mercredi 29 juillet 2020

JEAN-PHILIPPE ACKERMANN : L'ENTREPRISE OPTIMISTE

Ah l'optimisme... Toute une histoire ! Alors comment faire pour augmenter son chiffre d'affaire et sa compétitivité tout en restant optimiste ; la réponse tout de suite avec Jean-Philippe Ackermann, spécialiste de l'optimisme managérial.






Coach, formateur et conférencier, Jean-Philippe Ackermann est un dirigeant chevronné.   

Titulaire d’un MBA, il a créé et dirigé de nombreuses entreprises et PME au travers d’un management par le leadership, la motivation et le développement personnel.   Il a été pendant 9 ans professeur associé en Stratégie d’entreprise et Leadership auprès des Master de la faculté d’Avignon.   

Il a une devise professionnelle : « la réussite passe par le bien-être des Collaborateurs et l’optimisme du Dirigeant. »

Depuis plus de 20 ans, il conseille, avec succès, les entreprises sur ces convictions fortes.   Jean-Philippe Ackermann est également un sportif accompli avec plusieurs marathons, triathlons et cyclo sportives à son actif.   

Il est engagé dans des actions sociétales : ancien Président National de la Jeune Chambre Économique Française, puis représentant de JCI auprès des Nations-Unies, il est cadre actif du Rotary et intervient auprès de l’Institut du Leadership.   Il est administrateur de la Ligue des Optimistes de France et Co-fondateur de la Ligue des Optimistes de Monaco.   

Membre de l’Association Française des Conférenciers Professionnels, il dispense des conférences sur la réussite auprès de grandes entreprises privées ou publics.

lundi 27 juillet 2020

Déconfinement : dites bonjour à ceux que vous croisez, ils iront mieux !

Comment les Français vivent-ils le déconfinement après une longue période de privation sociale ? Quel sera le monde de demain ? Boris Cyrulnik nous livre sa vision d'avenir ....



Boris Cyrulnik


Les Français ont été confinés et sont maintenant progressivement déconfinés, avec de nouvelles règles de vie. Trouvez-vous que nous nous adaptons bien à tous ces changements et toutes ces recommandations sanitaires ?

Dans l’ensemble, je trouve que les Français suivent plutôt bien les règles sanitaires et sociales. Dans un premier temps, avant le confinement du 17 mars, le gouvernement a énoncé des recommandations pour faire face au Covid-19, mais sans faire peur aux gens… Donc elles n’ont pas vraiment été respectées au départ. Puis il y a eu l’annonce du confinement, directement suivie de cette incroyable maladresse – selon moi – du premier tour des élections municipales ; alors les Français ne se sont toujours pas trop inquiétés, car le gouvernement leur demandait d’aller voter en leur précisant de faire attention. Cela paraissait assez contradictoire. Je n’en suis pas certain, mais je pense que le Sénat a imposé au président le maintien du scrutin… À mon avis, ce n’était pas une bonne idée sur le plan symbolique. Ensuite, le gouvernement s’est montré beaucoup plus alarmant, et j’ai été étonné de voir comment les gens ont bien respecté les règles, tout de suite.

Pourquoi avez-vous été étonné ?

En général, les Français sont assez indisciplinés et sont connus pour ça… On dit que les Allemands et les Chinois sont disciplinés, mais pas les Français. Alors que là, pendant le confinement, nous avons été presque irréprochables et cela a joué un rôle prépondérant dans le contrôle de l’épidémie ; on ne sait pas soigner le virus, mais on a bien maîtrisé l’épidémie. Et puis je pense que la date du déconfinement a été bien choisie, malgré toutes les controverses. Pourquoi ? Il fallait confiner la population pour arrêter la propagation du virus, mais si on avait prolongé le confinement, il y aurait eu plus d’effets secondaires néfastes que de bénéfices. Et en médecine et en santé, quand il y a plus de préjudices que de bénéfices, eh bien, on ne prescrit pas le « traitement » !

Pour les effets secondaires, je suppose que vous faites allusion à toutes les personnes qui se sont retrouvées dans des situations matérielles, physiques ou psychologiques difficiles pendant le confinement et qui en ont beaucoup souffert ?

Oui, les conditions du confinement étaient telles que cela nous a protégés du virus. Mais dès les premiers jours, on a observé un effet néfaste remarquable : la violence conjugale, voire familiale. Celle-ci est relativement contrôlée en temps normal, quand le couple ou les membres de la famille se séparent toute la journée pour aller travailler, voir d’autres personnes et simplement mener leur vie. Mais le confinement a provoqué deux effets : une augmentation du temps passé ensemble et une privation du regard social, terreaux de l’agressivité. Statistiquement, dans la violence conjugale, c’est 80 % d’hommes agresseurs et 20 % de femmes ; c’est un point faible de la condition humaine et une des premières manifestations visibles du confinement.

Ensuite, il y a eu, il y a, et il y aura encore, pendant des mois, voire des années, des conséquences psychologiques de tous ces changements de vie, auxquels nous devons nous adapter. Troubles du sommeil, anxiété, isolement, dépression, addictions, stress post-traumatique… Surtout pour les personnes qui avaient acquis, avant le confinement, des facteurs de vulnérabilité : mauvaise maîtrise du langage, mauvaise socialisation, donc « petit » métier et souvent « petit » logement. D’où une « hyperdensité » du confinement. Or on sait aujourd’hui en éthologie que l’hyperdensité est un stimulus de stress constant, donc un facteur de violence. Même dans un couple qui fonctionne bien ou entre des individus qui ne souffrent d’aucune pathologie, l’hyperdensité augmente l’agressivité. 

À l’inverse, les individus qui, avant le confinement, étaient bien socialisés et avaient acquis des facteurs de protection – bonne maîtrise du langage, diplôme, donc « bon » métier et souvent grand logement – n’ont pas beaucoup souffert du confinement. Voire l’ont apprécié. Beaucoup d’amis me disent qu’ils en ont profité pour se reposer, augmenter le télétravail, se remettre à la guitare… et ils craignent peu le déconfinement. Donc ces gens-là vont s’en sortir sans traumatisme, contrairement à ceux ayant des facteurs de vulnérabilité !

Propos recueillis par Bénédicte Salthun-Lassalle   


Roger-Pol Droit : Voltaire et Rousseau, une amitié impossible




Ecrivain, philosophe, chroniqueur, Roger-Pol Droit a répondu aux questions de Léa Salamé dans la crypte du Panthéon, entre Voltaire et Rousseau.

Philippe Gabilliet : changer de vie, un art pas comme les autres




Professeur de Psychologie et de Management à ESCP Europe (Paris). Chargé de cours à l’ESA Beyrouth (Liban). Conférencier et coach de dirigeants.

Docteur en sciences de gestion, diplômé de 3ème cycle en sciences politiques, diplômé de Sciences-Po Bordeaux.

Après un début de parcours universitaire dans le champ de la recherche en science politique, Philippe Gabilliet choisit au milieu des années 80 de faire ses premières armes dans le métier de consultant. Il se spécialise alors dans la motivation et le management des équipes opérationnelles, en particulier commerciales, domaine où il développe ses premières expertises professionnelles.

Au début des années 90, il quitte le monde du conseil pour celui de la grande entreprise et prend la direction du service de l’Action Commerciale « grand public » de CNP ASSURANCES (Groupe CDC).
Après quelques années, le virus de l’enseignement et de la recherche-action le rattrape, et il rejoint le corps professoral de l’ESCP (puis ESCP Europe) en 1995, tout en poursuivant son activité de conférencier et de coach auprès des comités de direction et de leurs dirigeants.

Philippe Gabilliet est porte-parole de la Ligue des Optimistes de France et président honoraire de l’association internationale Optimistes sans frontières (ASBL).

Il est aussi co-fondateur et président de l’Académie Francophone des Auteurs et Conférenciers d’Entreprises (AFACE)

Etienne KLEIN : LE GOÛT DU VRAI

Le palmarès de L'Express : le carton de Gallimard avec ses "Tracts"






La collection de courts essais à petit prix, lancée par Gallimard il y a un an, a tiré parti de la crise sanitaire et trace plus que jamais sa route.

Le jour même de la parution de son nouveau livre, le 2 juillet, le célèbre physicien Etienne Klein a eu les honneurs de la matinale de France Inter et, le soir, de l'émission 24 heures Pujadas sur LCI. Résultat, Le Goût du vrai se propulse d'emblée à la troisième place de notre palmarès des essais et documents. Son succès confirme celui de l'ensemble de la collection "Tracts", lancée par Gallimard en février 2019, qui se propose d'offrir une tribune très libre à des personnalités intellectuelles réputées à travers de brefs essais - imprimés sur du papier recyclé et vendus à petit prix (3,90 euros).  

D'autant que l'éditeur a su s'adapter à la crise sanitaire en mettant gratuitement à disposition chaque jour durant le confinement un de ses "Tracts de crise", des textes courts (5 pages) en version numérique signés par près de 70 écrivains aussi divers que Johann Chapoutot, Régis Debray, Catherine Cusset, Cynthia Fleury, Pierre Jourde, Sylvain Tesson ou Arundhati Roy. Leur recueil, sous-titré Un virus et des hommes. 18 mars / 11 mai 2020, est désormais disponible en librairie. Les bénéfices et les droits d'auteur seront intégralement versés à la Fondation de l'AP-HP.


Par Delphine Peras,
publié le 14/07/2020L'Express

mercredi 22 juillet 2020

WE DEMAIN : La pandémie peut-elle remettre en question notre dépendance au pétrole ?

Le Covid-19 provoquait un choc pétrolier entre mars et avril. Le monde d’après va-t-il apprendre à s’affranchir de l’or noir ? Nous avons posé la question à la climatologue Corinne Le Quéré et à l’économiste Joseph Stiglitz. 


Extraits.

C’est un "petit virus" qui a mis l’industrie pétrolière à genoux. Lundi 20 avril, à New-York, le cours du baril de pétrole brut (159 litres) tombait à -37,63 dollars. Du jamais vu : le baril de brut new-yorkais n'était jamais tombé sous le seuil des 10 dollars depuis sa création en 1983. 


Derrière ce prix négatif aberrant, un mécanisme économique très simple : le ralentissement de l'économie mondiale a drastiquement fait chuter la demande d’or noir, mais la production, elle, n’a pas suivi. 


Quelles conséquences ces deux crises – sanitaire et pétrolière – peuvent-elles avoir sur notre dépendance aux énergies fossiles ? Et, plus largement, sur notre modèle de production ? 


We Demain s’est entretenu avec Corinne Le Quéré, présidente du Haut-Conseil pour le climat, et Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001.  




We Demain : Quel impact cette chute du prix du pétrole pourrait-elle avoir sur les politiques de relance ?


 


Corinne Le Quéré : Ce faible prix a trois inconvénients pour la transition : il rend les énergies renouvelables moins compétitives ; il peut accroître les émissions "importées" de la France, en raisonde laforte incitation à consommer pour les pays dont les émissions ne sont pas limitées par des engagements ; il masque les difficultés structurelles du secteur pétrolier et donc l’enjeu de sécurité énergétique pour la France. Car s’il faut réduire les émissions nationales de GES, il faut aussi réduire le plus rapidement possible notre dépendance au pétrole et au gaz. Cela doit être intégré aux mesures de relance, en dépit du bas prix du pétrole. 


Pour le moment, ce prix faible permet de reconvertir les exemptions fiscales et autres subventions aux énergies fossiles. Et il souligne l’urgence d’établir un prix plancher au système européen d’échange de quotas carbone, pour que le signal prix ne s’écroule pas durant la crise. 

   


Cette crise sanitaire dramatique ne va-t-elle pas nous obliger à repenser le capitalisme ?





Joseph Stiglitz : Elle va nous faire profondément réfléchir à notre modèle. Dans tous les pays capitalistes, nous allons devoir prendre conscience de notre grave sous-­estimation de l’importance du rôle de l’État, des services publics, de l’action collective, de l’aspect protecteur de la communauté, de notre dépendance à la recherche, des dispositions de la santé pour tous, de la lutte commune contre le changement climatique. 


Nous allons devoir réfléchir à la profonde décomposition du capitalisme. Trop égoïste, trop obsédé par le marché et le profit à court terme, trop dépendant du monde des actionnaires, trop inégal. On a besoin de perspectives plus sociales, plus collectives, et inévitablement de plus fortes régulations, tant financières qu’écologiques. 


On le voit aujourd’hui, le capitalisme tel qu’il a évolué ne fonctionne plus. C’est criant dans le domaine environnemental, avec toutes ces compagnies pétrolières qui causent d’énormes dégâts écologiques sur la planète et dans les océans, sans cesser d’amasser les profits, alors que le fardeau des risques et des nuisances est à supporter par le public. 


Les industries minières sont elles aussi dans le déni des effets négatifs de leur exploitation des ressources géologiques, elles persistent à nier le réchauffement climatique et tentent d’en persuader le public en soudoyant de prétendus « experts ». Ce comportement me rappelle celui des compagnies de cigarettes, qui connaissaient l’extrême dangerosité de leurs produits, mais l’ont niée des années durant. Moi, j’appelle cela de la turpitude morale. La crise du capitalisme est autant morale qu’économique. On va voir en 2020 ce que vont nous dire les capitalistes qui ont précipité la crise de 2008 ! 


Entretien : Antoine Lannuzel / Frédéric Joignot I Publié le 16 Juillet 2020

GARY SHTEYNGART : premiers pas dans le Temps d'Après

Gary Shteyngart est né en 1972 à Saint-Pétersbourg. Il quitte l'Union soviétique en 1978 et, après un court passage par Rome, arrive aux États-Unis en 1979, pays auquel il s'adapte difficilement. Après un diplôme de sciences politiques à l'université d'Oberlin, il choisit de voyager en Europe de l'Est. De retour à Manhattan, il écrit pour diverses associations à but non lucratif new-yorkaises. En 1999, remarqué au Hunter College par Chang-rae Lee dont il suit l'atelier d'écriture, il présente une première ébauche de son livre Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes qui, très vite, enthousiasme les éditeurs Absurdistan, son deuxième roman, a été acclamé par la critique américaine, obtenant notamment la une du New York Times Book Review.Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes Russes; Son dernier roman Lake Success est paru en début d'année 2020.






Le 6 avril

En tant qu'habitant d"une vieille bourgade yankee, nous avons toujours pratiqué la distanciation sociale. La moitié d'entre nous semble encore vivre  au temps d'Avant, tandis que l'autre est déjà dans la Nouvelle Vérité. Notre marché, notre poste et notre magasin de spiritueux font le plein.  Dans un village plus cossus des environs, les gens arborent des masques haut de gamme pour faire leurs courses. Dans un autre, plus pauvre, plus exposé à la télévision publique, une affiche dans un café met en garde les passants contre le virus de "Wuhan en Chine".  Le virus est sûrement parmi nous, mais il paraît lointain cosmopolite. Combien de temps avant que cela ne change ? Cela aura-t-il changé au moment où vous lirez ces lignes ?

Je passe en voiture devant les maisons de mes amis, leurs salons sont éclairés. Leurs vies ont l'air si douillettes dansle brouillard matinal. A l'approche de mon propre domicile, je vois une pile de serviettes fraichement lavées à la fenêtre de la salle de bain de l'étage. et cela me plonge dans une sérénité profonde et familiale. Je connais des acros au boulot qui cherchent désespérément du travail. Dans la haute technologie ou la finance, les gens habitués à passer leur vie dans les salles d'attente d'aéroport peuvent être surpris de s'apercevoir qu'ils ont une famille. Mon fils de 6ans passe l'essentiel de sa journée le regard perdu dans un écran d'ordinateur, tandis que les copains défilent sur Zoom. Quand le soleil se couche, on se lance dans des parties acharnées  de Dourak, un jeu de cartes russes. Selon certaines traditions, le perdant ou "bouffon" doit se plier en deux sous la table  net crier "cocorico!". Voilà ce dont je me souviendrai  dans vingt ans, si on est encore là : moi en train de faire le coq, pour la plus grande joie de mon fils.

Pendant la journée, je ne présente aucun symptôme. mais je me réveille systématiquement à 3 heures du matin, en sueur. 

Je n'ai pas attrapé le virus. J'ai attrapé la peur. La  maladie est grave, mais la réponse est pire. 

Je suis de Léningrad. Mon grand-père est mort pendant le siège en essayant de défendre la ville ; Staline n'était pas préparé à cet assaut. Il avait exécuté ses meilleurs généraux avant même le début de la guerre. L'armée n'était pas prête. Mon grand-père n'avait probablement reçu  d'arme à feu. Mon père diasait que certains soldats affrontaient les allemands avec des bâtons.  Soixante-quinze ans plus tard, notre dirigeant, qui n'en a que le nom, s'est débarrassé de l'équipe d'intervention spécialisée dans les pandémies pour s'entourer de flagorneurs et de douraki.  Le ton de plus en plus effrayé et déprimé de ses apparitions rappellent celui de Staline au moment où il prenait pour la première fois conscience de l'ampleur de la crise. Que fera notre leader quand il se rendra compte qu'il est acculé ?

Je remplis mon réservoir à ras bord d'essence. La frontière avec le Canada est désormais fermée.

On marche beaucoup plus en ce moment. Je fais 10 km par jour, essayant de nouveaux itinéraires, découvrant les pâturages insoupçonnés regorgeant de moutons couverts de boue. Il fait froid, avec des signes avant coureurs de printemps ici et là. Tout est en attente avant la résurrection. Je passe vingt minutes à contempler une chouette qui scrute l'horizon. Je n'avais jamais remarqué la puissance avec laquelle la mâchoire d'un écureuil se referme sur un gland. Seigneur, aide-moi à retirer quelque chose de 
toute cette inertie...

Lors d'une autre balade, je croise un couple âgé sur la route P.  L'homme porte une caquette de Marist College  et son âge le place dans la tranche vulnérable de population.  Vous êtes de quelle route ? s'écrie l'homme ... de la route O ... C'est comme si on vivait au Moyen Age, une rencontre de pélerins sur la grand route poussiéreuse. Quelles nouvelles rapportez-vous de la route O?

Mon ami N suggère un apéro en ligne. Je finis par céder et télécharge ZOOM sur mon ordinateur portable. Au début, c'est un peu bizarre, mais bientôt, je suis tout éméché et démonstratif, à rire et brailler devant mon écran. La vitesse à laquelle je m'habitue à çà ne me plait guère. Peut-être que tout ce temps là, on se préparait à cette vie, cette existence prophylactique faite de foyer, d'écran et de garde-manger "Comment çà va en ville ?" je demande à N. "Je ne suis pas en ville" répond-il; Ah oui, c'est vrai.

... Parfois quand je me réveille à 3 heures du matin, je passe en revue le Temps d'Avant. Un repas récent avec un ami m'apprenait de très mauvaises nouvelles, le sourire aux lèvres. Une longue étreinte pour se dire au revoir de la part d'une amie italienne qui a plus de 90 ans. Un verre avec un homme qui tombe amoureux de sa femme pour la deuxième fois. je parcours leur vie comme une intelligence artificielle essayant de comprendre comment l'humanité fonctionne. Mon esprit tourne sur lui-même  à n'en plus finir, comme la tête d'une chouette. 

Dans son royaume, la contemplation est la monnaie officielle. La vie intérieure alimente la vie intérieure.

Nous vivons tous  désormais  dans un roman de Rachel Cusk.

Aux premiers jours de la Nouvelle Vérité, j'ai envie de me faire pousser une barbe qui fera l'envie des paysans locaux. mais avant de le faire, je descends au village prendre une photo de passeport pour le Temps d'Après. On vous demande d'enlever vos lunettes pour les photos de passeport, mais j'oublie toujours : est-ce qu'on a encore le droit de sourire ? Je pense à la vie sous la table et au rire de mon petit garçon. Les coins de ma bouche se plissent. Cocorico !

Traduit par Marguerite Capelle

Source : la revue America - extrait de la crise sanitaire vue par cinq écrivains

vendredi 17 juillet 2020

Michaël Aguilar : "Vendre quand les temps sont durs"




Michaël Aguilar est un écrivain et conférencier français, spécialiste des techniques de vente, de persuasion et de motivation.

Fondateur et directeur de Vendeurs d’élite, un cabinet de conseil et de formation spécialisé dans l’efficacité commerciale, Michaël Aguilar enseigne les techniques de vente, de persuasion et de motivation à l’université Panthéon-Sorbonne à Paris. 

Conférencier professionnel, il intervient pour des groupes publics et privés, en France et à l’étranger.
Il est également auteur d’une dizaine d’ouvrages.

Conférences principales :
1. Les secrets des vendeurs d’élite
2. Vendre quand les temps sont durs
3. « Faisez » la différence (c’est la différence qui suscite la préférence)
4. Les secrets de la persuasion
5. Les secrets de la motivation

mercredi 15 juillet 2020

La philosophe Julia de Funès explique l’importance du temps des vacances

Sans vouloir se mettre dans la peau d’un coach, la philosophe Julia de Funès (Ce qui changerait tout sans rien changer, Éditions de l’Observatoire), explique l’importance du temps des vacances, une occasion rêvée de vivre autre chose. Comme une parenthèse nécessaire et enchantée, dans cette période si particulière.


Il n’y a pas que le métro, le boulot, le dodo dans la vie?! C’est presque le slogan de Julia De Funès (la petite fille de…) pour vivre à fond ce temps du farniente, une période qu’elle croque à pleines dents, alors que vient de sortir son ouvrage numérique, Ce qui changerait tout sans rien changer?! (Éditions de L’Observatoire).



Julia de Funès explique que "ces vacances d'été seront différentes des autres". Photo : Thomas Decamps. © Agence DREUX



Après la “vacance” due au confinement covidien, ces vacances 2020 auront-elles un parfum particulier ?


Ce seront, sans doute, des vacances particulières. Mais le terme “vacance du confinement” est discutable car beaucoup de gens n’ont pas vaqué, ils ont travaillé, dans des conditions parfois difficiles. Ces vacances d’été seront différentes car beaucoup de séjours ont été annulés, on ne voyagera pas ni où l’on veut, ni avec les mêmes moyens financiers et la même insouciance.


C’est-à-dire ?


La rentrée s’annonce économiquement difficile. Il y aura donc une part d’oisiveté en moins pour beaucoup.


Les vacances peuvent-elles faire office de thérapie pour tous ceux qui ont mal vécu cette crise ?


Les vacances font du bien et peuvent apaiser certaines angoisses. Néanmoins quelques jours de repos ne vont pas ni dissiper les traumatismes ni combler les dettes.


Vos vacances idéales ?


Être au milieu des gens que j’aime. Il n’y a que ça qui compte. Peu importe le lieu.


Faut-il systématiquement quitter son domicile pour se dépayser ?


Je n’aime pas le mot « systématique » quand on parle de l’esprit humain. C’est toujours réducteur. Il n’y a pas que les lieux qui dépaysent. Une rencontre, un livre, une activité ou un sport peuvent tout autant dépayser l’esprit. Bien sûr, partir aide à ce dépaysement en le forçant de l’extérieur. Mais il suffit d’être malheureux pour savoir que le changement de lieu ne change rien au chagrin qui nous cloue au sol. C’est notre psychologie du moment davantage que la géographie qui choisit et accepte le dépaysement.


Faire autre chose, casser le rythme professionnel, peut parfois être anxiogène ?


Cela peut se produire chez des personnes pour qui le travail remplit intégralement leur vie au point d’en devenir la finalité ultime. Je comprends cette angoisse du vide que seul le travail permet de dissiper. Pour ma part, le travail n’est pas une finalité, c’est un moyen qui me permet de mieux vivre avec ceux que j’aime. Les vacances ne sont pas synonymes de vide mais du contraire.


Dans Développement (im) personnel, le succès d’une imposture, vous fustigez les coachs ou autres marchands de bien-être. 


Cette “idée-cliché” de plage au soleil comme vacances idéales s’inscrit-elle dans cette logique? Pas du tout, je ne suis pas là ni pour incriminer l’économie du tourisme ni les publicitaires. « Vendre la plage », c’est faire rêver, vendre un imaginaire et c’est tout le job de la publicité touristique. Pour moi, les charlatans dont je parle dans mon livre sont des gens qui ont des formations et des certifications très contestables, contestées, peu rigoureuses tout en prétendant « accompagner » et aider les gens. Ils les formatent souvent davantage qu’ils ne les libèrent et c’est un travail philosophique que de libérer l’esprit du temps de ces “camisoles bonheuristes”.


Vous restez, malgré tout, optimiste sur notre capacité de rebond face à cette crise sanitaire et économique, comme vous l’écrivez dans votre nouvel ouvrage, Ce qui changerait tout sans rien changer ?


Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste, mais actif! Sur quoi pouvons-nous d’ores et déjà agir?? Sur nos représentations, nos idées, nos façons de raisonner. Un autre rapport au temps, au travail, au sens de sa vie, s’esquisse déjà et c’est ce que j’ai voulu montrer dans mon dernier livre numérique.


Le film préféré de votre grand-père, c’était Les grandes vacances. Et vous ?


Rabbi Jacob.


Source : Olivier Bohin - L'Echo Républicain

olivier.bohin@centrefrance.com

Luc Ferry: «Et les romantiques inventèrent le tourisme

CHRONIQUE - Pour beaucoup, les vacances sont consacrées à ce qu’on appelle le «tourisme», un mot et une réalité dont l’histoire est tout à fait passionnante


Luc Ferry (Wikipedia)

Le mot, d’abord. Il apparaît pour la première fois en 1800, en Angleterre, avec le développement de ce qu’on appelle alors le «Grand Tour», une expérience recommandée aux jeunes gens de l’aristocratie qui se doivent, pour parachever leur formation, d’aller dans des lieux de haute civilisation, le plus souvent en Italie, pour y découvrir les trésors de l’histoire et des arts. Certains récits de voyage, comme ceux de Montaigne, sont considérés comme précurseurs, mais c’est seulement en 1803 que le mot lui-même fait son apparition en France. Stendhal lui donnera ses lettres de noblesse avec la publication, en 1838, de ses fameux Mémoires d’un touriste, un essai dans lequel il raconte ses pérégrinations dans l’ouest de la France.


Avant la Révolution qu’apporteront, notamment avec Rousseau, l’esthétique du sentiment et le premier romantisme, la nature sauvage non seulement n’a aucun intérêt, mais elle est considérée comme laide, voire diabolique


L’invention du tourisme comme pratique appelée à quitter le cercle étroit de l’aristocratie pour devenir bourgeoise, puis populaire, est véritablement le fait des XVIIIe et XIXe siècles. Elle est directement liée au passage d’une certaine idée de la nature vierge, qui aux yeux des classiques français ne vaut certainement pas le voyage, à celle qu’inventent les romantiques selon lesquels, au contraire, seule la nature originelle, sauvage et intacte, vaut le détour. C’est là un point essentiel, à vrai dire le point crucial dans la naissance du tourisme. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, en effet, à de rares exceptions près, on considère que la belle nature, c’est la nature «embellie» par les hommes, la nature civilisée, arrangée par eux, une nature dont le modèle se trouve à Versailles, dans le jardin à la française. Sa beauté réside dans l’ordre harmonieux que les humains y ont introduit. Comme le dit Rameau, un chaleureux partisan de l’harmonie mathématique dans toutes les formes d’art, «la forêt vierge cache la vraie nature» tandis que le jardin à la française, ordonné et géométrique, en dévoile au contraire l’essence et la beauté véritables. Comme dans la mer, un jour de tempête, le foisonnement confus des vagues dissimule le calme qui règne dans les profondeurs.

Au XVIIe siècle encore, on ne voyage donc guère que par obligation, le tourisme n’a aucune place. On se hâte de traverser au plus vite les paysages de nature sauvage, par exemple ces Alpes, qu’on trouve particulièrement atroces. Pire si possible, le voyageur à l’ancienne ne considère les montagnards et les paysans des campagnes sauvages que comme des êtres mal dégrossis, hypocrites et menteurs. Dans ces conditions, on voit mal, en effet, à quoi bon pratiquer quelque forme de tourisme que ce soit. 

Avant la Révolution qu’apporteront, notamment avec Rousseau, l’esthétique du sentiment et le premier romantisme, la nature sauvage non seulement n’a aucun intérêt, mais elle est considérée comme laide, voire diabolique, comme l’écrit Madame de Sévigné lorsqu’elle entreprend de «mander» (raconter) dans une lettre sa traversée de la montagne de Tarare: «On m’a tantôt dit mille horreurs de cette montagne de Tarare, comme je la hais!»

Avec des auteurs comme Albrecht von Haller et Rousseau, des précurseurs du romantisme, la belle nature va changer de sens


Hegel, dont les goûts en matière d’esthétique sont encore, à l’époque où il rédige son journal de voyage dans les Alpes, pétris de classicisme, dresse ce tableau, lui aussi tout négatif, des habitants du cru: «Un vacher nous avait offert à boire de la crème… Cette habitude que nous avons souvent rencontrée n’a nullement pour cause l’hospitalité et la générosité. En laissant les voyageurs libres de payer ce qu’ils veulent, les vachers espèrent au contraire recevoir plus que la valeur de leur marchandise.»
Cupides et hypocrites, les autochtones ne présentent pas plus d’intérêt que les hideuses contrées qui leur servent d’habitat. Avec des auteurs comme Albrecht von Haller et Rousseau, des précurseurs du romantisme, la belle nature va changer de sens: ce n’est plus la nature civilisée, arrangée par les hommes, mais au contraire la nature vierge et intacte qui les attire. Du coup, les «fiers montagnards» dont nous parle Rousseau ne sont plus hypocrites et grossiers, mais au contraire pleins d’authenticité et d’humanité. Le tourisme moderne est né, qui fuit la civilisation et cherche à apprendre de la nature et de ceux qu’on appelle de manière significative les «naturels».
Pourtant, c’est peu de dire que le tourisme a perdu ses lettres de noblesse, le «tourisme de masse» faisant même l’objet, dans certaines régions, d’une véritable «tourismophobie». C’est qu’entre-temps, l’écologie est passée par là…

Source : Le Figaro

mercredi 8 juillet 2020

Grandes villes conquises par les écologistes : on a comparé les 8 programmes


We Demain : Morgane Russeil-Salvan I Publié le 1 Juillet 2020

Une "vague verte" a emporté plusieurs villes majeures lors du second tour des municipales. Nous avons épluché les programmes des listes victorieuses et dressons le portrait de la "municipalité verte" pour laquelle les électeurs ont voté. 







Même Bordeaux a pris un coup de vert. La girondine était à droite depuis 73 ans mais c'est bien un écologiste – Pierre Hurmic – qui sera son nouvel édile, lui qui a fait liste commune avec le PS et le parti communiste. Bordeaux fait partie des grandes villes à avoir été emportée par la "vague verte". À ses côtés : Annecy, Besançon, Grenoble, Lyon, Poitiers, Strasbourg et Tours. Les électeurs de ces huit villes ont tous choisi un ou une maire écolo, mais ont-ils été élus sur le même programme ? Nous es avons décortiqué pour identifier les grandes tendances programmatiques de cette vague verte.


Une ville "neutre en carbone"

Réduire les émissions de gaz à effet de serre est une ambition partagée par l'ensemble des listes. Et cela passe par l'accélération de la transition énergétique. 
 
À Bordeaux, tous les nouveaux bâtiments devront être neutres ou à énergie positive.
Grenoble et Tours visent la "neutralité carbone" d'ici 2050 et Annecy ambitionne d'y parvenir                     plus vite, d'ici 2040. Strasbourg compte atteindre les 100 % d'énergies renouvelables en 2050.
Besançon compte rejoindre le réseau des Territoires à Énergie Positive, créé en 2011, dont le                     programme comprend notamment la réduction de la consommation énergétique, ainsi que le                         développement des transports propres et des énergies renouvelables.
À Poitiers, la liste écolo projette même de créer un patrimoine municipal et intercommunal à                     énergie positive : c'est à dire de veiller à ce que le parc immobilier de la commune produise                         davantage d'énergie qu'il n'en consomme.
 
La réduction des émissions de carbone passe aussi par une réforme des transports : dans toutes les villes passées au vert, l'usage du vélo s'annonce largement subventionné. Besançon compte débourser 2 millions d'euros par an dès 2020 pour le développement et la sécurisation des pistes cyclables. Bordeaux envisage un "plan d'urgence vélo métropolitain" de 350 millions d'euros sur toute la mandature. La girondine souhaite également créer un "RER V", tout comme la ville de Lyon qui, elle, devrait équiper gratuitement 10 000 jeunes en bicyclette. On notera également que Strasbourg et Bordeaux n'ont pas oublié les municipalités alentours : elles proposent le développement de pistes cyclables reliant les différentes communes de leur métropole.

La gratuité totale des transports en commun, en revanche, n'est présente dans aucun programme. Plusieurs villes font pourtant des pas en ce sens : ils seront gratuits pour les moins de 11 ans à Tours, pour les jeunes sans ressources à Bordeaux et Strasbourg, pour tous les plus faibles revenus à Lyon et tous les samedis à Besançon.

Le végétal s'invite en ville

On commence à bien connaître le phénomène des îlots de chaleur urbain : des élévations localisées des températures, enregistrées en milieu urbain et anormales par rapport aux zones rurales voisines. En cause : le (faible) espacement entre les bâtiments, la concentration humaine et l'imperméabilisation des sols. En effet, le béton et le goudron absorbent la chaleur la journée et la libèrent pendant la nuit et c'est sur ce point qu'il est possible d'agir : dans les villes de la "vague verte", on compte bien atténuer l'impact des canicules en re-végétalisant les rues.

Mais si toutes parlent de "végétalisation" ou de "création d'îlots de fraîcheur", les mesures les plus fortes sont celles de Tours – qui compte planter 30 000 arbres pendant la mandature – de Poitiers – qui s'est fixé l'objectif de 200 000 arbres et arbustes sur toute son intercommunalité – et de Lyon, où l'on parle de "forêts urbaines de 3 à 5 hectares". 

Le végétal s'invite également sous une forme agricole : si toutes les listes vertes proposent de soutenir le développement de l'agro-écologie autour de son territoire, plusieurs d'entre elles envisagent d'expérimenter l'agriculture urbaine. Maraîchage urbain, micro-fermes et vergers municipaux sont cités dans les programmes de Besançon, Grenoble et Strasbourg. À Poitiers, l'objectif est d'atteindre l'autonomie alimentaire grâce à un programme de conversion vers l'agriculture biologique et à une ceinture agricole tout autour de la ville. 

Les métropoles s'annoncent donc plus végétales, jusque dans les assiettes : toutes les listes proposent de réduire la quantité de protéines animales au menu des cantines scolaires et d'augmenter la part de produits locaux et bio. Pour la plupart, les listes proposent de remplacer la viande par des protéines végétales au moins deux fois par semaine, mais il y a des variantes. À Besançon, l'achat de viande pour les cantines devra être conditionné à des critères de bien-être animal tandis qu'à Bordeaux, Grenoble et Tours, une alternative végétarienne sera disponible tous les jours. 

Vers une économie circulaire et de proximité


Aucune de ces listes ne s'est engagé sur la voie de la décroissance. Toutes entendent booster leur économie, mais Bordeaux, Lyon et Strasbourg proposent de conditionner les subventions et les commandes publiques à des critères écologiques. 

Les huit villes s'opposent également à la désertification commerciale des centre-villes. Besançon prévoit un "moratoire au niveau de la communauté urbaine afin de mettre un coup d'arrêt au surdimensionnement des surfaces commerciales" tandis qu'Annecy et Poitiers, plus radicales, comptent interdire toute nouvelle construction de centre commercial en périphérie de leur ville. 

Autre mesure fortement mise en avant : celle des Territoires Zéro Chômeurs de longue durée. Mis à part Grenoble et Annecy, qui ne mentionnent pas le dispositif dans leur programme, toutes les listes se disent prêtent à étendre ou à expérimenter cette innovation sociale, qui consiste à proposer aux personnes au chômage d'exercer des missions d'intérêt public. 


Dans le monde post-covid, nous n'échapperons pas au reskilling !

CADRE EMPLOI 
Publié le 29 juin 2020 Sylvia Di Pasquale

La crise sanitaire bouleverse votre quotidien professionnel ? Ce n’est rien par rapport à la vague d’automatisation qui déferle sur l’Europe, prévient le dernier rapport Mc Kinsey sur le Futur du travail en Europe. Pourtant, la grande majorité des travailleurs n'aura pas besoin de changer de profession d’ici 2030, mais aura surtout besoin de se re-qualifier.





C’est une vieille histoire : nombre d’entreprises qui recrutent ne trouvent pas de candidats pour leurs postes à pourvoir. Et pendant ce temps, l’Unedic prévoit 900 000 suppressions d’emploi rien que cette année en France, soit 630 000 de plus que l’an passé. Alors on se dit que les entreprises qui manquent de CV n’auront qu’à puiser dans ce vivier pour pourvoir enfin leurs postes vacants. Sauf que non.
Car les nouveaux chercheurs d’emploi à venir, comme les anciens, risquent de ne pas faire l’affaire non plus. En cause : trop d’actifs français, mais aussi européens, ont loupé le train du numérique, le TGV de la quatrième révolution industrielle.

Mais une autre tendance continue de perturber le marché du travail. Et le Covid-19 a accéléré son influence.

Selon le cabinet américain Mc Kinsey qui vient de remettre un nouveau rapport sur Le futur du travail en Europe, 60% des métiers seront percutés par les technologies numériques et verront 30 à 40% de leurs tâches quotidiennes automatisées d’ici 2030.
Et cette automatisation massive de certaines compétences touchera aussi les cols blancs.

"L'automatisation exigera de tous les travailleurs qu'ils acquièrent de nouvelles compétences. Environ 94 millions de travailleurs n'auront peut-être pas besoin de changer de profession, mais auront surtout besoin de se recycler, car la technologie prend en charge 20 % de leurs activités actuelles."

Dans ces bouleversements proches, l’employeur ne peut plus seulement aller chercher à l’extérieur de nouveaux profils déjà formés pour accélérer sa transformation. Vus que ces candidats ne sont pas assez nombreux, mieux vaut se résoudre à les « façonner ». En les formant à de nouveaux métiers ou au moins, en les aidant à assimiler de nouvelles compétences.

L’enjeu est de réussir à conserver avec soi les gens qu’on a formés et qui sont devenus des actifs de l’entreprise, supérieurs aux machines et aux technologies.

Un enjeu résumé par un anglicisme dont on n’a pas fini d’entendre parler : le « reskilling » que l’on pourrait traduire par « re-qualification ». Ça signifie exactement la même chose mais, puisque c'est en anglais, c'est censé démontrer que nous ne sommes pas les seuls à être concernés.

" Pour McKinsey, le travail de bureau ne sera plus jamais comme avant"

mardi 7 juillet 2020

Emmanuelle Duez : « Le confinement a contribué au retour du chef qui décide »



INTERVIEW – Pendant le confinement, Emmanuelle Duez, fondatrice de la société de conseil The Boson Project, n’a pas chômé. Pour « prototyper » l’entreprise de demain, l’entrepreneuse a sondé 2000 travailleurs issus de grands groupes, d’ETI et de PME sur leurs turpitudes existentielles. Les résultats de l’enquête « In(tro)spection au travail »* cassent un certain nombre de stéréotypes sur l’engagement des salariés, leurs exigences au travail et leur vision du chef. Explications.








Pourquoi avoir mené cette enquête "In(tro)spection au travail"?

Emmanuelle Duez : En cette période de crise, tandis qu’au gré des tribunes on n’a cessé de prophétiser que tout allait changer, il nous a semblé impératif d’écouter plutôt que de tenter vainement d’apporter des réponses. Ce que notre enquête nous apprend sur les travailleurs français casse finalement un bon nombre de stéréotypes.
 
Quels stéréotypes votre enquête met-elle à mal ?

E.D : D'abord le fait que les travailleurs français ne se sont pas désengagés pendant le confinement. Pour plus de 70 % d’entre eux, l’envie de travailler est restée intacte ou a augmenté. Les Français, qu’on a beaucoup taxés de "profiter du télétravail ou du chômage partiel pour paresser", n’ont donc pas été anesthésiés par cette situation inédite. L’enquête révèle même que 87 % sont prêts à fournir des efforts supplémentaires au regard du contexte.
 
Qu’attendent-ils de leur employeur en contrepartie de cet engagement ?

E.D : Ils ont davantage d'exigences  : le renforcement des valeurs collectives, l’excellence managériale, ainsi que la compréhension de son utilité dans un système, c’est-à-dire le fait d’être conscient de sa contribution au sein de l’organisation.
 
Sur quels principes repose l’excellence managériale attendue ?

E.D : D’après les verbatims que nous avons recueillis, il est certain que les managers ne pourront se dérober sur la confiance accordée à leurs collaborateurs. Pendant le confinement, à distance, ils n’ont eu d’autre choix que de faire confiance à leurs équipes et il n’est pas question de revenir en arrière. En contrepartie d'être managés, les travailleurs veulent désormais être autonomes et avoir des responsabilités; Et ils considèrent a transparence de l’information comme un pré-requis au bon fonctionnement de l’organisation.

"Le confinement a contribué au retour du chef qui donne un cap."


N’est-ce pas contradictoire avec la vision du « leader coach », jusqu’ici très défendue ?

E.D : Avant le confinement, on parlait en effet de leadership bienveillant. On refusait au leader la posture de chef, surtout lorsque l’entreprise se disait ‘’collaborative’’. Le mot « diriger » était presque interdit. Mais le confinement est passé par là et a réhabilité ce qu’on appelle dans l’armée « les chefs de guerre ». Dans un contexte aussi aléatoire que celui du Covid-19, les travailleurs se sont rendus compte qu’ils avaient besoin d’un chef qui soit capable de prendre des décisions pour mettre en mouvement le corps social, d’un chef qui tranche et qui donne une vision. Cela ne signifie pas qu’ils cherchent à évoluer dans une entreprise infantilisante, à attendre que leur chef prenne une décision pour l’appliquer à la lettre (les travailleurs veulent également prendre des décisions en toute autonomie à leur échelle). Il est attendu d’un chef d’être un repère stable en situation instable.

"Désormais, les travailleurs veulent un lieu totem, incarné. Un lieu qui leur permettra de sentir qu’ils appartiennent à un collectif. Un lieu aussi sonore qu’une place de village où l’on se mélange pour faire corps."


Maintenant que le télétravail explose, à quoi ressemblera le bureau de demain ?

E.D : Jusqu’ici, les entreprises plébiscitaient des open spaces et des flex offices standardisés, des espaces de travail dénués de singularité. Désormais, les travailleurs veulent un lieu totem, incarné. Un lieu qui leur permettra de sentir qu’ils appartiennent à un collectif. Dans les mois à venir, nous assisterons à une profonde modification de l’immobilier tertiaire, avec un enjeu de réappropriation des sièges sociaux par les équipes. Maintenant que les travailleurs savent que la productivité à distance est possible, le bureau ne sera plus un lieu où on exprime une performance individuelle, mais un lieu aussi sonore qu’une place de village où l’on se mélange pour faire corps. L’explosion du télétravail et les souhaits exprimés çà et là de ne plus subir les transports supposeront certainement la dislocation du siège social hyper centralisateur. Cela supposera également d’inventer des relais locaux plus proches des futurs lieux de vie des talents et des tiers-lieux mutualisés pour les moins grandes entreprises qui ne pourront pas se permettre d’avoir plusieurs sièges. Ce seront des espaces où la promesse de conditions de travail équitables et de justice sociale sera tenue, car aujourd’hui le home office est vecteur d’inégalités.

"Il y a un momentum cet été qui est favorable aux transformations."

Atlantico Business : Après avoir massivement accepté le télétravail, les Français commencent à en ressentir les perversions...


Un peu, ça va ! Mais beaucoup de télétravail, « y en a marre ! ». Le télétravail commence à provoquer autant d’agacement, de lassitude et d’inquiétude qu’il a soulevé d’enthousiasme pendant le confinement.






Peu de dirigeants et encore moins de salariés osent en parler haut et fort, mais le télétravail commence à leur peser.

Au moment du confinement, au mois de mars, lorsque beaucoup d’entreprises ont demandé à leurs salariés de travailler de chez eux si leur activité le leur permettait, la perspective les a d’abord un peu surpris.
Ceux qui travaillaient dans les systèmes de production sont restés dans les usines, sauf à exercer leur droit de retrait s’ils estimaient que les conditions sanitaires les confrontaient à des risques de santé qu’ils ne pouvaient pas affronter et ceux-là sont partis en chômage partiel.

Dans le commerce non-essentiel, dans l’hôtellerie, la restauration, le transport, les personnels ont été invités au chômage partiel. Mais tous les personnels administratifs, appartenant notamment dans les entreprises aux fonctions supports, ont été mis au télétravail.

Le résultat est explosif. Une enquête réalisée par l'Association Nationale des DRH a révélé qu‘il existait un véritable engouement dans la majorité des cols blancs pour cette forme de travail.

A l‘issue des grèves contre la réforme des retraites, en décembre 2019, on avait compté 28% de personnes qui avaient décidé de rester travailler depuis chez elles. Au moment du confinement, c’est 40% des personnels qui ont opté pour le travail à domicile. Près de la moitié des salariés. Du coup, les entreprises qui n’étaient guère enthousiastes envers le télétravail ont équipé leurs salariés avec des logiciels et des ordinateurs.

Certaines ont même pris quelques libertés avec le droit du travail en demandant à leurs salariés de ne pas respecter les horaires légaux et de les dépasser jusqu'à 60 heures par semaine ou de rogner sur le repos hebdomadaire.

On s’est donc rendu compte que, pendant le confinement, le rapport au travail pouvait profondément se modifier. On a découvert que certains « jobs » étaient indispensables et pas seulement les personnels soignants qui sont devenus de véritables héros, mais aussi les caissières d’hypermarché, les travailleurs de l’agroalimentaire, parce que les usines ont continué de tourner et heureusement, parce qu’il fallait bien nourrir les Français, et puis tous les personnels d’entretien des voieries et des espaces publics.

Mais parallèlement, il faut reconnaître que les 40% de salariés (près 9 millions) bénéficiaires de l’allocation de chômage partiel, avec un bon tiers qui a continué de toucher 100 % de leur salaire, ont assez bien supporté cette période.

Tout comme ceux qui étaient au télétravail et qui ont découvert l’intérêt et le confort de la liberté de travailler chez soi : un cadre de travail plus calme, sans le stress du transport quotidien, sans horaires stricts. Bref, ils ont découvert ou redécouvert une forme de vie à laquelle il leur arrivait d’aspirer mais qui leur paraissait irréelle.

Sur les 45% de salariés qui ont été en télétravail, les deux tiers étaient des primo-télétravailleurs et pour eux, ça a été une révélation.

A tel point que si les premiers jours du confinement les ont angoissés, les premiers jours du déconfinement l’ont été tout autant.

Pour la grande majorité des salariés, ceux qui étaient au chômage partiel comme ceux qui étaient en télétravail, le déconfinement a suscité quelques inquiétudes au point de rendre difficile la remise en route de l’économie française.

En bref, beaucoup de Français se sont plu au chômage partiel, comme beaucoup de télétravailleurs s‘étaient installé chez eux.

Aujourd’hui, plus d’un salarié sur deux est encore réticent à l’idée de retourner en entreprise, parce qu’ils craignent les risques de se retrouver dans un système hiérarchique, avec des chefs, des petits et des grands et d’avoir à travailler avec des collègues qu’ils n’apprécient pas toujours. Ils craignent aussi de perdre cet équilibre entre vie privée et vie professionnelle qu‘ils avaient restauré avec en prime la liberté de s’organiser, la souplesse et la flexibilité dans les horaires.

Globalement, environ la moitié des télétravailleurs souhaitent continuer à télétravailler au moins une fois par semaine. Une fois, mais pas plus !

La proportion des télétravailleurs convaincus a quand même tendance à diminuer, compte tenu des inconvénients du télétravail parce que parallèlement aux atouts, l’expérience a révélé les effets pervers.

1) Si on analyse la sociologie des télétravailleurs, on s’aperçoit que cette population n’est pas homogène. Entre les télétravailleurs, cadres moyens ou employés de bureaux de Paris ou de la région parisienne, et les cadres dirigeants qui ont les moyens de vivre à la campagne ou dans des espaces confortables et de se déplacer librement, il existe un fossé très profond. Il est évident que l’employé de banque coincé dans un quatre pièces avec ses trois enfants en bas âge a eu beaucoup plus de difficultés à télétravailler que le PDG refugié dans sa propriété normande.

Le télétravail met en évidence des inégalités de conditions de vie qui sont supportables en période de confinement, mais qui le sont beaucoup moins sur le long terme.

2) Il est évident aussi que le télétravail prive le télétravailleur de contacts professionnels et personnels qui sont, quoi qu’on dise, facteurs de progrès. Chez PSA où le télétravail semble être généralisé, la décision ne fait pas l’unanimité avec, dans l’industrie, le risque d’avoir deux catégories de personnels. D’un côté, des ouvriers qui travaillent dans l’usine, et de l’autre, des employés et des cadres qui auront la chance de travailler de chez eux.  

3) Le télétravailleur n’est pas aussi libérateur que certains le pensent. Il oblige les salariés à rester chez lui, il le prive donc de contacts personnels qui peuvent lui être utiles tant au niveau professionnel que de son épanouissement personnel.

4) Enfin, la généralisation du télétravail va obliger les directions de relation humaine à inventer des relations sociales nouvelles, mais aussi inciter les syndicats qui n’y sont naturellement pas très favorables à ouvrir des négociations pour obtenir de nouvelles règlementations du travail et compenser les inégalités qui ne vont pas manquer de se creuser.

Le télétravail génère évidemment des effets pervers, qu’il faudra bien réussir à éluder s’il doit correspondre à une tendance de fond en terme d’organisation du travail. Les théoriciens et coachs en organisation du télétravail ne manqueront pas de faire leur apparition.

Source Atlantico business - rédigé pr Jean-Marc Sylvestre

Sir Arthur Conan Doyle est mort le 7 juillet 1930.






"Père de plume" du célèbre détective Sherlock Holmes, il appréciait la France et notamment le château Gaillard aux Andelys qui inspira certains de ses romans.

Le 23 mai 1959, à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de l'auteur, le journal de 20 heures se rendait sur place à la rencontre de Madame Ricard, une amie de l'auteur. Elle avait bien connu l'écrivain qui aimait venir passer des weekends dans la région.
"Il aimait beaucoup se promener, il aimer beaucoup monter dans les ruines du château Gaillard. Le pays l'intéressait en général au niveau historique..."

Si Arthur Conan Doyle est resté célèbre pour ses romans policiers, cette vieille amie avouait préférer ses romans historiques.

"Il parlait peu de son Sherlock Holmes mais il y a une chose qui a marqué mon enfance, c'est qu'il m'avait dit qu'il fallait beaucoup observer tout ce qui se passe autour de soi. Même les bibelots, même les tableaux, quand on entrait dans une maison. Et il a ajouté que cela lui avait énormément servi".

L'écrivain profitait de ses séjours aux Andelys pour écrire quelques "pages ou chapitres de ses romans dans la pièce où nous avons conservé son écritoire, où il aimait écrire. La pièce est restée presque telle qu'il l'avait connue. Il aimait beaucoup cette maison, elle est restée exactement dans le même état. Un peu plus abîmée parce que malheureusement la guerre est passée par là. Mais enfin, c'est toujours la même maison et le même décor".

Rédaction Ina le 06/07/2020













https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1959-visite-de-la-maison-ou-conan-doyle-ecrivait-en-france