créer un homme nouveau docile et malléable.

Nous n’en sommes pas là. Aussi discutables qu’elles soient, les mesures sanitaires se présentent comme temporaires et ont avant tout pour objectif de protéger du virus. Mais leur accumulation et leur application autoritaire font réfléchir. Et certains thèmes abordés par Orwell renvoient à notre présent. De la République des attestations et du traçage à la société de surveillance de masse, il n’y a qu’un pas, que la Chine a déjà franchi avec ses caméras à reconnaissance faciale. Quant aux Gafa, dont la toute-puissance devrait s’affirmer à l’issue de cette pandémie, ne sont-ils pas les «Big Brother» sans visage du XXIe siècle?

Au-delà de la situation créée par la crise sanitaire, les parallèles avec notre époque interpellent et nous sur un possible retour du totalitarisme sous une nouvelle forme. L’omniprésence des «télécrans» semble préfigurer nos tablettes et smartphones. «Les minutes de la haine», qui consistent à vilipender quotidiennement un bouc émissaire, peuvent être rapprochées du fonctionnement des réseaux sociaux. L’effacement et la réécriture de l’Histoire, pour coller aux intérêts et à l’idéologie du Parti, annoncent le déboulonnage des statues et, plus largement, lacancel culture à l’œuvre dans les facs américaines. Enfin, l’oligarchie décrite dans 1984 ressemble à s’y méprendre aux «élites» dirigeantes contemporaines: «Une nouvelle aristocratie constituée de bureaucrates, de savants, d’organisateurs de syndicats, d’experts en publicité, de sociologues, de journalistes et politiciens professionnels»...


Mais si 1984 occupe une place à part dans l’œuvre d’Orwell, l’un des mérites de ce volume, dirigé par Philippe Jaworski, est de faire découvrir au néophyte des textes plus méconnus: En Birmanie, son premier roman, s’inspirant de son expérience d’officier des forces de l’ordre dans ce pays, et où il fustige le colonialisme britannique ; Le Quai de Wigan, formidable reportage où il partage le quotidien des mineurs du nord de l’Angleterre ; Hommage à la Catalogne, récit de son engagement dans la guerre civile espagnole au cours de laquelle il se bat contre les franquistes, avant de prendre ses distances avec la gauche marxiste. Ce qui frappe, malgré l’apparente diversité des sujets, c’est la cohérence de son œuvre et de son parcours. Anticolonialiste dans les années 1920, puis antifasciste et anticommuniste dans les années 1930 et 1940, Orwell n’a eu de cesse de combattre les orthodoxies et les dogmatismes et de se placer du côté des opprimés. 1984, son dernier livre, est l’aboutissement d’une longue réflexion sur le totalitarisme. Méfiant à l’égard des intellectuels et de leurs théories, Orwell s’est tenu au plus près des hommes ordinaires dont il voyait dans les valeurs simples, ce qu’il appelait «la décence commune»: le meilleur antidote aux folies idéologiques.

Œuvres, de George Orwell, Bibliothèque de la Pléiade, sous la direction Philippe Jaworski, 1 600 p., 66 €.

Par Alexandre Devecchio

Le Figaro

vendredi 27 novembre 2020

Brice Couturier : Fini le culte du winner, célébrons l'échec

 Les échecs sont-ils des jalons nécessaires sur le chemin d’un succès final qui nous en rembourserait ? Après avoir célébré la figure du winner, une avalanche d'essais anglo-saxons tendent à envisager l'échec comme une épreuve positive. L’échec, sujet vendeur outre-Atlantique, un signe des temps ?

Les échecs peuvent-ils être considérés comme des "datas qu’on accumule", des informations dont il conviendrait de faire bon usage, dans la perspective de prochaines épreuves ? Crédits :  Adie Bush - Getty

L’échec serait-il devenu un sujet vendeur ? Dans une série de podcasts hebdomadaires, la journaliste et romancière britannique Elizabeth Day interviewait des personnalités, en axant ces entretiens sur leurs échecs. Gros succès. Elle publie à présent une espèce de manuel de l’échec réussi, Failosophy : A Handbook For When Things Go Wrong. Intraduisible, si ce n'est par un approximatif Plantageosophie : Manuel pour quand ça tourne mal. L’an dernier, elle avait déjà publié How to Fail (Comment échouer). Voilà quelqu’un qui fait carrière sur l’échec. Signe des temps ?

Comme le remarque Megan Nolan dans le New Statesman, on a assisté, ces dernières années, à une véritable avalanche de livres consacrés au thème de l’échec. Et c’est troublant. 

Le dessinateur de bandes dessinées américain Scott Adams, créateur de la fameuse série Gilbert consacrée au monde de l’entreprise, a ainsi publié en 2013 un livre intitulé How To Fail At Almost Everything and Still Win Big (Comment échouer dans presque tout et cependant gagner le gros lot). Depuis, un nombre incalculable de bouquins prétendent apprendre aux Américains à "gérer leurs échecs". Le plus souvent dans l’idée de les transformer en succès, mais pas nécessairement. Les Américains seraient-ils en train de prendre conscience de l’échec que leur propre pays est en train de subir ? Par exemple dans sa rivalité avec la Chine pour le leadership mondial ?

On dira que la culture américaine a constamment célébré le "winner". Que le milliardaire Donald Trump est probablement parvenu à se faire élire président du pays, en 2016, malgré ses frasques et son incompétence, précisément parce qu’il incarnait ce rêve américain : devenir riche et puissant, pouvoir "s’en payer". Et que son incapacité à assumer, cette année, son échec électoral, démontre combien le fait de perdre est insupportable aux Américains. 

Pourtant, leur littérature, le cinéma hollywoodien ne manquent pas de très beaux portraits de "losers magnifiques" : Barry Lindon, Taxi Driver, Macadam cow-boy, Vol au-dessus d’un nid de coucou… . Et cela ne date pas des années soixante : les romans de Scott Fitzgerald sont tous consacrés à de tels personnages. 

France Inter - Pascal Picq : Au commencement était aussi la femme !

 On ne parle jamais des femmes dans la Grande histoire. Mais les paléontologues Pascal Picq et Marylène Patou-Mathis, qui publient respectivement "Et l'évolution créa la femme" (Odile Jacob) et "L'homme préhistorique est aussi une femme" (Allary), corrigent l'erreur.


Pétroglyphes d'Aliya la déesse de la fertilité, province de Najran, à Thar, Arabie saoudite. © Getty / Eric Lafforgue / Art in All of Us / Corbis


La domination masculine ne date pas d'hier... Elle prend racine à la préhistoire mais n'en est pas pour autant un fait naturel, mais bien le produit de la culture. 

C'est ce que démontrent dans leurs ouvrages respectifs Pascal Picq et Marylène Patou-Mathis.

Paléo-anthropologue et maître de conférence au Collège de France, Pascal Picq tente dans "Et l'évolution créa la femme"  de comprendre, dans une perspective évolutionniste, le développement de comportements coercitifs et violents chez les hommes envers les femmes. 

En étudiant les rapports entre les sexes dans différentes espèces animales, en particulier chez les singes, il dresse un constat accablant : chez les hominidés, ces rapports sont beaucoup plus agressifs que dans la plupart des autres espèces, les mâles pouvant en venir même à tuer les femelles. Néanmoins, Pascal Picq a toujours existé des cultures humaines où prévalait un équilibre des pouvoirs entre hommes et femmes, mettant à mal les théories naturalisant la domination masculine.  

Cette entreprise de déconstruction des préjugés sur les rapports de genre à la préhistoire suppose également de faire évoluer le regard sur la femme préhistorique. 

Marylène Patou-Mathis, préhistorienne et directrice de recherche au CNRS, dans "L'homme préhistorique est aussi une femme" souligne comment nos représentations de la femme préhistorique comme soumise à l'homme, uniquement en charge des aspects domestiques de la vie quotidienne ont été en réalité calquées sur les préjugés sexistes des fondateurs de la discipline historique consacrée à la préhistoire au XIXe siècle. 

La mise en concordance des époques et la réintégration de l'homme dans l'histoire globale des espèces animales permettent ainsi de réfléchir aux sources d'inspiration que représente la préhistoire pour réinventer les rapports entre les genres au temps présent. 

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/lheure-bleue/id1151022824

jeudi 26 novembre 2020

Luc Ferry: «Une mondialisation salvatrice?»


CHRONIQUE - Un vaccin eût été radicalement impossible à tester comme à développer en moins d’un an hors d’un système capitaliste mondialisé.

Par Luc Ferry


N’en déplaise aux contempteurs de la mondialisation libérale et de la société de consommation, qu’ils viennent de l’extrême gauche, du fondamentalisme vert ou de la droite souverainiste, ce n’est nullement la mondialisation qui fut à l’origine du Covid-19 mais des marchés chinois traditionnels abrités par un régime communiste.


«La diabolisation rituelle de ce symbole de la mondialisation qu’est Amazon n’est guère sensée», estime Luc Ferry. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro


Qui plus est, c’est bel et bien grâce à cette mondialisation pourtant honnie par une majorité de Français que nous allons sortir de la crise. Pour éviter un malentendu prévisible dès qu’on s’aventure sur ce sujet désormais radioactif, je rappellerai que j’ai longuement analysé dans mes livres les défauts de ce que j’ai appelé la «deuxième mondialisation», celle qui est aujourd’hui portée par le net et qui n’est plus maîtrisée par personne. Les menaces qu’elle fait peser sur les petites nations sont incontestables et je serai le dernier à les nier: perte de contrôle sur le cours du monde, régulation de l’économie difficile, voire impossible, perte du sens d’une histoire qui échappe de toute part à la volonté des Hommes.

Je sais aussi combien certains courants de pensée, à gauche comme à droite, chez les laïques comme chez les croyants, abhorrent la logique consumériste qui caractérise la modernité libérale. Au plus profond, c’est affaire, sinon de goût, du moins de valeurs et comme tel, cela relève davantage de la subjectivité que de l’objectivité: certains adorent voyager, consommer, dépenser et vivre dans la société de la mode et de l’innovation permanente, d’autres au contraire détestent ce monde moderne qui érode sans cesse les valeurs et les autorités traditionnelles.

Force est de reconnaître que le vaccin signe indiscutablement le succès de la mondialisation libérale

Il y a sur ce terrain davantage de liens entre un communiste antilibéral et un catholique, au sens propre et légitime du terme, «conservateur», qu’avec quelqu’un qui aime le monde moderne à cause des libertés qu’il nous offre par-delà tous les défauts qu’on pourra, à tort et à raison, lui trouver. Il n’y a aucune chance que dans cette «guerre des dieux», pour parler comme Max Weber, les uns et les autres puissent se convaincre.

Pour autant, si l’on veut bien se situer un instant sur un plan plus objectif, force est de reconnaître que le vaccin signe indiscutablement le succès de la mondialisation libérale. Il eût été radicalement impossible à tester comme à développer en moins d’un an hors d’un système capitaliste mondialisé. Comme l’écrit excellemment Luc de Barochez dans Le Point de cette semaine, «le vaccin est fondé sur les recherches d’une scientifique hongroise émigrée aux États-Unis. Il a été mis au point à Mayence par la PME allemande BioNTech par deux médecins originaires de Turquie. Il a été testé simultanément aux États-Unis, en Chine et en Allemagne, au Brésil, en Afrique du Sud et en Turquie, tandis qu’il est produit en Belgique, en Allemagne et aux États-Unis par une multinationale dirigée par un Grec d’origine juive…» Bref, l’horreur pour un altermondialiste! Du reste, sans le secours de l’intelligence artificielle, ici omniprésente, nous aurions, comme ce fut le cas pour le sida, attendu dix ans avant de trouver une parade à la maladie.

Amazon réalise en effet 58 % de ses ventes sur le sol français via des vendeurs tiers. Ce sont plus de 11.000 PME et TPE qui, en France même, vendent sur cette plateforme

J’ajouterai pour faire bonne mesure que la diabolisation rituelle de ce symbole de la mondialisation qu’est Amazon n’est guère sensée. En dehors du fait que cette plateforme nous rend des services insignes en nous évitant de nous déplacer pour acheter des objets ordinaires qui ne nécessitent en rien notre présence, elle est une aide précieuse pour des milliers de petits commerces. Amazon réalise en effet 58 % de ses ventes sur le sol français via des vendeurs tiers. Ce sont plus de 11.000 PME et TPE qui, en France même, vendent sur cette plateforme, de sorte que la fermer, outre le fait que c’est impossible dans une démocratie, mettrait en difficulté des milliers de petits commerces (ce qui n’empêche en rien de plaider pour une compétition plus juste et d’exiger que la plateforme paye ses impôts là où elle gagne de l’argent).

SOURCE : LE FIGARO

Pierre-Henri Tavoillot et Jean-Michel Fauvergue : Gouverner en démocratie : entre l’ordre et la morale

 Quelle place pour l'ordre et la sécurité en démocratie ?


Des voix s’élèvent pour dénoncer une dérive sécuritaire du gouvernement et les manifestations ne se tarissent en cette période de confinement… mais la loi sur la sécurité globale a été largement votée en première lecture à l’assemblée nationale, et le Président de la République et le gouvernement affichent un record de popularité… Faut-il y voir l’installation d’une fracture entre d’un côté une France désireuse de sécurité et d’un autre une rejetant les limitations des libertés ? Comment la morale peut-elle nous guider en ces temps incertains ? Et si la crise rendait plus gouvernable la démocratie ? 

Comment gouverner un peuple roi ? : Traité nouveau d'art politique

De Pierre-Henri Tavoillot - Ed Odile Jacob


« Sommes-nous entrés dans l’ère du déclin démocratique, voire dans un âge post démocratique ? Admettons au moins l’existence d’une triple déception : la démocratie libérale souffre d’une terrible crise de la représentation, d’une grave impuissance publique et d’un profond déficit de sens. Autrement dit, elle aurait perdu, en cours de route, à la fois le peuple qui la fonde, le gouvernement qui la maintient et l’horizon qui la guide. » P.-H. T.


Pour Pierre-Henri Tavoillot, ce que nous avions pris pour un progrès acquis – la démocratie – se révèle en réalité un vertigineux chantier. Avec ce livre qui renoue avec la tradition oubliée des traités d’art politique, il nous invite à réfléchir à ce qui fait le secret de l’obéissance volontaire. Car, en démocratie, l’art de gouverner est surtout un art d’être gouverné. Comment l’envisager aujourd’hui ? 


Entre le cauchemar de l’impuissance publique et le spectre de l’autoritarisme, comment réconcilier la liberté du peuple et l’efficacité du pouvoir ? -Présentation de l'éditeur-


mercredi 25 novembre 2020

Philippe Croizon bientôt dans l’espace ? « Je veux montrer que tout est possible »


Amputé des quatre membres depuis 1994 après un accident, Philippe Croizon ne cesse depuis de multiplier les aventures et les défis sportifs. Cet aventurier pourrait même se retrouver bientôt dans l’espace, après des échanges sur Twitter avec Elon Musk, le patron de SpaceX. Entretien.



Après avoir traversé la Manche à la nage, rallié les cinq continents en nageant et participé au Paris-Dakar, le prochain défi de Philippe Croizon pourrait être d’aller dans l’espace… Partie d’une blague, son interpellation sur Twitter du patron de SpaceX, le milliardaire Elon Musk, pourrait bien rendre son rêve réel. Il raconte.

Comment vous est venue l’idée d’interpeller Elon Musk pour aller dans l’espace ?

Je suis un personnage qui ose tout en permanence. J’aime bien me lancer des défis fous, interpeller les gens… J’ai arrêté d’attendre que les gens viennent vers moi sinon, on peut attendre longtemps.

Alors, un peu par blague, j’ai fait un tweet annonçant que si j’atteignais 50 000 abonnés sur Twitter avant Noël, j’enverrai un message à Elon Musk pour lui demander d’aller dans l’espace. Sauf que le tweet est devenu viral, j’ai été pris à mon propre jeu et j’ai eu 54 000 abonnés en 2 heures ! J’ai donc écrit et envoyé mon tweet en mentionnant le patron de SpaceX.

C’est alors qu’il vous a répondu ?

Oui, je ne m’y attendais pas, mais Elon Musk m’a répondu OK, en me disant que je volerai dans l’espace un jour. Comme je suis culotté, je lui ai signalé que mes messages privés Twitter étaient ouverts. Il m’en a alors envoyé un, en répétant qu’il m’enverrait un jour dans l’espace… J’ai un peu insisté, en disant que j’étais très motivé. Je me suis présenté, en racontant mes précédents défis et je lui ai donné mon mail.

Le lendemain, il m’a envoyé un message, en me disant qu’il me recontacterait bientôt. Tout ça est complètement délirant. Et puis, là où je suis le plus fier, c’est qu’Elon Musk est passé deuxième fortune mondiale juste après notre échange. Je me demande si ça n’a pas un lien [il rit].

Pourquoi souhaitez-vous tant vous rendre dans l’espace ?

J’ai toujours déconné avec ça. Quand j’ai fini la traversée des cinq continents à la nage en 2012, j’ai toujours rigolé avec cette idée d’aller dans l’espace. Je disais que la prochaine mer qu’il me restait à traverser était la mer de la Tranquillité sur la Lune. Pareil après le Dakar en 2017, où je répondais aux journalistes que mon prochain défi était l’espace. Ça a toujours été un rêve, une volonté forte. La technologie avance tellement vite, il y a des inventions sans arrêt, je me dis que c’est possible.

Le défi paraît un peu fou. Mais vous vous y connaissez, en défis fous…

Je me dis que la technologie n’est peut-être pas encore au point pour pouvoir m’envoyer dans l’espace. Mais le tourisme spatial se développe beaucoup, il est peut-être là dans les cinq ans qui viennent. Aujourd’hui, je ne sais pas si c’est possible de m’y faire partir, mais les innovations technologiques vont tellement vite… Peut-être que ça sera encore jouable pour moi.

À chaque fois que je lance un défi, 99 % des personnes n’y croient pas. On me dit que je ne peux pas traverser la Manche à la nage, que je ne peux pas faire Paris-Dakar en étant amputé des quatre membres. Pourtant si, avec l’équipe, on a réussi à chaque fois ! Quand j’ai travaillé pour la Manche à la nage, il y a dix ans, des ingénieurs ont mis au point des prothèses et on a rendu tout ça possible. Et si on faisait pareil pour l’espace ?

En dehors de l’espace, quelles sont vos prochaines aventures ?

J’ai un one-man-show en préparation. Il était prévu pour 2021, mais il y aura de nombreux spectacles… Vu que tout a été décalé avec le Covid-19, on craint un embouteillage. Le projet, actuellement en écriture, a donc été reporté en 2022.

Sinon, mon prochain défi sportif est de refaire la course Paris-Dakar, comme en 2017, mais avec une voiture hydrogène non-polluante. Nous travaillons dessus avec mon équipe pour y retourner en 2022. Je lance d’ailleurs un appel à partenaires pour nous aider dans la réalisation de ce projet car c’est toujours difficile à mettre en place.

Comment gérez-vous les financements, la création d’une équipe derrière vous ?

Trouver les partenaires est la partie la plus compliquée à chaque fois, davantage que la préparation physique et sportive. Pour chaque nouveau projet, je repars de zéro et je monte une nouvelle équipe. Beaucoup de gens me disent non, en affirmant que c’est impossible, et quelques-uns disent oui, et acceptent de travailler avec moi. On travaille énormément et, à la fin, on se regarde en étant très fiers et en se disant : « Putain, on l’a fait ! »

D’où vous vient cette volonté de faire autant d’aventures sportives ?

Tout a commencé sur mon lit d’hôpital. Quand je me suis réveillé après mon accident qui m’a amputé des quatre membres, j’ai vu depuis mon lit qu’une femme venait d’être la deuxième Française à avoir traversé la Manche à la nage. J’ai décidé de faire pareil. Ce que j’ai réussi en 2010, il y a tout juste dix ans.


Vous êtes aussi conférencier et avez donné plus de 1 000 conférences jusqu’ici. Quel message souhaitez-vous adresser, à travers toutes ces aventures ?

Je veux montrer que tout est possible. Aujourd’hui, j’ai été amputé, j’ai eu un terrible accident et j’ai traversé beaucoup de moments difficiles, mais je suis fier de mon parcours de vie, j’aime ma vie. Il y a une phrase de l’écrivain Mark Twain que j’aime beaucoup : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » C’est un peu ce qui m’arrive à chaque fois : je ne sais pas que quelque chose est impossible alors je me lance à fond dedans et fait en sorte de rendre ça possible.

Et puis, j’ai toujours pleins de projets. Quand on me demande quel est mon meilleur souvenir, je réponds souvent que c’est demain, car il me reste encore plein de choses à vivre et je n’ai pas de limites. Si mon parcours de vie prouve une chose, c’est que les seules limites sont celles que l’on se met. C’est un message de rebond et d’espoir dont on a besoin aujourd’hui, en ces temps parfois compliqués.


Ouest-France

Propos recueillis par Paul GRATIAN

André Comte-Sponville : "Évitons que la peur de la mort l'emporte sur l'amour de la vie"

 Tel serait le premier conseil que nous adresserait, d'après le philosophe André Comte-Sponville, le célèbre penseur du XVIe siècle, Michel de Montaigne, s'il vivait à l'heure de la pandémie de la Covid-19. Ses "Essais" sont d'autant plus actuels qu'il nous rappelle de ne jamais céder à la peur de la mort.

André Comte-Sponville est philosophe et auteur du Petit traité des grandes vertus. Il a récemment publié, chez Plon, un Dictionnaire amoureux de Montaigne. Invité de l'émission Grand Bien vous fasse, il a tenu à rappeler combien la lecture de Montaigne et de ses réflexions en ces temps troublés par la crise sanitaire, peut être d'un grand réconfort pour apprendre à dépasser nos propres peurs, et en particulier, celle de la mort. 

Le philosophe André Comte-Sponville recommande de lire Montaigne en ces temps troublés suscités par la crise sanitaire du Covid-19 © AFP / Joel Saget


C'est un formidable maître de sagesse qui offre un art de vivre d'autant plus précieux qu'il pense, lui aussi, sur fond de catastrophes historiques et intimes.


Rappelons que Montaigne appartient à l'école du scepticisme si tant est qu'il ait appartenu à une école philosophique car c'était un penseur éclectique qui n'aimait pas la certitude et ne croyait pas en une seule vérité. Pour lui, toute opinion avait une légitimité. Comme l'affirme André Comte-Sponville, "c'était d'abord un penseur et non un philosophe car il n'a jamais voulu être un donneur de leçons de sagesse, démystifiant le discours moralisateur que prétendaient inculquer nombre de philosophes". C'est un écrivain qui, plus que de vouloir éclairer les hommes, nous invite à des exercices de réflexion affranchis de toute prescription moralisatrice. Un peu comme l'était Nietzsche. 


C'est toute la modernité de la pensée de Montaigne. Il écrit au plus près de lui-même et des autres. C'est pourquoi Montaigne est d'autant plus réconfortant, en partageant une forme de philosophie amicale, littéraire.

Aimer la vie dans son imperfection 

Montaigne a vécu autant de catastrophes historiques qu'intimes. C'est en cela qu'il reste extrêmement pertinent aujourd'hui avec ce qui nous arrive. Toute sa vie, il a souffert. De crises de goutte, de coliques néphrétiques, de poussées de mélancolie, il a perdu cinq de ses six enfants en bas âge ; il a perdu son meilleur ami, Étienne de La Boétie (à qui l'on doit le fameux Discours de la servitude volontaire, 1576) à qui il se confiait et qu'il aimait passionnément ; tout en assistant aux terribles et sanglantes guerres de religion entre catholiques et protestants. C'est pourtant un immense maître de vie et de joie.

Comte-Sponville : "Quelque difficile que soit la vie de Montaigne, lui n'avait pas de médicaments, il n'avait pas d'antalgiques pour soulager ses terribles épreuves psychologiques. Il a vécu pendant des semaines, à répétitions, ces atroces souffrances. La sagesse de Montaigne se résume en un mot à la fin de ses Essais : 

J'aime la vie.

Cet amour de la vie, c'est le secret de sa sagesse. La sagesse, ce n'est pas l'amour du bonheur. Pas besoin d'être sage pour aimer le bonheur. La sagesse n'est même pas l'amour de la sagesse ni l'amour du bonheur, c'est l'amour de la vie. Heureuse ou malheureuse, qu'elle soit sage ou non (car aucune vie n'est jamais heureuse ou sage dans son entier), Montaigne nous aide à aimer la vie dans son imperfection.

Le jardin imparfait, c'est la vie elle-même, c'est la condition humaine. Il faut accepter son imperfection. La sagesse de Montaigne peut se résumer dans l'un des titres d'un livre de Christophe André : Heureux, libre et imparfait. Montaigne est peut-être le premier dans l'Occident moderne qui nous apprend cette philosophie d'un bonheur et d'une vie imparfaits". 

Comment aurait-il vécu le confinement ? 

Comment aurait-il vécu cette absence de libertés de mouvements ? Lui qui a vécu plusieurs poussées d'épidémies de peste ? André Comte-Sponville explique que Montaigne nous aurait invité à agir au milieu des périls avec discernement sans se laisser aller à des émotions primaires : 

"Il se serait vraisemblablement confiné dans sa tour dans le château de Montaigne, qui a brûlé, et où il vivait et écrivait ses œuvres. Il aurait feuilleté ses livres, il aurait fait comme nous. 

Il nous aurait conseillé les uns aux autres de vivre un confinement à la fois nonchalant et actif.

Sans excès d'angoisses parce qu'il considère que l'excès de peur est toujours néfaste, puis de manière active dans le meilleur des possibles. 

Montaigne aurait respecté le confinement. À tel point d'ailleurs que, quand la peste est arrivée à Bordeaux, il a appliqué un geste barrière tout à fait radical, en faisant preuve d'une distanciation sociale extrême puisqu'il a foutu le camp ! Si Montaigne tient beaucoup à la santé, il n'en fit pas toute une religion, en mettant au contraire la sagesse, la vérité, l'amitié à un degré de considération plus haut que la santé car ce sont peut-être, d'après lui, les plus précieux de tous les biens. 

Il ne se serait jamais laissé emporter par la peur comme certains de nos contemporains le font aujourd'hui un peu exagérément. D'ailleurs il le résume très bien dans Les Essais : 

Ce dont j'ai le plus peur, c'est la peur.

Effectivement, notre société aujourd'hui est atteinte d'une peur, certes justifiée mais parfois aussi un petit peu exagérée, et plus paralysante qu'autre chose. Je pense que Montaigne nous dirait ceci : 

Soyez prudents, respectez les gestes barrières mais ne nous laissons pas collectivement emporter par la peur, ne faisons pas en sorte que la peur de la mort l'emporte sur l'amour de la vie.

La mort n'est rien, elle fait juste partie de la vie

Montaigne ne cache pas que la mort est quelque chose qui doit être interrogé et considéré pour mieux apprendre à savourer ses propres plaisirs. À quoi bon autant se préoccuper de contourner absolument le sujet de la mort puisqu'on est certain d'y arriver ? Il faut apprendre à l'ignorer pour mieux s'affranchir des sentiments négatifs qu'elle sous-entend : 

La mort c'est, selon lui, le seul examen que personne n'ait jamais raté. Mais au fond, ce n'est pas la mort qui compte, c'est la vie et l'amour de la vie.

André Comte-Sponville : "Il faut commencer par accepter d'être mortel, accepter la finitude, ça fait partie, selon lui, de l'apprentissage de vivre. Montaigne s'installe dans la perspective du pire. S'il y a une vie après la mort, tant mieux, mais s'il n'y en a pas, vivons la vie le plus intensément possible !

Montaigne nous fait prendre conscience que la béatitude, la félicité, la joie constante et permanente sont impossible. Il faut accepter que notre bonheur soit toujours imparfait pour ne pas se laisser surprendre par les aléas de la vie dont l'idée de la mort".


Les petits secrets des dirigeants pour un télétravail efficace et responsable


TÉMOIGNAGES - Des patrons détaillent au Figaro leurs habitudes et les bonnes pratiques pour éviter les journées à rallonge.

Par Quentin Périnel


Durant cette année 2020 de travail à distance à outrance, les entreprises - et leurs salariés - ont expérimenté une nouvelle façon de conduire leurs tâches. Elles ont chamboulé leurs habitudes… pour le meilleur comme pour le pire. Si, dans l’ensemble, il est possible d’être efficace depuis chez soi, le télétravail a aussi fait émerger de réels problèmes au quotidien. Premier enseignement: s’il est tout à fait possible de faire encore plus de réunions devant un écran, sans bouger de sa chaise. La seconde, c’est que paradoxalement, depuis chez soi, il est plus compliqué de mettre une «fin» symbolique à une journée de travail...

Durant cette période de travail à distance à outrance, ces dirigeants d’entreprise ont découvert et modelé une nouvelle façon de travailler avec leurs équipes. Ils ont, progressivement, chamboulé leurs habitudes. Ils expliquent au Figaro des gestes et des astuces simples pour mieux télétravailler, sans passer une journée entière devant son ordinateur entre 8h30 et 22h.

Rétablissement de la pause déjeuner à distance

Carlo Purassanta, président de Microsoft France, l’a remarqué dès le mois de mai, et il a donc instauré un couvre-feu des réunions. «Nous avons formellement interdit les meetings avant 9 heures et après 18 heures, explique-t-il. Nous avons également rétabli la pause déjeuner. Aucun appel ni réunion ne doit ainsi être planifié entre 12 h 30 et 14 heures.»

Deuxième souci de taille: le temps passé en visioconférence sur Zoom, Skype ou Teams. Karine Picard, DG en France d’Oracle, le dit: la visio ne doit pas être systématique. «J’ai pour ma part décidé de laisser le choix, explique-t-elle. Rendre systématique la visio peut être intrusif et, surtout, complètement contre-productif. La visio a sa légitimité pour les petits appels avec deux ou trois personnes. À grande échelle, cela n’a pas ou peu d’intérêt.»

Vincent Huguet, cofondateur de la plateforme pour les indépendants Malt, lui, a trouvé un moyen de mettre de l’ambiance dans ses réunions virtuelles. «Pour rythmer les présentations à distance sur Zoom, détaille-t-il, on associe à chaque slide de transition une musique. C’est l’occasion d’un petit test en aveugle qui se joue sur le tchat, simultanément. C’est une technique qui a fait ses preuves pour briser la monotonie d’une présentation d’une heure et un bon moyen de garder 200 personnes concentrées jusqu’à la fin.»

Marie Mascré, cofondatrice avec son mari Sylvain Dadé de l’agence SoWine, a décidé d’automatiser un rendez-vous d’équipe, chaque vendredi soir. «Nos apéros de fin de semaine ont des allures de meeting ludique, relate-t-elle. Ils sont un moyen de nous détendre, mais ils permettent aussi d’échanger de façon informelle à propos de nos découvertes en vins, spiritueux, mais aussi en cocktails sans alcool ou en thé, la consommation
d’alcool n’étant évidemment pas obligatoire!»

Émotions amplifiées

Avec la distance, être à l’écoute et aux petits soins avec ses équipes est plus que jamais indispensable. Grâce à l’outil Glint, Fabienne Arata, dirigeante en France de LinkedIn, peut prendre le pouls de ses équipes en permanence et recenser leurs attentes en temps réel. «Nous avons constaté que le télétravail et l’isolement chez soi génèrent des changements d’humeur et d’état d’esprit incessants, de jour en jour, explique-t-elle. Lorsqu’on est chez soi, on est beaucoup plus sensible à l’actualité et à ce qui se passe dehors. En termes d’émotion, tout est amplifié.» Depuis le début de la crise, Fabienne Arata a également pris cette petite habitude: passer chaque jour de courts appels personnels de trois à quatre minutes avec des collaborateurs, au hasard, comme si elle les croisait au détour d’un couloir…

Lorsqu’on travaille à distance, les moments pour souffler sont précieux. Or, un grand nombre de cadres enchaînent appels et tâches sans prendre le temps de souffler… «En télétravail, avoir un équilibre est encore plus essentiel, analyse Gérald Karsenti, président en France de SAP. Nous essayons de sensibiliser nos collaborateurs afin qu’ils structurent et organisent leurs priorités le mieux possible. Nous laissons également des récréations dans la journée, en prévoyant un laps de temps de cinq à dix minutes entre les appels et en alternant les sujets de fond et les discussions plus informelles.»Car, en télétravail, sonner la fin de la journée n’est pas toujours évident. Paradoxalement, il est parfois plus difficile de fermer son ordinateur que de prendre l’ascenseur et quitter le bureau. Paradoxalement, il est parfois plus complexe de fermer son ordinateur que de prendre l’ascenseur et quitter le bureau.

Source : Le Figaro


Christophe André, Alexandre Jollien, Mathieu Ricard en live pour leur "Abécédaire de la sagesse"

Une soirée pour lâcher prise et revenir à l’essentiel ! Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard ont réuni leurs réflexions sur la sagesse dans un abécédaire lumineux (en librairie dès le 4 novembre). 

150 clés pour naviguer par tous les temps (angoisses, colère, mal-être, écologie, optimisme,…) et mieux vivre en cette période incertaine. 






Deux inestimables carnets de Darwin "volés"

 Deux inestimables carnets de Darwin "volés" : l'université de Cambridge lance un appel à l'aide

Une image en gros plan du croquis emblématique de "l'Arbre de Vie" de Darwin Crédits :  UNIVERSITY OF CAMBRIDGE - AFP


L’université de Cambridge a lancé mardi un appel pour retrouver deux carnets de notes de Charles Darwin qu’elle conservait dans sa bibliothèque, et qu'elle considère désormais comme volés. L’un d'eux contient l'esquisse d’"arbre de la vie" du naturaliste, devenu symbole de sa théorie de l’évolution.

Mais où sont passés les carnets de notes de Charles Darwin ? Ils étaient stockés dans la bibliothèque de l'université anglaise de Cambrigde mais ils ont disparu. Après des années de doute et de recherches, c'est seulement aujourd'hui que la célèbre faculté s'est décidée à annoncer qu'ils ont été volés et qu'ils rejoignent donc la liste d'Interpol des œuvres d'arts volés... L'université lance un appel pour retrouver les précieux carnets.

La dernière trace de ce patrimoine scientifique et historique remonte à septembre 2000. La boîte qui contient les notes, pas plus grande qu'un livre de poche, est sortie de la salle des objets précieux pour être photographiée.

Six mois plus tard, contrôle de routine : les carnets ont disparu. Pendant des années, l'université est persuadée qu'ils ont été mal rangés. La bibliothèque de Cambridge compte des millions de livres, de manuscrits et de cartes, classés sur l'équivalent de 210 kilomètres d'étagères. La plus grande recherche de l'histoire de la bibliothèque est lancée, mais vingt ans plus tard, toujours rien. 


"L'arbre de vie", le socle de la théorie de l'évolution de Darwin introuvable

Les deux carnets introuvables renferment pourtant un trésor scientifique. C'est sur l'un deux qu'en 1837, Charles Darwin esquisse "l'arbre de vie", le socle de sa théorie de l'évolution. Il le dessine alors qu'il est à bord du navire scientifique Le Beagle. Ces carnets sont estimés à plusieurs millions de livres sterling.

L'université a décidé de lancer un appel pour retrouver les carnets aujourd'hui, le 24 novembre. Une date symbolique puisque c'est l'anniversaire de la première publication de "l'Origine des espèces", ouvrage majeur du naturaliste et paléontologue britannique.

Chargé de l'enquête, le sergent-détective Sharon Burrell, de la police du Cambridgeshire, a déclaré : 

Nous demandons à toute personne ayant une quelconque connaissance de l'endroit où se trouvent ces carnets inestimables de nous contacter. Ils sont extrêmement précieux et importants, tant pour l'université que pour quiconque s'intéresse à l'histoire des sciences.

Cambridge met en place un mail spécifique pour récolter des témoignages. Sur son site, voici le message que l'on peut découvrir : "Quelqu'un, quelque part a sûrement des informations qui pourraient nous aider à remettre ces carnets à leur place : dans le cœur de l'héritage culturel et scientifique du Royaume-Uni."


Le mail : ManuscriptAppeal@lib.cam.ac.uk

Luc Ferry : philosopher à la lumière de la mythologie

Philosophe, écrivain, ancien ministre de l'éducation nationale, Luc Ferry a initié la série La sagesse des Mythes aux éditions Glénat. Au cours de cette conférence, il revient sur les récits qui ont fondé notre civilisation.




mardi 24 novembre 2020

Julia de Funès: La lutte contre le Covid a déchaîné la pulsion légalomaniaque française


La philosophe et essayiste dépeint la passion française pour la norme bureaucratique, qui s’exprime sans aucun frein pendant ce confinement et entrave gravement le pays.



Cette année nous aura particulièrement montré à quel point l’administration de notre pays, elle aussi, tue. Tue l’intelligence humaine, tue l’ambition de notre pays, tue notre pouvoir d’agir, tout en permettant aux deux fléaux meurtriers les plus actuels de prospérer. L’islamisme radical est à combattre dans un cadre constitutionnel empêchant d’y mettre efficacement fin. Un virus est à endiguer mais des procédures trop longues le laissent se propager durant des mois. La bureaucratie mêlée à la légalomanie paralyse notre pays assujetti à ses normes et à ses lois davantage qu’elles ne le renforcent et qu’elles n’autonomisent la société civile.

L’obsession législative s’inquiète que nos moindres gestes ne soient prévus quelque part, dans un alinéa, une jurisprudence, un décret, une commission, une mise à l’étude, un projet de loi, une élaboration, une proposition, une décision, un appendice! Ce syndrome maniaco-procédurier, cette pulsion légalomaniaque sont amplifiés par la victimisation galopante exigeant la pénalisation de tout ce qui la menace afin de calmer le sentiment de persécution dont elle se dit la proie. Lorsque des individus n’ont plus d’autre solution pour se sentir être que de se condenser dans des groupes identitaires, et trouvent un semblant de vie à travers un légalisme punitif qu’ils ne cessent de réclamer, un mot juste devient une insulte, une critique un amalgame, une offense un préjudice.

La bureaucratie s’occupe davantage des normes que des lois. Elle vise à purger l’homme de l’humain, à remplacer le vivant parfois incontrôlable par de la sécurisation programmée dans toutes les sphères possibles: protocole médical, sanitaire, sécuritaire, procédures administratives, etc. Ces protocoles n’ont rien de légal ou d’illégal, tout en étant obligatoires.

Notre trop plein administratif a peur du vide normatif, cette zone grise et floue qui risquerait de laisser passer encore un peu d’inorganisation, de hasard, et finalement de vie dans nos comportements

Le but est un contrôle des comportements et un fonctionnement sans hasard des esprits. Si gagner en temps et en organisation est le prétexte invoqué de la bureaucratisation, l’effet s’avère souvent inverse à ces ambitions: perte de temps considérable, organisation désastreuse, automatismes débilitants qui transforment les esprits en ectoplasmes et les poussent à se satisfaire d’une situation dans laquelle ils n’ont pas à prendre de risque. À croire que les routes seront peu à peu plus fréquentables sans voiture, la plage sans la mer, la mer sans les vagues, les causes sans conséquences.

Notre trop-plein administratif a peur du vide normatif, cette zone grise et floue qui risquerait de laisser passer encore un peu d’inorganisation, de hasard, et finalement de vie dans nos comportements. Ce grand cirque précautionniste déambule sous les acclamations de cervelles fébriles mais satisfaites de leur bonne conscience, légitimant les ingérences de ces normes au nom de la sécurité et de la précaution. Aussi, l’hyperlégislation et l’inflation bureaucratique sont des pathologies sournoises car elles s’appliquent au nom du bien. Le mal qui leur est lié perd l’attribut par lequel on le reconnaît généralement, celui de la transgression. L’esprit borné reste englué dans ses manières de faire, dans ses mécanismes, dans ses automatismes ritualisés au point de juger qu’ils sont les seuls possibles et légitimes.


Leurs effets secondaires sont pourtant redoutables. Une restriction de liberté démocratique au nom d’un légalisme égalitariste victimaire. Une carence d’intelligence, dont seul le discernement permet de jouer avec les aléas, les contingences, et de comprendre qu’il y a parfois moins de risque à en prendre un qu’à ne pas en prendre du tout. Une perte d’autonomie et de pouvoir d’action, grâce auxquels nous sommes des personnes, des adultes, des êtres responsables, des sujets, et notre pays une nation plus active que réactive, plus entrepreneuse que peureuse.

Sortir de ce formol bureaucratique ne signifie pas remettre en cause systématiquement et bêtement les règlements. C’est penser ce que l’on est censé (faire) appliquer et n’agir que si l’action fait sens.

On s’inquiète de l’intelligence artificielle qui rivaliserait avec l’intelligence humaine. Plus inquiétante encore est l’intelligence humaine qui s’artificialise très vite dès lors qu’elle applique pour appliquer, en faisant des procédures le sommet des priorités au détriment du sens et de l’urgence des situations.


En télétravail avec Karine Picard, DG d’Oracle France


Rencontre avec la directrice générale du géant de l’informatique, dans son appartement de Neuilly-sur-Seine, devenu son bureau depuis début 2020... et au moins jusqu’en janvier 2021.

Photo de Quentin Périnel


Pourquoi cette pièce est-elle propice au télétravail et en quoi vous inspire-t-elle?

Parce qu’elle a à la fois de la lumière, de l’espace, une vue... et une grande table. Cela me rappelle mon bureau chez Oracle, à Colombes. J’ai aussi un petit bureau dans ma chambre mais, symboliquement, cela me gêne de travailler dans la pièce où je dors. Chaque soir, je fais disparaître de chez moi toute trace liée au travail... Heureusement, dans mon cas, il s’agit juste d’un ordinateur et d’un carnet.

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Qu’est-ce qui manque chez vous que vous pouvez trouver au bureau?

Une imprimante! Je me rends compte à quel point ces machines sont importantes, mais, en même temps, à quel point elles sont beaucoup trop utilisées! Je n’arrive pas à me résoudre à en acheter une: j’ai l’impression que cet outil pérenniserait la situation de télétravail à outrance... Or, ce qui me manque aussi beaucoup, c’est le contact humain et la spontanéité des rencontres fortuites dans le couloir.

Comment parvenez-vous à vous évader en télétravail?

Curieux paradoxe! Impossible de rester toute la journée statique sur ma chaise, en effet... Dès que je peux sortir faire une course, je saute sur l’occasion. Chez moi, pendant mes meetings, je fais les cent pas, j’observe par la fenêtre le chat du voisin d’en face, et surtout, j’ai le bonheur d’avoir un balcon agrémenté de quelques arbres.

Pour vos meetings avec vos collaborateurs justement, imposez-vous la visioconférence?

Pas systématiquement! Je comprends tout à fait que tôt le matin, on n’a pas envie d’être filmé. Je ne flique pas et je laisse la liberté à chacun. Pour les meetings qui incluent beaucoup de participants, la visio est contre-productive. En revanche, pour les points avec deux ou trois participants, c’est une bonne chose. Cela n’est d’ailleurs pas forcément une intrusion dans la vie privée: des «faux» fonds d’ambiance existent. À titre personnel, j’aime entendre et voir les animaux de compagnie de mes collaborateurs. Cela humanise et met de la bonne humeur.

Les télétravailleurs ont amélioré leur décoration et optimisé leur confort... Qu’avez-vous changé chez vous?

J’ai ajouté des fleurs et des coussins. Je vis dans cet appartement depuis peu de temps. Et passer tout son temps quelque part peut impliquer de s’en lasser rapidement. J’essaie de remédier à cela. Pour continuer à éprouver du plaisir à habiter chez moi... et à y travailler!


Source : Le Figaro - Quentin Périnel


Albert Kahn : Rêver d'un monde nouveau

Lorsque Albert Kahn s’éteint en novembre 1940, la guerre est là. Ce qui l’a mobilisé toute sa vie, la recherche de la paix, est un échec. Le krach boursier de 1929, ainsi que les sommes englouties dans le mécénat, ont ruiné ce banquier philanthrope. 

Abraham Kahn est né en 1860 dans une famille juive alsacienne de marchands de bestiaux, contrainte de devenir allemande après l’annexion. Devenu Albert, le jeune homme de 16 ans monte à Paris et devient employé de banque. Il suit des cours du soir avec l’aide d’un répétiteur, Henri Bergson, alors étudiant à l’ENS et qui restera son ami toute sa vie. Au sein de la banque Goudchaux qui l’emploie, Albert Kahn se distingue par son flair pour les investissements juteux. Il grimpe les échelons jusqu’à devenir associé puis crée sa propre banque en 1898. Le voilà millionnaire. 

Profondément humaniste, il décide de consacrer sa fortune à la connaissance entre les peuples et à "l’établissement de la paix universelle". Tout au long de sa vie, le banquier mécène imaginera toutes sortes de moyens pour mettre en œuvre ce dessein et favoriser le dialogue international. 

Il fait d’abord aménager une propriété à Boulogne-Billancourt où il recevra intellectuels, artistes, scientifiques, prix Nobel de la paix du monde entier afin qu’ils se parlent et échangent. Ces mondanités sont destinées à montrer à l’élite que le monde est beau, varié mais menacé et qu’il faut le protéger. Il veut transformer leur regard. Il crée un magnifique parc avec des jardins japonais, français, anglais ainsi qu’une forêt vosgienne qui lui rappelle son enfance. Son jardin est un manifeste politique où se côtoient les différences. 

Il crée en 1898 des bourses de voyage d’une année pour les étudiants agrégés et futurs professeurs. Il sent alors le nationalisme monter, il a lui-même dû quitter son village écartelé entre la France et l’Allemagne. 

Sortez, courez voir le monde ! Oubliez tout ce que vous avez appris, gardez les yeux ouverts ! Albert Kanh

Des étudiants français en bénéficient mais aussi des allemands, des américains, des anglais, des russes, des japonais. Il ne leur est demandé quasiment rien en retour, un simple rapport de voyage, mais seulement de vivre au côté d’autres cultures, de s’imprégner d’autres façons de vivre et de penser pour mieux enseigner aux futurs citoyens. Parmi les bénéficiaires, 27 femmes agrégées parcourront le monde.

Albert Khan - Amis du musée

Albert Kahn a conscience qu’il vit un tournant dans l’histoire de l’Humanité : la révolution des transports, des communications, les découvertes techniques, sont en train de transformer le monde, de l’uniformiser, de l’occidentaliser. Il se met alors en tête de garder des traces des civilisations qui le peuplent. A partir de 1908 il se lance dans un projet inouï : réaliser un inventaire photographique de la vie des Hommes sur terre et constituer ce qu’il appelle les Archives de la planète. Précurseur à l’affût des inventions de son temps, il achète aux frères Lumière leur procédé d’autochrome qui permet d’obtenir des images couleurs ainsi que leurs appareils de cinéma. A partir de 1908 et durant plus de 20 ans, Albert Kahn va envoyer dans 60 pays des photographes et des opérateurs afin de fixer "une fois pour toutes des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps". Il documentera aussi de manière très riche le premier conflit mondial de 14-18 et ses ravages sur la vie des civils. Il rassemblera au total 4 000 clichés noir et blanc, 72 000 autochromes couleurs, et 183 000 mètres de films.

On connaît peu de choses de la vie privée d’Albert Kahn. Il n’a laissé finalement que peu de témoignages de la part de ceux qui l’ont côtoyé. Pourtant, sa démarche universaliste est profondément touchante et les images qu’il a contribué à produire ont une valeur inestimable pour l’Histoire de l’Humanité. Sa démarche résonne étonnamment aujourd’hui que nous vivons un basculement planétaire lié à la révolution numérique et à l’effet de l’activité humaine sur le climat.

Intervenants

  • Delphine Allanic, documentaliste au musée Albert Kahn
  • Yaelle Arasa, histoirienne
  • Gilles Baud-Berthier, historien, conservateur du patrimoine
  • Michel Farris, jardinier en chef des jardins du Musée Albert Kahn 
  • Serge Fouchard, documentaliste au Musée Albert Kahn
  • Adrien Genoudet, chercheur en histoire visuelle
  • Frédérique Le Bris, chargée de valorisation film et audiovisuel au Musée Albert Kahn
  • Anne Sigaud, historienne, chargée de recherche au Musée Albert Kahn
  • David-Sean Thomas, chargé d’exposition au Musée Albert Kahn


lundi 23 novembre 2020

EL PAIS : Amin Maalouf "Nos frères inattendus"

 VU D'AILLEURS - Avec son dernier roman Nos frères inattendus, une dystopie présentant des similitudes avec la crise qui ravage la planète, l'auteur franco-libanais tire l'alarme mais garde espoir.

Par LENA

Publié le 20 novembre 2020 à 13:31

Par Juan Cruz (El País)



Dans cette maison calme du quartier de l'Étoile, à Paris, habite, entouré de tableaux reposants et de livres qui narrent combats et idées, un homme paisible que la vie et l'observation qu'il en fait ont transformé, comme dans le célèbre roman d'Albert Camus, en homme révolté. C'est Amin Maalouf, Français d'adoption né à Beyrouth en 1949, académicien de la langue de son pays d'accueil, auteur d'œuvres célèbres telles que Léon l'Africain ou Origines, son voyage à travers le monde sur les traces de ses ancêtres.

Désormais, il pense qu'il faudra un miracle pour que cette planète redevienne « un endroit où il fait bon vivre ». Son dernier roman, Nos frères inattendus, est une dystopie qui ressemble à une réalité possible : la planète sombre dans l'obscurité en raison d'une panne de courant qui rompt d'un seul coup tous les liens. Une île minuscule sur laquelle vivent les personnages est le théâtre dans lequel les protagonistes de cet étrange court-circuit mondial dénouent les fils qui enserrent l'humanité, dans un drôle d'hymne à la fraternité inspiré par les enseignements de la Grèce antique.

C'est une fiction qui nous plonge dans le dérèglement du monde, titre de l'un de ses derniers essais. Toutefois, elle ne se lit pas seulement comme un roman, mais aussi comme un signal d'alarme, que résume le titre de l'unique œuvre de la romancière qui tient l'un des rôles principaux : L'avenir ne vit plus ici. Nous sommes en danger, selon Maalouf, et pas seulement dans ce qui sort aujourd'hui de son imagination de conteur de fictions.


EL PAÍS. - Comment êtes-vous arrivé à cet exercice de divination littéraire ?


Amin MAALOUF. - J'avais déjà terminé l'écriture de ce livre avant la crise actuelle, et en réalité, je me suis demandé s'il valait mieux le sortir aujourd'hui ou attendre. Ensuite, je me suis dit qu'il était utile pour décrire les choses qui se passent actuellement. C'est vrai qu'il s'agit d'une œuvre empreinte de nostalgie et d'utopie. J'ai observé le monde ces dernières décennies, et j'ai déjà écrit quelques essais décrivant ce qui allait mal. Les Identités meurtrières, Le Dérèglement du monde, Le Naufrage des civilisations... J'ai la sensation, très forte, que nous sommes sur une mauvaise voie. Si nous restons sur cette voie, nous arriverons à la pire des situations. Il nous faut imaginer une autre société. J'ai choisi ce moment de l'histoire, la splendeur de la Grèce, parce que cette époque me paraissait correspondre à l'enfance d'une l'humanité qui n'avait jusque-là pas engrangé beaucoup de connaissances. Puis, soudain, sur deux à trois générations, il s'est passé quelque chose qui prouve que notre espèce a la possibilité de réaliser quelque chose de totalement inattendu. C'est de là que vient le titre. Il s'agit bien entendu d'une allégorie : la réalité n'est pas celle qui est décrite dans cette fiction. Mais après avoir écrit ces essais, j'avais besoin de dire qu'il y avait de l'espoir, que peut-être, un jour, quelque chose de différent se produirait.


Ce qui n'arrive jamais, c'est que l'ensemble de l'humanité soit victime d'un accident. Or, dans cette crise, nous avons tous subi le même accident

Amin Maalouf

Les personnages sont confinés sur une île reculée de l'Atlantique qui devient le centre du monde. On ne peut pas lire ce livre et ne pas penser à la pandémie.

Chacun d'entre nous pourrait, un jour, être victime d'un accident. On sort de chez soi, et en une fraction de seconde, on peut glisser, tomber et se briser les os. S'en suivront peut-être des mois ou des années d'hôpital. Ce qui n'arrive jamais, c'est que l'ensemble de l'humanité soit victime d'un accident. Or, dans cette crise, nous avons tous subi le même accident. Cela n'était jamais arrivé auparavant, et cela n'aurait pas pu se produire, car jamais nous n'avions été autant interconnectés. C'est la première fois que nous sommes tous confrontés au même problème. Et nous nous sentons extrêmement vulnérables. La maladie en elle-même est beaucoup moins virulente qu'Ebola ou la grippe espagnole de 1918, mais elle a fait s'arrêter d'un seul coup le monde entier.

Nous avons des manières très différentes de réagir à cette situation, et en même temps, nous partageons le même destin. Ce qui se passe dans une province de Chine se passera à Milan, à New York, partout. Et malgré cela, nous ne sommes pas unis : pas même en Europe, et pas même à l'intérieur d'un même pays. C'est vraiment une métaphore de ce qui nous arrive... J'ai écrit ce livre avant tout cela, parce que les obstacles auxquels nous sommes confrontés existaient déjà. Ne pas arriver à travailler ensemble, ne pas pouvoir construire l'avenir en étant tous unis... Ils sont là, partout dans le monde, y compris là où l'on commence à préparer l'avenir ensemble. L'Europe ne fonctionne plus, l'ordre mondial a entièrement disparu.

Alors, vers quoi nous dirigeons-nous ?

N'importe quoi peut se produire, n'importe quel conflit : une nouvelle guerre froide, mais pas nécessairement froide. Nous pouvons aller dans n'importe quelle direction et nous n'avons aucun moyen d'y résister. Nous pourrions avoir une alerte nucléaire, ou d'autres types d'alertes. Notre monde peut s'arrêter par la volonté d'une seule personne, ou par sa propre volonté. Tout peut s'arrêter pendant que nous nous demandons où nous allons. Ce roman est le fruit de mon inquiétude pour le monde, telle que je l'ai déjà exprimée dans mes précédents livres, et en même temps, je voudrais garder l'espoir que notre espèce soit capable de produire quelque chose qui empêchera une catastrophe majeure.

L'Antiquité qui vole au secours de l'humanité, et des États-Unis, dont le président dirige le monde. Les frères inattendus qui impulsent le changement, à la stupeur de Milton, nom que vous avez donné à celui qu'incarnerait aujourd'hui Donald Trump... Vous n'avez pas l'air d'avoir pensé à Trump...

Non ! Ha ha ha ! Ces frères inattendus signifient qu'aujourd'hui, il nous faut un miracle, sous une forme ou une autre, mais au lieu d'imaginer un miracle dont seul Dieu connaîtrait la provenance, j'ai tenté d'imaginer un miracle qui s'est produit dans l'histoire de l'humanité, dans l'Antiquité, lorsque nous avons réalisé quelque chose d'inattendu. Un miracle qui, j'en ai l'espoir, se produira à nouveau un jour. En ce qui concerne les États-Unis, j'ai toujours été fasciné par la vie politique de ce pays. Ce qui m'a paru intéressant, c'est la comparaison avec 1492. À cette époque, des civilisations ont été surprises de rencontrer quelque chose qu'elles ne connaissaient ni n'attendaient, et immédiatement, elles sont devenues obsolètes, et de là est venue leur destruction... Qui, aujourd'hui, représente notre civilisation ? Je ne pouvais faire autrement que choisir quelqu'un qui se trouve au centre du pouvoir, dans le lieu le plus important du monde.

Chaque Administration américaine, l'une après l'autre, a détruit cette position de pouvoir qui lui imposait d'être le parrain de l'ordre mondial. Au lieu de cela, ils ont détruit l'ordre mondial

Amin Maalouf

La réalité, toutefois, est que ces quatre dernières années, cette personnalité a été incarnée par Donald Trump... Vous citez Shakespeare : «Un ciel si sombre ne pouvait s'éclaircir que par un orage».

Pendant au moins un siècle, on a parlé du déclin du monde, et à chaque fois, on a cité Spengler, et on a fini par prouver que les Cassandres s'étaient trompées. L'hégémonie de l'Occident a fait face à toutes sortes de menaces, et que celles-ci viennent du communisme ou de puissances d'Asie, à chaque fois, l'Occident a démontré sa capacité de les surmonter. Ensuite, l'Occident est sorti vainqueur de la guerre froide. Et pas seulement l'Occident, mais une superpuissance, les États-Unis, qui avait déjà gagné les deux Guerres mondiales et qui gagne ensuite la Guerre froide, qui a été une sorte de Troisième Guerre mondiale contre l'URSS et les communistes. À ce moment, on avait l'impression que la suprématie américaine durerait toujours. Ce que nous avons vu, c'est qu'une superpuissance pouvait, à cause de ses erreurs, perdre sa position hégémonique, une administration après l'autre, jusqu'à arriver à la dernière en date, qui est une caricature de toutes les précédentes.

Pourquoi cette histoire s'est terminée par une caricature ?

Je pense que ce qui s'est passé ces 30 dernières années, c'est une série d'erreurs, parfois dues à l'ignorance, parfois à l'arrogance, mais chaque Administration américaine, l'une après l'autre, a détruit cette position de pouvoir qui lui imposait d'être le parrain de l'ordre mondial. Au lieu de cela, ils ont détruit l'ordre mondial. Ils se sont embarqués dans toutes sortes d'aventures et, ce qui est pire, ils ont perdu leur légitimité morale. Les États-Unis sont censés être le ciment de la légitimité et de la décence morale du monde. Ce qui s'est passé avec le président qui achève aujourd'hui son mandat, c'est un effondrement total. Les États-Unis ont perdu leur autorité morale, et il n'y a plus personne qui a une telle autorité.

Ce livre semble être une tentative d'éteindre des incendies qui ravagent le monde entier.

Oui, jusqu'à un certain point. Le narrateur décide de quitter sa vie d'avant pour se rendre sur une petite île et observer sereinement le monde, mais à un moment, cette sérénité se fissure. Même la petite île où il habite se retrouve affectée par les conséquences de ce qui se passe sur la planète. J'ai bien entendu moi-même cette tentation de me réfugier sur une île pour tenter de comprendre ce qui se passe dans le reste du monde, mais on ne peut être totalement serein lorsque tout est en ébullition. Il ne suffit pas d'être lucide. Il arrive un moment où l'on voudrait crier « cessez cette folie ! » Il nous vient l'envie de hurler au capitaine du Titanic « freinez, on fonce tout droit sur l'iceberg ! » Le roman est peut-être un moyen de crier pour faire cesser la folie, d'imaginer qu'autre chose est possible.

Je pense que le monde d'aujourd'hui est un endroit bien plus cruel qu'à l'époque de Camus. Il y avait alors un certain sens de la décence qui a disparu. Il règne aujourd'hui une cruauté généralisée, un irrespect de tout

Amin Maalouf

Dans le livre, un incendie survient au Potomac. Impossible de ne pas penser au récent incendie au port de Beyrouth...

Évidemment, ce qui s'est passé à Beyrouth me touche, mais je ne peux m'empêcher de me dire que c'est le reflet du pays où je suis né, d'un monde qui est devenu fou, dans lequel il n'y a pas de règles, dans lequel les petits pays sont abandonnés à leur sort... Dans notre monde, les gens ne peuvent pas ou ne savent pas vivre ensemble, ils ne savent pas surmonter les différences de religion, de couleur, ou autres. Les gens s'étouffent dans leur propre identité et dans leur confrontation aux autres... Je pense que nous sommes déjà assez arrivés loin dans le processus d'autodestruction. Il nous faut réagir, imaginer quelque chose de différent, un genre de lien nouveau entre les nations et les communautés humaines. Nous devons réinventer le monde.

Votre personnage dit «Ces dernières années, le monde a servi de champ de bataille pour le pillage et la haine. Tout a été dévoyé : l'art, la pensée, les idées, l'écriture, l'avenir, le sexe, la collectivité». Cela paraît évident que cette phrase, c'est vous qui la prononcez.

Au cœur de ce récit, il y a une histoire d'amour entre un homme qui dessine des caricatures et une femme qui écrit des romans. Je suis, en quelque sorte, le parrain de ce couple. Je dirais que les idéaux de ces deux personnages - Alec et Ève - viennent de ce que moi, je ressens. Il essaie de décrire le monde, contre lequel il n'est pas fâché. Elle, par contre, l'est, et ces deux visions sont les miennes. Leur opposition ne les empêche pas de nourrir un amour. Je pense que les contradictions entre ces deux personnes sont celles qui m'habitent. Parfois, je regarde l'humanité avec sérénité, depuis la distance qu'offre l'île, mais en même temps, les choses qu'Ève dit, je les tire du plus profond de mon être. La révolte contre le monde tel qu'il devient est quelque chose de très présent chez moi.

Albert Camus a écrit, dans L'Envers et l'Endroit , «la belle chaleur qui régnait sur mon enfance m'a privé de tout ressentiment...» On s'en souvient aujourd'hui, quand à Paris, au lendemain de l'assassinat d'un professeur français par un fanatique djihadiste, on cite la lettre de remerciements que Camus a envoyée à son maître d'école.

Je pense que le monde d'aujourd'hui est un endroit bien plus cruel qu'à l'époque de Camus. Il y avait alors un certain sens de la décence qui a disparu. Il règne aujourd'hui une cruauté généralisée, un irrespect de tout. Cette nouvelle m'a chamboulé... Une société comme la nôtre, en France, se sent impuissante. Elle devrait être capable de changer les gens, de les intégrer, mais de toute évidence, elle n'y parvient pas. On a l'impression de ne plus savoir quoi faire, de ne plus savoir comment éviter que ces comportements nous transforment nous-mêmes. Le ressentiment nous amène à rechercher la vengeance. C'est l'un des problèmes qui me préoccupent le plus actuellement. Malheureusement, nous n'avons pas de solutions pour ce genre de difficultés. En tout cas, pas de bonnes solutions. On parle, on essaie de se consoler, mais on ne sait pas quoi faire. Nous n'avons aucune idée de comment résoudre ce problème.


Pour citer de nouveau Camus, vous êtes peut-être devenu un homme révolté...

Je le suis. Absolument. Malheureusement, nous avons encore plus de raisons d'être révoltés qu'à l'époque de Camus, parce que le monde a perdu tout sens de l'orientation. On se tape la tête contre les murs. Dans le livre, c'est Ève qui me permet le mieux d'exprimer ma révolte : elle est profondément révoltée, et chaque mot qui sort de sa bouche traduit la révolte qui habite mon être.

Elle intitule elle-même son roman L'avenir ne vit plus ici.

Il faudra un miracle pour que cette planète redevienne un endroit où il fait bon vivre.


OUEST-FRANCE : PASCAL PICQ

Le paléoanthropologue Pascal Picq, maître de conférences au Collège de France, publie « Et l’évolution créa la femme » (Odile Jacob, 462 pages, 22,90 €). Il s’est penché sur l’histoire de l’évolution humaine, qui a longtemps oublié les femmes. Pour éclairer les rapports entre les femmes et les hommes aujourd’hui, il explore le passé mais compare aussi l’humain à ses plus proches cousins, singes et grands singes. Leur physiologie, mais aussi leurs comportements, leur vie sociale. “ L’espèce humaine est la plus violente envers le sexe féminin ”, constate-il. Et c’est une “ invention culturelle ”.


Pascal Picq - Daniel Fouray - OUEST-FRANCE


Vous avez cherché, dans l’histoire de l’évolution humaine, l’origine des violences faites aux femmes…

D’une part, en observant les autres espèces : est-ce que les mâles singes et grands singes sont violents envers les femelles ? D’autre part, en recherchant les origines de cette coercition et son évolution dans la lignée humaine. Avec une grosse difficulté : pendant très longtemps, on a eu tendance à réduire le genre humain aux hommes. Les femmes étaient un non-sujet, invisibles. Celui des violences qu’elles subissaient aussi. Jusque-là, on est passé à côté d’énormément de choses. En quelque sorte, l’histoire de l’humanité du côté des femmes commence à peine !

Il faut tout reprendre ?


Oui ! Quand se développent au XIXe siècle la paléoanthropologie (l’étude de l’évolution de l’homme), la préhistoire (l’étude de l’évolution culturelle et technique de l’homme) et l’ethnographie (l’observation des autres peuples), la période est une des plus machistes de l’histoire de l’Occident et d’une partie de l’humanité. C’est le siècle du progrès mais c’est aussi un siècle incroyablement coercitif pour les femmes, comme le Code civil qui infantilise les femmes. L’Occident domine le monde et avec lui le schéma du patriarcat, de la famille nucléaire, de la femme à la maison etc. Les hommes scientifiques, aussi ouverts soient-ils, ont été formés dans cette société.

Quelles conséquences ?

Longtemps a prédominé une conception machiste de l’évolution humaine. Ces paléontologues, ethnologues etc. vont observer les autres sociétés à partir de ces mêmes schémas dominants, et notamment l’idée que la place de la femme est au foyer et près des enfants. Un outil, toute innovation technique est forcément associée à un homme. Comme une cabane. Ou une peinture dans une grotte. De même, le modèle de l’homme chasseur émerge dans ces circonstances et devient canonique pour toute la préhistoire, depuis l’émergence du genre humain en Afrique il y a deux millions d’années jusqu’à la fin du XXe siècle.

C’est un mythe ?

Oui, une appropriation idéologique liée à la domination masculine. Car dans les zones tempérées, les femmes contribuent en réalité à 60 % à l’alimentation, composée essentiellement de cueillette et de collecte de petits animaux ! Il faut donc tout reprendre en s’émancipant de ces « biais » idéologiques. Mon livre pose les bases d’un programme de recherches ! Pour la première fois, on regarde un peu ce que l’on sait des hommes et des femmes à la préhistoire, au néolithique et au mésolithique. Et pour preuve, un article publié début novembre décrit des sociétés composées de femmes chasseuses de gros gibier au Pérou il y a 9 000 ans.

La prise de conscience a commencé dans les années 1960 ?

Avec l’arrivée de femmes ethnologues, anthropologues etc. Jane Goodall, Dian Fossey ou la Française Annie Gautier-Hion (1940-2011), qui fut responsable de la station biologique de Paimpont. Une femme extraordinaire. Mais il y a eu des pionniers avant. Pour Engels et Marx, la plus grande défaite de l’histoire de l’humanité, c’est l’oppression des femmes. Elles représentent la première classe des opprimés. Quant à Darwin, grand féministe, il écrit : “ Les hommes à l’état sauvage maintiennent les femmes dans un état de servitude bien plus abject que ne le font les mâles des autres espèces.” » Peu d’hommes de l’envergure scientifique et intellectuelle de Darwin ont avancé un tel constat, surtout à son époque. Malgré cela, les discriminations et les coercitions se perpétuent.

Il y a beaucoup de questions sans réponse ?

Oui, mais on sait quand même que l’espèce humaine se distingue comme la plus violente envers le sexe féminin. Le viol ou le meurtre, notamment, est extrêmement rare chez les autres espèces. Le féminicide est le propre de l’espèce humaine, d’autant que 58 % des meurtres de femmes dans le monde se font dans la cadre du milieu privé. Et disons-le d’emblée : tout est culturel, rien n’est génétique.

Quand débute cette coercition ?

On ne sait pas ! Les connaissances dont on dispose sont incomplètes, pour les raisons que j’ai évoquées. La préhistoire de la coercition des femelles commencent à peine à s’esquisser, après avoir longtemps été ensevelies sous d’épaisses couches de silence. Une certitude, cela s’accentue avec l’émergence de sociétés produisant plus d’inégalités économiques depuis la fin de la préhistoire. Mais on constate des violences et des coercitions quels que soient les systèmes économiques, même parmi les économies de collecte et de chasse les plus démunies.

Qu’en est-il des autres espèces ?

Chez les mammifères, les dauphins sont de vrais machos ! Mais aussi les otaries, les antilopes, les phoques ou les chevaux. Mais, globalement, il y a peu de coercition malgré les tailles plus corpulentes des mâles.

Et chez les primates, dont nous sommes ?

Ça dépend ! Les lémuriens de Madagascar, comme les singes d’Amérique du Sud ne sont pas ou peu coercitifs. Mais ce n’est pas le cas des singes de l’ancien monde (Asie, Afrique, Europe) qui, eux, sont globalement coercitifs : macaques, babouins, et évidemment les grands singes. Même si, globalement, chez les singes, il n’y a pas une organisation identique, pas deux sociétés pareilles. On peut dire qu’à l’origine, les primates sont peu coercitifs avant l’apparition des lignées de singes récentes.

Vous citez l’exemple de deux espèces de babouins…

Les Hamadryas et les Gelada vivent sur des plateaux d’Ethiopie dans des conditions assez dures. Les Hamadryas vivent dans des harems avec un mâle et plusieurs femelles (polygyne). Les mâles capturent les femelles à peine pubères : il y a séquestration, violences, etc. Dès que les femelles s’éloignent, ils les tabassent. Par contre, le babouin Hamadrya est très engagé pour défendre « ses » femelles : un prédateur déboule, il les défend. Ce sont de gros machos mais ils assument jusqu’au bout, même en cas de danger : ils ont des canines énormes. C’est le bain de sang !

À côté de ça, il y a les Gelada. Mêmes conditions écologiques et même structure sociale : un mâle et plusieurs femelles. Mais là, les femelles sont apparentées (elles sont de la même famille), donc elles se coalisent, se soutiennent mutuellement. Elles sont capables de résister. Elles acceptent un mâle ou le jettent. Et ce sont elles qui contrôlent l’agression des mâles. Ce sont elles qui ont le pouvoir. On a donc affaire à deux espèces de babouins, la même structure et pas du tout la même organisation.

Et chez nos cousins hominidés, les chimpanzés et les bonobos (grands singes africains) ?

Hommes, bonobos et chimpanzés (qui sont nos cousins et avec lesquels nous avons un ancêtre commun) montrent que l’évolution des sociétés de nos ancêtres a pu prendre des chemins totalement différents. Il y a une grande plasticité sociale. Les chimpanzés sont très coercitifs. Avec eux, on a pu penser ce que pensait Hobbes : qu’à l’origine, nos sociétés étaient « naturellement » patriarcales et violentes. Mais les bonobos tordent le cou à cette idée. Les femelles sont codominantes. Les mâles n’agressent pas les femelles, ou alors, qu’est-ce qu’ils ramassent ! Avec eux, on est du côté du postulat de Rousseau, l’idée d’une société, au départ, matriarcale et gentille.

L’investissement parental alimente la coercition ?

Surtout l’asymétrie considérable de l’investissement parental de la femelle par rapport au mâle. Les femelles consacrent beaucoup de temps à leur petit, pour la gestation, l’allaitement. Chez les singes et grands signes, les femelles ne mettent des petits au monde que tous les 4 à 6 ans. C’est très long. Cela fait d’elles, pour les mâles, une richesse, une ressource rare. Elles deviennent un enjeu de compétition entre eux. C’est d’ailleurs à cause de cette compétition que les mâles sont plus puissants que les femelles. Ce n’est pas pour « tabasser » les femelles. Chez les gorilles, par exemple, peu coercitifs, les femelles choisissent des mâles puissants pour les protéger, ainsi que leurs petits, des violences des autres mâles. Et elles changent de mâles quand elles veulent.

Cette charge reproductive qui pèse sur les femmes remonte à loin…

Avec les premiers hommes, il y a deux millions d’années, arrive le « dilemme obstétrique ». Avec la bipédie, la position du bassin s’est modifiée, en se refermant vers l’avant. C’est très bien pour la marche et la course, mais pour les femmes, ça va coincer pour le passage du bébé, dont la tête a grossi en raison du changement de mode l’alimentation : la capacité à cuire certains aliments. Le bassin est plus étroit, le cerveau plus gros : voilà pourquoi les femmes accouchent dans la douleur depuis 2 millions d’années. La conséquence, c’est que quand le bébé va naître, son cerveau va continuer de se développer et il n’a aucune autonomie, il a besoin d’énormément de soins pendant des années, essentiellement supportés par les mères.

Le contrôle de la reproduction, mais aussi celui de la production, de la redistribution et des échanges sont des facteurs de coercition ?

Oui, tous ces facteurs touchent à la survie, et aux conditions de vie. On le voit chez les Hurons d’Amérique du Nord, une société traditionnelle matrilinéaire et disons plus « matriarcale » avant l’arrivée des colons européens au XVIIe siècle. Les femmes perdent leur pouvoir en raison de la demande de fourrures. Les hommes contrôlent ces échanges ainsi que les biens et les richesses associées. Il en sera de même pour de nombreuses sociétés amérindiennes. De même pour les Bushmen avec les Bantous en Afrique… etc. Et tout cela commence, pour nous Européens, avec l’arrivée des peuples néolithiques/agriculteurs 6 000 ans avant Jésus-Christ. Et nous conservons encore, dans nos institutions, l’héritage patriarcal de ces peuples venus du Proche-Orient.

Finalement, il y a de l’espoir, dites-vous ?

Oui, parce que tout est affaire de civilisation. Rien ne justifie au regard de l’évolution de notre lignée le fait que nos sociétés ne puissent pas changer radicalement sur la question la plus fondamentale : celle de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes. Comprendre les origines et les évolutions des sociétés humaines depuis la préhistoire, partout dans le monde, est une première étape.