mardi 7 juillet 2020

Atlantico Business : Après avoir massivement accepté le télétravail, les Français commencent à en ressentir les perversions...


Un peu, ça va ! Mais beaucoup de télétravail, « y en a marre ! ». Le télétravail commence à provoquer autant d’agacement, de lassitude et d’inquiétude qu’il a soulevé d’enthousiasme pendant le confinement.






Peu de dirigeants et encore moins de salariés osent en parler haut et fort, mais le télétravail commence à leur peser.

Au moment du confinement, au mois de mars, lorsque beaucoup d’entreprises ont demandé à leurs salariés de travailler de chez eux si leur activité le leur permettait, la perspective les a d’abord un peu surpris.
Ceux qui travaillaient dans les systèmes de production sont restés dans les usines, sauf à exercer leur droit de retrait s’ils estimaient que les conditions sanitaires les confrontaient à des risques de santé qu’ils ne pouvaient pas affronter et ceux-là sont partis en chômage partiel.

Dans le commerce non-essentiel, dans l’hôtellerie, la restauration, le transport, les personnels ont été invités au chômage partiel. Mais tous les personnels administratifs, appartenant notamment dans les entreprises aux fonctions supports, ont été mis au télétravail.

Le résultat est explosif. Une enquête réalisée par l'Association Nationale des DRH a révélé qu‘il existait un véritable engouement dans la majorité des cols blancs pour cette forme de travail.

A l‘issue des grèves contre la réforme des retraites, en décembre 2019, on avait compté 28% de personnes qui avaient décidé de rester travailler depuis chez elles. Au moment du confinement, c’est 40% des personnels qui ont opté pour le travail à domicile. Près de la moitié des salariés. Du coup, les entreprises qui n’étaient guère enthousiastes envers le télétravail ont équipé leurs salariés avec des logiciels et des ordinateurs.

Certaines ont même pris quelques libertés avec le droit du travail en demandant à leurs salariés de ne pas respecter les horaires légaux et de les dépasser jusqu'à 60 heures par semaine ou de rogner sur le repos hebdomadaire.

On s’est donc rendu compte que, pendant le confinement, le rapport au travail pouvait profondément se modifier. On a découvert que certains « jobs » étaient indispensables et pas seulement les personnels soignants qui sont devenus de véritables héros, mais aussi les caissières d’hypermarché, les travailleurs de l’agroalimentaire, parce que les usines ont continué de tourner et heureusement, parce qu’il fallait bien nourrir les Français, et puis tous les personnels d’entretien des voieries et des espaces publics.

Mais parallèlement, il faut reconnaître que les 40% de salariés (près 9 millions) bénéficiaires de l’allocation de chômage partiel, avec un bon tiers qui a continué de toucher 100 % de leur salaire, ont assez bien supporté cette période.

Tout comme ceux qui étaient au télétravail et qui ont découvert l’intérêt et le confort de la liberté de travailler chez soi : un cadre de travail plus calme, sans le stress du transport quotidien, sans horaires stricts. Bref, ils ont découvert ou redécouvert une forme de vie à laquelle il leur arrivait d’aspirer mais qui leur paraissait irréelle.

Sur les 45% de salariés qui ont été en télétravail, les deux tiers étaient des primo-télétravailleurs et pour eux, ça a été une révélation.

A tel point que si les premiers jours du confinement les ont angoissés, les premiers jours du déconfinement l’ont été tout autant.

Pour la grande majorité des salariés, ceux qui étaient au chômage partiel comme ceux qui étaient en télétravail, le déconfinement a suscité quelques inquiétudes au point de rendre difficile la remise en route de l’économie française.

En bref, beaucoup de Français se sont plu au chômage partiel, comme beaucoup de télétravailleurs s‘étaient installé chez eux.

Aujourd’hui, plus d’un salarié sur deux est encore réticent à l’idée de retourner en entreprise, parce qu’ils craignent les risques de se retrouver dans un système hiérarchique, avec des chefs, des petits et des grands et d’avoir à travailler avec des collègues qu’ils n’apprécient pas toujours. Ils craignent aussi de perdre cet équilibre entre vie privée et vie professionnelle qu‘ils avaient restauré avec en prime la liberté de s’organiser, la souplesse et la flexibilité dans les horaires.

Globalement, environ la moitié des télétravailleurs souhaitent continuer à télétravailler au moins une fois par semaine. Une fois, mais pas plus !

La proportion des télétravailleurs convaincus a quand même tendance à diminuer, compte tenu des inconvénients du télétravail parce que parallèlement aux atouts, l’expérience a révélé les effets pervers.

1) Si on analyse la sociologie des télétravailleurs, on s’aperçoit que cette population n’est pas homogène. Entre les télétravailleurs, cadres moyens ou employés de bureaux de Paris ou de la région parisienne, et les cadres dirigeants qui ont les moyens de vivre à la campagne ou dans des espaces confortables et de se déplacer librement, il existe un fossé très profond. Il est évident que l’employé de banque coincé dans un quatre pièces avec ses trois enfants en bas âge a eu beaucoup plus de difficultés à télétravailler que le PDG refugié dans sa propriété normande.

Le télétravail met en évidence des inégalités de conditions de vie qui sont supportables en période de confinement, mais qui le sont beaucoup moins sur le long terme.

2) Il est évident aussi que le télétravail prive le télétravailleur de contacts professionnels et personnels qui sont, quoi qu’on dise, facteurs de progrès. Chez PSA où le télétravail semble être généralisé, la décision ne fait pas l’unanimité avec, dans l’industrie, le risque d’avoir deux catégories de personnels. D’un côté, des ouvriers qui travaillent dans l’usine, et de l’autre, des employés et des cadres qui auront la chance de travailler de chez eux.  

3) Le télétravailleur n’est pas aussi libérateur que certains le pensent. Il oblige les salariés à rester chez lui, il le prive donc de contacts personnels qui peuvent lui être utiles tant au niveau professionnel que de son épanouissement personnel.

4) Enfin, la généralisation du télétravail va obliger les directions de relation humaine à inventer des relations sociales nouvelles, mais aussi inciter les syndicats qui n’y sont naturellement pas très favorables à ouvrir des négociations pour obtenir de nouvelles règlementations du travail et compenser les inégalités qui ne vont pas manquer de se creuser.

Le télétravail génère évidemment des effets pervers, qu’il faudra bien réussir à éluder s’il doit correspondre à une tendance de fond en terme d’organisation du travail. Les théoriciens et coachs en organisation du télétravail ne manqueront pas de faire leur apparition.

Source Atlantico business - rédigé pr Jean-Marc Sylvestre

Sir Arthur Conan Doyle est mort le 7 juillet 1930.






"Père de plume" du célèbre détective Sherlock Holmes, il appréciait la France et notamment le château Gaillard aux Andelys qui inspira certains de ses romans.

Le 23 mai 1959, à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance de l'auteur, le journal de 20 heures se rendait sur place à la rencontre de Madame Ricard, une amie de l'auteur. Elle avait bien connu l'écrivain qui aimait venir passer des weekends dans la région.
"Il aimait beaucoup se promener, il aimer beaucoup monter dans les ruines du château Gaillard. Le pays l'intéressait en général au niveau historique..."

Si Arthur Conan Doyle est resté célèbre pour ses romans policiers, cette vieille amie avouait préférer ses romans historiques.

"Il parlait peu de son Sherlock Holmes mais il y a une chose qui a marqué mon enfance, c'est qu'il m'avait dit qu'il fallait beaucoup observer tout ce qui se passe autour de soi. Même les bibelots, même les tableaux, quand on entrait dans une maison. Et il a ajouté que cela lui avait énormément servi".

L'écrivain profitait de ses séjours aux Andelys pour écrire quelques "pages ou chapitres de ses romans dans la pièce où nous avons conservé son écritoire, où il aimait écrire. La pièce est restée presque telle qu'il l'avait connue. Il aimait beaucoup cette maison, elle est restée exactement dans le même état. Un peu plus abîmée parce que malheureusement la guerre est passée par là. Mais enfin, c'est toujours la même maison et le même décor".

Rédaction Ina le 06/07/2020













https://www.ina.fr/contenus-editoriaux/articles-editoriaux/1959-visite-de-la-maison-ou-conan-doyle-ecrivait-en-france



lundi 6 juillet 2020

Partez en vacances des livres plein la tête !

Sense Agency vous propose une sélection d’ouvrages à glisser dans vos valises. L’agence a aimé :


Christian Monjou - "le Leadership managérial : donner du sens ?" - Conférence Tilt Armor


L'intervention complète de Christian Monjou sur le leadership managérial lors d'un webinar Tilt Armor

Dominique Wolton : « Face à la Covid-19, cette illusion de la transparence a piégé les Politiques ! »

Dominique Wolton, un des meilleurs spécialistes de la communication et chercheur au CNRS, estime que l’une des leçons du traitement médiatique de la pandémie de la Covid-19 est l’affaiblissement du Politique face au diktat de la transparence. 

Propos recueillis par Jean-Michel Durand - jeanmicheldurand@ecoaustral.com





L’Eco austral : Qui aurait pu imaginer il y a encore six mois que la moitié de l’humanité aurait été contrainte d’être assignée à résidence, d’être confinée. Même le conseil de sécurité de l’ONU n’aurait pas pu faire cela. Qu’est que cela signifie de notre époque ?

Dominique Wolton : Selon moi, cette réaction aussi violente s’explique par différents facteurs.
Tout d’abord, cette pandémie a touché avant tout les pays riches. Ils ont paniqué devant ce virus qui était inconnu et hasardeux dans sa forme de contamination. Tous ces éléments ont conduit à faire peur mais vraiment peur aux pays riches.
Deuxièmement, c’est la question de la place de la mort dans nos sociétés et notre imaginaire. On avait fini par l’occulter voire l’oublier. La voir ressurgir comme cela comme un boomerang, nous est devenu, au sens littéral, insupportable.
Troisièmement, ce qui est à la fois inexplicable et qui restera dans les annales est que le monde entier s’est arrêté. Cette véritable panique mondiale s’est accélérée par les effets de la mondialisation de l’information. La grippe de Hong Kong, qui a frappé le monde en 1969, a été oubliée car il n’y avait pas tous ces réseaux et ces chaines d’informations qui suivent à la minute ce qui se passent… ou pas.
Sur ce point, je suis à contre-courant de ceux qui pensent qu’avec la mondialisation de l’information, on a su très vite ce qui se passait. L’accélération de la diffusion de l’information s’est faite, ce qui est important dans un conformisme et un suivisme irrationnel. 

(Ce)qui restera dans les annales est que le monde entier s’est arrêté.
Paradoxalement dans notre société hyper-informée - avec comme point d’orgue les points de presse quotidiens sur la situation de la pandémie - cette crise est le terreau de toutes les théories complotistes. Comment expliquez-vous cela ? Surtout que peut faire la presse ?

Pendant longtemps on a cru que plus il y aurait d’information et plus il y aurait de vérités. Or on s’aperçoit, depuis une vingtaine d’années, que plus il y a d’informations, plus il y a des rumeurs et plus il y a de fake news ! Autrement dit, on a lutté pour la liberté d’information et on s’aperçoit que quand elle existe, elle ne fait pas avancer la vérité car les gens sont intéressés par les rumeurs, par les réseaux sociaux et maintenant par la possibilité de créer des fake news. Cela a pour conséquence que les journalistes vont devoir bien mieux défendre leurs métiers car plus il y a d’informations et plus il faut des journalistes. Car contrairement à ce que l’on dit « tout le monde ne peut pas devenir journaliste ». Bien sûr, ces journalistes font plus ou moins bien leur travail mais ils font leur métier qui est de distinguer jour après jour ce que l’on doit retenir. D’ailleurs, il faut distinguer expression et information.
 
Ce que je publie sur les réseaux n’est pas forcément intéressant. Car quand tout le monde s’exprime, qui écoute ? 

C’est ce que j’appelle des soliloques (discours d'une personne qui se parle à elle-même ou qui pense tout haut, ndlr) inter-actifs ! La technique nous permet une révolution de l’information mais pas la communication humaine. Mais ce n’est pas les réseaux qui font la guerre mais les hommes qui utilisent ces réseaux dans toutes leurs folies !

Concernant la puissance des fake news, je me demande, si par delà leur caractère scandaleux, au fond, ce n’est pas une stratégie d’évitement des êtres humains ! Je m’explique : nous sommes tellement bombardés et mis sous pression pour un flux continu d’informations – cette surinformation - que les êtres humains par une volonté de se réapproprier voire de contre-attaquer inventent ces fausses informations (infox) pour redevenir acteurs. 
Pour éviter peut-être les fake news, la figure de l’expert est devenue incontournable. Or pour vous, décider n’est pas le rôle des scientifiques. Quelle attitude doit donc avoir le Politique ? 
Au nom de la transparence – ce qui est pour moi une ineptie car personne ne peut être totalement transparent –, on a multiplié les points de presse qui en plus d’être anxiogènes ont été inefficaces. Or cela s’est retourné contre les politiques car ils ne maitrisaient rien. Le pire a été, en France, les scandales de manque de lit, puis ceux des tests puis enfin ceux de la pénurie des masques dont on a détruit une partie des stocks ! Ces politiques se sont piégés eux-mêmes avec cette illusion de la transparence d’autant qu’avec les réseaux sociaux, on a tout découvert. Cela a crée une méfiance voire une colère demain. Car la grande erreur est de croire que les citoyens réclament aux politiques d’être transparents alors qu’ils leur demandent « simplement » d’agir. 
Cette perversion s’incarne dans cette incantation « mais les gens ont le droit de savoir ».

Pour prendre la défense de nos gouvernants, on fait face à une situation sans précédent. D’autant que les « sachants » eux-mêmes ne sont pas d’accord ?

Les relations experts/pouvoir sont un problème conflictuel ancien et complexe. Effectivement devant cette pandémie, les gouvernants se sont légitimement tournés vers les experts mais leur erreur a été de trop les mettre en avant. Or il est évident qu’il y a des logiques différentes entre les scientifiques et les politiques. Pour faire simple, dans l’espace démocratique actuel, il y a cinq logiques conflictuelles qu’il va falloir arbitrer.
Un, les scientifiques qui pensent sur le long terme ;
deux, le secteur médical qui à la fois dans le court et le long terme ;
trois, les médias qui avec leur vitesse de diffusion imposent cette tyrannie de l’événement qui                      met la pression sur tous les autres acteurs ;
quatre, l’opinion publique qui a sa propre temporalité
et enfin la cinquième, qui est la plus complexe : la logique politique.

Or c’est cette dernière qui est défaillante. Encore une fois, elle est victime du diktat de la transparence. Pour moi, c’est une perversion de la démocratie.
Cette perversion s’incarne dans cette incantation « mais les gens ont le droit de savoir ». Je réponds non et non car ce soi-disant droit est manipulé par ceux qui produisent et vendent de l’information. Car si l’information est une valeur, c’est aussi une marchandise ! 

Licencié en droit et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur en sociologie, Dominique Wolton est directeur de la Revue internationale Hermès, qu’il a créée en 1988 (CNRS Éditions). C’est surtout l’un des meilleurs spécialistes des médias et de la communication politique. Pour lui, l’information et la communication sont un des enjeux politiques majeurs du XXIe siècle, et la cohabitation culturelle un impératif à construire comme condition de la troisième mondialisation.

François Busnel: "Le désenchantement est à la racine du trumpisme"

Le journaliste François Busnel a lancé, America pour témoigner des années Donald Trump. Une revue politique et littéraire, lucide et humaniste dans laquelle les écrivains les plus prestigieux témoignent, à leur façon, d'un pays désenchanté. Explications.



François Busnel avec Jim Harrison (décédé en 2016).

 

Rosebud Productions/SDP



La revue America a été imaginée au lendemain de l'élection de Trump. Avec quel objectif? 

Nous avons souhaité être les mémorialistes d'une époque sans précédent dans l'histoire des Etats-Unis. Qu'on le veuille ou non, Trump gouverne la planète. Il s'enrhume à la Maison-Blanche, et c'est le monde entier qui éternue. Pour devenir les mémorialistes de ce temps-là, on ne peut se contenter de 10 pages -même excellentes- dans un magazine.  

Avec Eric Fottorino [codirecteur de la rédaction et cofondateur d'America], on s'est dit qu'il en fallait au moins 200, tous les trimestres. Notre but? Restaurer le temps long de l'enquête, du reportage. Oublier l'immédiateté de la punchline, la pensée réduite à un slogan. L'idée est de ne pas juger, de ne pas se moquer, mais d'essayer de comprendre. 


Ce qui m'a frappé au lendemain des élections, c'est que les experts se sont trompés. Ils nous ont dit: "Trump ne peut pas être élu. C'est Hillary Clinton, c'est évident." Ce sont les mêmes qui ont affirmé que le Brexit n'arriverait pas et que Marine Le Pen ne serait pas présente au second tour. Pourquoi se sont-ils trompés? Parce qu'ils ne vont plus sur le terrain. Ils voyagent en business class, traversent le pays en limousine et ne voient rien du pays. Et à côté de cela, il est frappant de constater -en lisant les romans américains- combien les écrivains sont en prise avec le réel. 

"Les électeurs de Trump ne sont pas forcément fachos ou réacs"

Ceux-ci qui vont sur le terrain, que voient-ils? 

Une Amérique qui part à vau-l'eau. Une Amérique prête à voter pour la première grande gueule qui se pointe. Pour cela, il suffit de prendre un bus, de s'arrêter dans un motel à 17 dollars tout compris. Là, vous allez entendre d'autres gens. Certains d'entre eux n'ont plus de dents. Pourquoi? Parce qu'ils n'ont pas de sécurité sociale et qu'aller chez le dentiste coûte trois packs de bières. Ils vous diront qu'ils préfèrent s'arracher eux-mêmes une dent pour s'acheter leurs bières.  
Ils ont 75 ans, pas de retraite et sont obligés de bosser dans le motel. Ils n'en sont pas les patrons, ils nettoient les WC. Et ils ont glissé leur bulletin pour Trump alors qu'ils étaient militants contre la guerre du Vietnam ou partisans de Kennedy. C'est le paradoxe. Ils ne sont pas forcément fachos ou réacs. Ils en ont marre.


Tout cela est dans les campagnes. C'est vrai aussi dans les villes? 


La plupart sont gangrenées par les zones périurbaines. Les centres historiques sont très beaux et la raison en est simple. Pour plaire aux bobos et attirer les touristes, on restaure les downtown et on laisse prospérer, à l'extérieur des villes, une misère dont on se fout complètement. Il y a des caravanes à l'infini qui sont habitées par des Noirs, des Portoricains, des hispaniques. Pas d'école, pas de dispensaire. Seulement de la violence, du trafic de drogue, une misère indicible. 
Et partout, une désillusion... 

Elle est d'autant plus dévastatrice qu'elle bafoue le rêve américain. Les Etats-Unis sont un pays de migrants. Les grands-parents sont venus d'Ukraine, de Pologne, de Corée, du Vietnam, d'Irlande... C'est aussi vrai pour Donald Trump, dont le grand-père était allemand. Et cela remonte à trois générations seulement! Aujourd'hui, on vient toujours pour un rêve mais il n'existe plus. Le désenchantement est à la racine du trumpisme. 

Quels écrivains, aujourd'hui, sont les mémorialistes de cette Amérique? 

Quand on lit le dernier John Irving, les nouveaux Russell Banks ou Donald Ray Pollock, on voit les électeurs qui ont porté Trump à la présidence. Ils nous racontent l'Amérique des marges, qui devient l'Amérique qui gagne. Richard Ford décrit les banlieues, Russell Banks, le milieu ouvrier, John Irving, les orphelins et les laissés pour compte... Il va dans les Ddass locales et essaie de comprendre ce que cela va donner plus tard: des résilients ou des tueurs en série. Aucun ne veut dénoncer. Ils énoncent, mettent un nom sur les choses. 

"Il n'y a pas de statut d'intellectuel aux Etats-Unis"

La plupart sont anti-Trump. La littérature américaine a-t-elle une tradition démocrate? 
Les écrivains ont une sensibilité plus proche des démocrates que des républicains. Norman Mailer, Susan Sontag... Les figures intellectuelles américaines s'inscrivent dans cette tradition. Peu ont soutenu Reagan, Nixon ou Bush. Mais n'oublions pas que l'Amérique est le pays des libertés, avec ce fameux premier amendement. On a le droit de tout penser, y compris des idées terrifiantes. Depuis l'élection de Trump, il y a un mouvement qui grandit au Colorado et qui assure que la terre est plate! Ces flat earthers sont soutenus par les républicains et ont multiplié par quatre leurs audiences. Et tout cela cohabite avec Philip Roth... 

Les écrivains que vous publiez cherchent-ils à se constituer en communauté, pour renforcer leur contre-pouvoir? 

Les auteurs ne se pensent pas comme un corps intellectuel, au contraire des Français ou des Européens. Ils sont une somme d'individualités et, par ailleurs, leur discours est minoritaire. Il n'y a pas de statut d'intellectuel aux Etats-Unis, excepté à New York et, dans une moindre mesure, à San Francisco, Chicago ou Los Angeles. 

Comment travaillez-vous avec les auteurs? 

Lorsque nous avons eu l'idée d'America, le 7 janvier dernier, j'ai pensé qu'il fallait d'abord demander l'avis d'écrivains américains. J'ai envoyé quelques mails à Richard Ford, à Toni Morrison... en leur proposant de nous donner des textes (je dis bien donner), et de nous recevoir pour des grands entretiens. Ils ont tout de suite accepté. Toni Morrison m'a dit: "C'est un pôle de résistance, ta revue." Depuis, d'autres nous ont rejoints: Salman Rushdie, Paul Auster, Tom Wolfe... Et c'est un vrai succès. On est à 40000 exemplaires pour le premier numéro. Sans abonnement, sans publicité, sans groupe de presse pour nous accompagner. 

"Je crois à la vertu de la distance"

Vous publiez également des écrivains étrangers. 

Nous souhaitons la plus grande ouverture possible. Philippe Besson a traversé pour nous les Etats du Missouri, de l'Alabama, du Tennessee, et il nous raconte, dans le prochain numéro, sa plongée dans l'Amérique homophobe de Trump. Roberto Saviano est en train de faire une grande enquête. Italien, condamné à mort par la Camorra... Il m'a demandé 25 pages. Bien sûr, j'ai dit "ok". 
Vous n'ouvrez pas seulement vos colonnes à des anti-Trump... 
En effet. Dans le même numéro, nous publions un texte de James Ellroy, qui n'est pas vraiment anti-Trump. Il est, selon moi, l'un des meilleurs. Derrière ses pitreries médiatiques, il a construit une oeuvre géniale en jouant avec les théories du complot. Il dit clairement les choses: "Je ne suis pas raciste, je ne suis pas homophobe, mais je suis un réactionnaire né." Etre réac', pour Ellroy, c'est vivre dans le passé. 

Pourquoi adhère-t-il à Trump? 

Il le voit comme un pionnier, quelqu'un capable de faire bouger les choses. Pour lui, on peut être conservateur et républicain sans être fasciste. Il faut confronter les idées pour entrer dans la complexité des choses. 





Est-ce important que cette revue soit éditée hors des Etats-Unis? 

Oui. Rushdie, par exemple, me dit qu'il ne peut écrire sur l'Inde qu'en étant hors de son pays. James Joyce a essayé d'écrire Ulysse à Dublin pendant douze ans, avant de s'exiler à Zurich où il a pu le faire. Je crois à la vertu de la distance. 

"L'Amérique est le pays des extrêmes"

Dans l'analyse de ces écrivains, y a-t-il, aussi, la faillite d'Obama? 

C'est un tabou. Tout le monde se tait, mais beaucoup le pensent. Beaucoup de Noirs ont voté Trump, parce qu'ils se sont sentis abandonnés... Pour eux, Obama était un notable qui venait de Harvard, de Chicago, pour habiter la Maison-Blanche. Obama n'a peut-être pas mesuré à quel point revaloriser la culture, la connaissance et les diplômes, a créé une fracture.  
On peut lui reprocher aussi de ne pas avoir réglé la question raciale. A l'époque de Ferguson [manifestations suivies d'émeutes, en 2014, après qu'un Noir non armé a été tué par un policier blanc], il n'a sans doute pas condamné [cette injustice] avec assez de virulence. 
Il y a aussi un pays depuis toujours paradoxal... 
L'Amérique est le pays des extrêmes. Capable de passer d'un double règne Bush à un double règne Obama pour arriver à Trump. Il y a un endroit que j'adore: le Dakota du Sud. Pas de printemps, pas d'automne. L'été, il fait 40°C, l'hiver, -30°C, et tu bascules en dix jours de l'un à l'autre. C'est ça, les USA. 


En France, existe-t-il davantage une communauté d'écrivains? 

Je dirais plutôt une génération qui raconte la vie, le réel en France. Ces écrivains suivent la pensée de Camus. Il disait: "Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde." Ne pas les nommer du tout, c'est encore pire. Ils ont le courage de parler d'homosexualité, de fanatisme, de dépression. Ils font le boulot et le public suit. 

Qui sont-ils? 

Olivier Adam, Emmanuel Carrère, Maylis de Kerangal, Sylvain Tesson, Laurent Gaudé, Joël Dicker, Mathias Enard, Leïla Slimani... Ils ont entre 30 et 50 ans, s'emparent du réel dans leurs fictions et offrent un regard sur le monde. Quand Sylvain Tesson raconte la Russie en s'immergeant, dans Bérézina ou dans Les Forêts de Sibérie, c'est passionnant. Quand Emmanuel Carrère publie des reportages à la première personne du singulier dans la revue XXI, c'est formidable! 

Source : L'EXPRESS
Article de : Lydia Bacrie



samedi 4 juillet 2020

Projet « Society Change » - Sense Agency & PPR



PPR, agence de communication du groupe WPP, et Sense Agency, agence de conseil en conférenciers et en prospective, ont lancé conjointement le projet « Society Change » le 2 juillet dernier, bâtit sur la thématique de l’accélération du changement sociétal et de ses effets sur la communication des entreprises et des marques.

À cette occasion, 3 de nos conférenciers participaient au webinar : 
Christophe Bourseiller, écrivain, journaliste, historien, spécialiste des signaux faibles et extrêmes
Bruno Marion, expert des théories du chaos
Benjamin Louvet, économiste, expert des enjeux énergétiques

Frédérique Lenglen et Marie-Laurence Augéco-dirigeantes, Agence PPR, Groupe WPP
Jean-Michel Dardour, chief inspiration officer, CEO, Sense Agency 

Nul doute que la qualité et le dynamisme des interventions ont contribué au succès de cette visio-conférence et Sense Agency remercie chaleureusement ses conférenciers pour leur pertinence et leur engagement. 

Thomas Morales "Paris-Berry" Nouvelle vague

«Cet été, les Français vont goûter au suc de l’existence»


FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Après les semaines difficiles de confinement, il y a un parfum de «temps des copains» dans l’air, de lâcher prise. Avec son essai «Paris-Berry Nouvelle vague», Thomas Morales nous encourage cet été à retrouver l’appétit de vivre, les éclats de rire, la grosse tambouille, la farce bistrotière, Gérard Depardieu et Romy Schneider.


Par Marine Carballet





Les acteurs Christian Clavier, Gérard Depardieu et le modèle Laeticia Casta posent pour la promotion du film «Asterix et Obélix».
 wallpaperflare.com / CC

Luc Ferry: «Plaidoyer pour un “écomodernisme”»

En continuant d’intensifier l’urbanisation, on pourrait redonner plus de place encore à la nature afin qu’elle puisse redevenir sauvage.


Luc Ferry. Nathalie Michel



La Convention climat, sous perfusion de thèses catastrophistes, a hélas pris le parti de l’écologie punitive et de la décroissance. Emmanuel Macron, vague verte oblige, a choisi d’abord de la flagorner, ensuite d’éluder les mesures les plus absurdes et les plus liberticides. Plutôt que ce «en même temps» mi-chèvre mi-choux, il aurait mieux fait de réfléchir d’emblée aux voies possibles d’une écologie positive intégrée à l’économie, car à l’encontre de ce que prétendent les fondamentalistes verts, ce n’est pas par la décroissance, fût-elle molle, qu’on sortira de la crise écologique, mais en concevant la production industrielle de telle façon qu’elle ne pollue pas, voire dépollue l’environnement.

Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est là ce que propose le «Manifeste écomoderniste» qui s’appuie sur deux idées particulièrement puissantes: le découplage et l’économie circulaire, deux thèmes qu’on aurait dû présenter devant cette convention pour éviter qu’elle ne s’englue dans les passions tristes de l’écologie «profonde». Comme le déclare Michaël Shellenberger, un militant écomoderniste qui fut salué pour son engagement à la Une du magazine Time comme un «héros de l’écologie»: «Intensifier beaucoup d’activités humaines, en particulier l’agriculture, la production d’énergie et les peuplements, de sorte qu’elles occupent moins de sols et interfèrent moins avec le monde naturel, est la clef pour découpler le développement humain des impacts environnementaux. Ces processus technologiques et socio-économiques sont au cœur de la modernisation de l’économie et de la protection de l’environnement pour atténuer le changement climatique et épargner la nature».

Pour donner un bon exemple de ce qu’est le découplage, il rappelle que 4 milliards d’individus vivent déjà aujourd’hui dans des villes qui ne représentent que 3 % de la surface du globe. En continuant d’intensifier l’urbanisation, on pourrait redonner plus de place encore à la nature afin qu’elle puisse redevenir sauvage et recréer de la biodiversité.

«La nature n’a pas de poubelles»


Le deuxième pilier du projet réside dans l’économie circulaire selon laquelle une croissance et une consommation infinies sont non seulement possibles dans un monde fini, mais elles peuvent être en outre non polluantes, voire dépolluantes pourvu qu’on conçoive en amont de la production la possibilité de désassembler les produits industriels afin de les recycler. C’est cette alternative à la décroissance que proposent William McDonough et Michael Braungart, faits, exemples et arguments forts à l’appui, dans leur livre intitulé Cradle to Cradle (Du berceau au berceau, NDLR), créer et recycler à l’infini (Gallimard, 2012). Comme ils y insistent, «la nature n’a pas de poubelles», la notion de déchet n’y a aucun sens, tout y est recyclable, de sorte qu’en la prenant pour modèle, on pourrait non seulement réduire les coûts et faire des profits, mais construire au passage un avenir écologique qui, en s’intégrant à l’économie, ne viendrait brimer ni la croissance, ni cette consommation que haïssent les Khmers verts.

Pour y parvenir, il faudrait seulement accepter de «fabriquer tous les produits dès l’origine en vue de leur désassemblage, un système qui aurait un triple avantage: il n’engendrerait aucun déchet inutile ou dangereux ; il permettrait aux fabricants d’épargner des milliards de dollars de matériaux précieux, l’extraction des substances brutes comme des produits pétrochimiques diminuant ainsi que la fabrication de matériaux potentiellement nocifs. En quoi ce projet va plus loin que le refrain environnemental habituellement négatif à l’égard de la croissance, un refrain d’après lequel nous devrions nous interdire les plaisirs que nous procurent des objets comme les voitures».

Je ne puis donner ici qu’un aperçu sommaire d’un projet qui mériterait d’être exposé en profondeur et en détail


Entre les partisans de la croissance verte, qui trop souvent n’est qu’une décroissance timide, et ceux de la décroissance punitive, l’écomodernisme propose un programme écologique à la fois plus ambitieux et plus réaliste, car plus rentable que la promesse d’un retour en arrière tous azimuts. Bien entendu, je ne puis donner ici qu’un aperçu sommaire d’un projet qui mériterait d’être exposé en profondeur et en détail. Il eût été plus que souhaitable, ne fût-ce qu’en termes de pluralisme et de démocratie, que les membres de la Convention climat en entendent parler, qu’ils reçoivent des représentants de ce courant au lieu de se laisser insidieusement endoctriner par les idéologies de la décroissance qui ont hélas réussi à se faire passer pour le seul horizon légitime s’agissant d’environnement.

Source : Le Figaro

Navi Radjou et Jaideep Prabhu : Le guide de l'innovation frugale

Créer ensemble un monde meilleur avec peu de ressources ? 
C'est possible !


En plein essor mondial, l'innovation frugale est un mouvement éclairé de cocréation de valeurs qui répond à l'urgence à la fois écologique et sociale. Il s'agit de développer des produits et services de qualité abordables et durables qui ont un impact positif sur la société et la planète, tout en consommant le moins de ressources possible et sans polluer.

Cette stratégie de croissance révolutionnaire repose sur plusieurs tendances de fond (la consommation collaborative, l'économie circulaire et régénératrice, le mouvement des makers) et des technologies de rupture (l'intelligence artificielle, l'impression 3D).

Dans ce livre, écrit par les auteurs du best-seller L'Innovation Jugaad, vous trouverez les six principes clés pour faire mieux avec moins dans tous secteurs d'activités. Ce guide contient plus de 100 bonnes pratiques et 50 cas inspirants d'entreprises pionnières et de start-up révolutionnaires qui vous pousseront à l'action, que vous soyez dirigeant, manager, entrepreneur, ou salarié.

vendredi 3 juillet 2020

LGL : Jean-Christophe Rufin

Mystères et coups bas à Bakou

Nous en sommes déjà au troisième épisode des aventures d'Aurel le Consul dans "Le Flambeur de la Caspienne", le personnage récurrent créé par Jean-Christophe Rufin, il y a deux ans maintenant. Le maître du "faux polar" nous fait voyager dans ce troisième volet à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan. Son héros découvre une ville fascinante à la qualité de vie absolument incroyable. Tout se gâte très vite lorsque Aurel le Consul rencontre l'ambassadeur de France qui lui réserve un accueil glacial. Une guerre froide se prépare entre les deux hommes.
"Pour moi l'essentiel des polars c'est les lieux qui sont les théâtres des enquêtes que j'écris. Il n'y a rien de noir, dans mon écriture je fais des polars ensoleillés (...) Ma première vie c'est la médecine, le malheur, la maladie j'ai connu. Quand j'ai commencé à écrire c'est pour trouver le bonheur, pour m'évader".

jeudi 2 juillet 2020

Rik Vera pense le monde de demain pour Euler Hermes

Rik Vera est un leader d'opinion renommé, conférencier  international et auteur du best-seller "Managers, The Day After Tomorrow".

 

PDG de Nexxworks, Il conseille les entreprises pour développer des stratégies centrées sur le client, adaptées à un environnement connecté.

 

Il intervient sur les thématiques comme le  Customer Centricity, la gestion du changement, Marketing and Branding, la disruption numérique, …


Pour son client Euler HermesSense Agency, agence de conseil en Prospective, a invité Rik Vera à penser le monde de demain.




mardi 30 juin 2020

PREMIERE : Christophe Bourseiller : "Jean-Loup Dabadie s’intéressait à tout le monde"

Christophe Bourseiller : "Jean-Loup Dabadie s’intéressait à tout le monde"
le 25/05/2020 à 17:00 par Christophe Narbonne



L’acteur fétiche d’Yves Robert se souvient de Jean-Loup Dabadie, qui lui a écrit quatre rôles.

Christophe Bourseiller

Auteur, enseignant et journaliste, Christophe Bourseiller a eu mille vies. Il fut notamment activement acteur pendant vingt ans. De sa carrière de saltimbanque, on retient notamment Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis d’Yves Robert : son interprétation de Lucien, l’étudiant stoïquement amoureux de la femme de Jean Rochefort, reste dans toutes les mémoires. Un rôle coécrit par Robert et Jean-Loup Dabadie. Il se souvient pour nous de ce dernier.

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Jean-Loup Dabadie ?
Je suis un enfant de la balle. Petit, j’avais comme “parrain” et “marraine” officieux, Jean-Luc Godard d’un côté, Danièle Delorme de l’autre, qui était l’épouse d’Yves Robert. C’est dans la propriété d’Yves et de Danièle, le Moulin de la Guéville, située près de Rambouillet, que j’ai connu Jean-Loup, à la fin des années 60. Les circonstances de ma rencontre avec lui sont donc avant tout familiales et amicales.

Comment l’enfant que vous étiez le percevait-il ?
C’était un type extrêmement élégant et courtois. Il s’intéressait à tout le monde -je me souviens qu’il me manifestait de l’intérêt. Sa culture était immense, il avait toujours un mot sur un auteur inconnu des profanes... Pour moi, il formait un triangle avec Yves et Bertrand Poirot-Delpech. Ces trois-là partageaient le même humour et les mêmes goûts.

En 1976, vous jouez dans Un éléphant ça trompe énormément qu’il a co-écrit avec Yves Robert.
À l’époque, j’étais un jeune gauchiste un peu sentencieux. En m’observant, Yves et Jean-Loup ont eu l’idée de m’écrire un rôle sur mesure sans me le dire. Lucien, c’était moi ! Par des indiscrétions, j’ai appris ce qu’ils tramaient et me suis rendu dans les bureaux parisiens d’Yves, rue Marignan. J’ai été impressionné par la méticulosité avec laquelle ils travaillaient, on aurait dit des profilers qui affichaient leurs réflexions sur les personnages sur un grand tableau punaisé de partout... Yves et Jean-Loup incarnaient sur ce point un peu l’envers de la Nouvelle Vague que j’avais bien connue avec Godard. Un dialogue de Jean-Loup, il fallait le dire à la virgule près ! Pas question d’improviser. C’était l’homme de la formule choc.

Dabadie venait-il souvent sur le tournage ?
Jamais. Il devait considérer que sa tâche était terminée. Je crois qu’il aurait aimé réaliser mais qu’il n’a pas osé franchir le pas. Lorsque j’ai tourné Clara et les chics types en 1980, il était question que Jean-Loup, qui l’avait écrit, le réalisât. Il a finalement décliné pour des raisons qui lui appartiennent et la Gaumont a confié le film à un très bon technicien issu de la pub, Jacques Monnet.

Vous avez à l’arrivée joué dans quatre films écrits par Dabadie : le dyptique d’Yves Robert, Courage fuyons et Clara et les chics types. 
Oui, et à chaque fois c’était un peu moi, le type avec cette présence un peu lunaire à laquelle Jean-Loup tenait manifestement. Dans Courage fuyons, mon personnage s’appelait carrément Christophe, il n’y avait plus aucune ambiguïté ! (rires)

Dominique DESJEUX, anthropologue, sociologue et professeur émérite à l'Université de Paris, nous parle de La Note Globale.

Dominique DESJEUX, anthropologue, sociologue et professeur émérite à l'Université de Paris, nous parle de La Note Globale.





https://youtu.be/T0YltP-OnDU

CBNEWS : PPR crée "Society Change" avec Sense Agency



PPR crée "Society Change" avec Sense Agency



Amelle Nebia - 29 juin 2020 - CBnews
 


L’agence PPR (groupe WPP) renforce son approche stratégique avec Society Change. Une offre pour les directions générales, marketing-communication, innovation et prospective qui ont besoin "de s’adapter, d’anticiper et de générer de
nouvelles idées, en particulier dans la relance post-Covid 19". 

Une sorte de fusée pour impulser de nouvelles stratégies" précise un communiqué. L'offre associe des expertises marque et communication à des experts sociologues, anthropologues, spécialiste des signaux extrêmes et émergents, des théories du chaos ou encore de l’éthno-fiction. PPR et Sense Agency, agence conseil en prospective dirigé par Jean-Michel Dardour se sont associées pour l’occasion. 

Parmi eux, Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne, Bruno Marion, expert des théories du chaos, Christophe
 Bourseiller, écrivain, historien, journaliste, Benjamin Louvet, économiste, spécialiste des matières premières et des enjeux énergétiques, Fanny Parise, anthropologue, experte des nouveaux imaginaires de consommation et de l’ethno-fiction.


La fusée “Society Change” sera dotée de trois étages, des offres indépendantes : 

"Observation" basée sur quatre échelles d’observation pour une analyse rapide et évolutive des changements pour nourrir et faciliter les prises de décision,
"Anticipation et vision" pour identifier des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les marges de manœuvre et les gisements d’opportunités, 
"Communications" sur les sujets clés du changement actuels et émergents tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion. 

D’autre part, PPR proposera de s’engager dans des communautés leviers de
changement de société. "Cela permettra aux entreprises de s’ouvrir et de développer de nouvelles relations avec des publics susceptibles d’infléchir ou de faire grandir leur business. PPR a notamment déjà initié une expertise de la communauté grandissante du monde du gaming"souligne Frédérique Lenglen, codirigeante de PPR.

Enfin, pour illustrer les changements de communication, PPR travaille également avec des scénaristes, des producteurs de documentaires pour de nouveaux contenus et formats de
communication sociétale, fondés sur des histoires réelles ou des histoires prospectives.
 Pour en savoir plus, PPR et Sense Agency convient le 2 juillet à 16h30 au webinar « Society Change » en présence des experts.


Contact : Jean-Michel Dardour - jmdardour@senseagency.fr

lundi 29 juin 2020

PPR & SENSE AGENCY : PROJET "SOCIETY CHANGE" - FUSEE DE RELANCE




https://pprparis.fr/society-change-2/


LE PROJET SOCIETY CHANGE DE PPR : FUSÉE DE LA RELANCE



L’agence PPR du groupe WPP, experte en communication, société et innovation, renforce son approche stratégique avec « Society Change » et se dote d’une nouvelle expertise sociétale.

« Society Change » s’adresse aux directions générales, marketing-communication, innovation et prospective qui ont besoin de s’adapter, d’anticiper et de générer de nouvelles idées, en particulier dans la relance post-Covid 19.

« Society Change est « une fusée » pour impulser de nouvelles stratégies. La société change rapidement et choisit de nouvelles trajectoires, il est donc inéluctable que les directions des entreprises s’immergent dans les transformations sociétales, adaptent leur vision et innovent » déclare Frédérique Lenglen, Co-dirigeante de PPR.

Le cœur du réacteur est conçu par PPR sur un modèle hybride et pluridisciplinaire. Il associe des expertises marque et communication à des experts sociologues, anthropologues, spécialiste des signaux extrêmes et émergents, des théories du chaos ou encore de l’ethno-fiction. PPR et Sense Agency, agence conseil en prospective dirigé par Jean-Michel Dardour se sont associées pour l’occasion.  

Parmi eux, Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne, Bruno Marion, expert des théories du chaos, Christophe Bourseiller, écrivain, historien, journaliste, Benjamin Louvet, économiste, spécialiste des matières 1ères et des enjeux énergétiques, Fanny Parise, anthropologue, experte des nouveaux imaginaires de consommation et de l’ethno-fiction.

La fusée “Society Change” sera dotée de 3 étages, des offres indépendantes :

« Observation » basée sur 4 échelles d’observation pour une analyse rapide et évolutive des changements pour nourrir et faciliter les prises de décision
« Anticipation et vision » pour identifier des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les marges de manœuvre et les gisements d’opportunités.
« Communications » dédiées à la communication sur les sujets clés du changement actuels et émergents tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion.
Pour en savoir plus, PPR et Sense Agency vous convient le 2 juillet à 16h30 au webinar « Society Change » en présence des experts *.

Premier étage de la fusée : les 4 échelles d’Observation Society Change


PPR avec Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne.

La réussite de la communication sera liée à l’analyse rapide et évolutive des changements sur ces 4 échelles, pertinentes pour la prise de décision, que ce soit pour les comités de direction, les directions innovation, communication ou marketing.

Avec notamment Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision (professeur émérite de la Sorbonne), PPR mettra en place les Echelles d’observation du changement :

L’échelle microsociale (les changements d’habitude et d’usages des consommateurs)
L’échelle méso-sociale (les sphères d’influence politiques, associations, médias, dans l’impulsion du changement)
L’échelle macrosociale (l’analyse des grandes masses en mouvement de changement)
L’échelle géopolitique sociale (ce qui influence et change le marché français par rapport au marché mondial)

Deuxième étage de la fusée: les Cellules de vision et d’anticipation « Society Change »

PPR avec Sense agency, agence conseil en prospective
PPR propose aux entreprises de configurer sur-mesure leur propre cellule de vision et d’anticipation pour stimuler et nourrir les décisions innovation, business, marketing communication de manière ponctuelle ou sur une durée plus longue.

Concrètement, chaque cellule fonctionnera en écosystème dédié, composé de membres de l’entreprise, conseils PPR et experts extérieurs. La feuille de route sera l’identification des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les gisements d’opportunités et de prise d’initiatives.
Les entreprises pourront décider de faire vivre leur Cellule Society Change pendant la période de relance post Covid et au-delà.

Troisième étage de la fusée : les Communications « Society Change » dédiées aux sujets clés du changement actuels et émergents

Les marques et entreprises vont être confrontées à des changements sociétaux majeurs, ce qui les amènera à définir et remplir de nouvelles missions. Quelles seront les stratégies d’adaptation pour conduire leurs communications ?

D’une part, PPR construira des programmes de communication Society Change, dédiés aux sujets clés de changement du présent et de l’avenir, tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion.

D’autre part, PPR proposera de s’engager dans des communautés leviers de changement de société. « Cela permettra aux entreprises de s’ouvrir et de développer de nouvelles relations avec des publics susceptibles d’infléchir ou de faire grandir leur business. PPR a notamment déjà initié une expertise de la communauté grandissante du monde du gaming » souligne Frédérique Lenglen.

Enfin, pour illustrer les changements de communication, PPR travaille également avec des scénaristes, des producteurs de documentaires pour de nouveaux contenus et formats de communication sociétale, fondés sur des histoires réelles ou des récits prospectifs.

A propos de l’agence PPR : https://pprparis.fr/

PPR, agence du groupe WPP, s’est forgée la réputation d’une agence à l’avant-garde de la communication, du marketing et de l’influence, en prise avec les changements économiques, environnementaux, sociétaux.
Pour les entreprises, les marques et les organisations – acteurs historiques avec de nouvellesconquêtes et nouveaux entrants – nous mettons en lumière les signaux faibles, les mouvements structurels, les innovations et les nouveaux usages.
Nous nous concentrons sur la dynamique et l’énergie des idées, des solutions, des faits, des preuves pour soutenir un impact positif et contributif du business. Nous soutenons toujours l’audace et ceux qui éclairent le monde !

*Pour s’inscrire : 
                            PPRParis@pprww.com
                            jmdardour@senseagency.fr

Fanny Parise : Déconfinement : «Chacun procède à une sorte de calcul du risque» -

Déconfinement : 

«Chacun procède à une sorte de calcul du risque»

Par Catherine Mallaval — 23 juin 2020 à 19:01
LIBERATION


Pour l’anthropologue Fanny Parise, les individus doivent réapprendre à vivre en société et trouver d’autres façons d’échanger en prenant en compte les gestes barrières et la peur du virus.

Déconfinement : "Chacun procède à une sorte de calcul du risque"
 
Fanny Parise


Fanny Parise, anthropologue, chercheuse associée à l’Institut lémanique de théologie pratique de l’université de Lausanne (Suisse), sonde et observe depuis le 16 mars la façon dont les individus se sont accommodés du grand chamboulement du confinement et maintenant du déconfinement. Questionnaires en ligne auprès de 6 000 personnes, entretiens poussés avec 60 d’entre eux et photoreportages avec interviews dans les espaces publics. Bilan ? Un panorama de nos vies et gestes sous pandémie.

 
La vie sociale a-t-elle vraiment repris ?

Il y a un déconfinement à deux vitesses. Pour certains, il rime avec retour à une néonormalité, alors que d’autres vivent encore dans un confinement amélioré avec une vie d’avant qui n’a pas vraiment repris. Cela dépend de l’état psychosociologique des individus, et de la façon dont les consignes gouvernementales sont réinterprétées par chacun, ce qui était déjà le cas durant le confinement. Certains sont plus ou moins stressés par la maladie, plus ou moins à l’aise avec le contact physique et ont plus ou moins besoin d’interactions sociales. Les plus angoissés, les plus introvertis, dont certains ont d’ailleurs bien vécu la période du confinement, sont davantage dans une situation d’angoisse à l’heure du déconfinement.


Pour eux, c’est plein de nouvelles situations à réapprendre. Comment vais-je interagir avec les autres ? Comment cela va se passer dans les commerces ? etc. Ceux-là tentent de limiter les déplacements, ou de respecter encore davantage les gestes barrières. Mais globalement, la majorité s’est bien adaptée à cette néonormalité avec piqûres de rappel (masques, gel…). En Occident, on a une mémoire des épidémies qui est relativement faible. Et à partir du moment où les commerces non essentiels ont commencé à rouvrir, puis maintenant les bars et restaurants, on a même assez vite assisté à une forme de relâchement dans les gestes barrières.

Que ne fait-on pas ou plus ?

Ce qui est le plus structurant dans le quotidien, c’est à la fois le travail et l’école qui rythment toutes les routines des Français. Tant que l’école n’est pas revenue à la normale et pareil pour le travail, les individus se rendent bien compte que nous sommes dans une période transitoire. De façon plus générale, il y a un grand bouleversement des rites de salutation : la bise, les accolades, ou les poignées de main. Quand le degré de proximité est très important avec les individus, ces rites commencent à revenir mais pas de façon systématique. Quand le degré de proximité est intermédiaire, on voit apparaître un pré-rite dans l’interaction qui est une sorte de demande de consentement pour verbalement se mettre d’accord sur la manière d’avoir ou de ne pas avoir un contact physique, et se saluer.

Ce sont des conventions sociales qu’il faut réapprendre. On ne sait pas forcément comment se comporter avec ceux que l’on revoit pour la première fois depuis le confinement. Et au fond, chacun procède à une sorte de calcul du risque. Ce que l’on voit, tant dans nos interviews que nos observations de terrain, c’est que plus un individu va être éloigné, moins on le connaît, plus il va être perçu comme potentiellement dangereux.

Comment cela se passe-t-il pour ceux qui sont repartis travailler ?

Dans le cadre professionnel, les rites de salutations ont changé et nous pouvons émettre l’hypothèse que cela va durer. Dans l’histoire professionnelle, les interactions physiques, comme se faire la bise, sont très récentes : elles remontent aux années 70.
A l’ère post-MeToo, le risque pandémique va être une excuse pour faire reculer ce contact physique auquel certaines femmes se sentaient contraintes. Plus globalement, à part les collègues avec qui on est tout le temps fourré à la machine à café, les autres vont être perçus comme plus dangereux que quelqu’un de la famille.

La vie sociale devient une sorte de calcul-risque…

Exactement. C’est un gros changement car on n’avait pas ce rapport au risque en Occident. Ces rituels ordinaires sont comme un contrat social qui indique à l’autre qu’on est dans une posture bienveillante dans notre interaction avec lui. Avant, serrer la main, faire la bise, parler à un inconnu dans la rue, n’était pas potentiellement dangereux. Avec les gestes barrières et la crainte du virus, les individus sont obligés de réapprendre à faire société et de trouver un autre rituel de bonjour. Alors que c’est quelque chose que l’on fait depuis toujours.

En outre, nous vivons dans une société méditerranéenne qui est une société de contact. Quand on se parle, on peut avoir des corps qui sont assez près. Ce n’est donc pas simple. Dans les sociétés asiatiques, c’est moins compliqué : le contact physique est loin d’être systématique hors de la sphère très intime. Nos nouveaux gestes et rituels entraînent des modifications probablement temporaires, qui marquent cependant une rupture entre les anciennes habitudes et celles d’après : d’une société «sans contact» ou à l’inverse avec un «excès de contact».



mardi 23 juin 2020

INVITATION AU WEBINAR SENSE AGENCY & PPR SUR LE THEME : "SOCIETY CHANGE" - 2 JUILLET 2020 - 16h30



            WEBINAR "SOCIETY CHANGE"    

                        2 JUILLET à 16H30


PPR, agence de communication du groupe WPP, et Sense Agency, agence conseil en prospective, vous donnent rendez-vous 

le 2 juillet à 16h30, 

sur la thématique de l’accélération du changement sociétal et de ses effets sur la communication des entreprises et des marques.

L’urgence économique de la relance est là, tout autant que la nécessité d’une projection de long terme. De nouveaux propulseurs pour un re-décollage seront cruciaux et vitaux pour les filières, les entreprises, les marques, l’économie toute entière.

Plus que jamais, les stratégies de communication sociétales seront clés.
Elles reposeront sur l’adaptation, l’innovation, l’anticipation.

À l’image d’une nouvelle fusée et de son compte-à-rebours imminent, nous avons bâti pour cela : « Society Change ».

S’adressant aux comités de direction, directions marketing communication et directions de l’innovation, Society Change est destiné à créer des forces dynamiques, donner les moyens d’inventer et de construire de nouvelles destinations économiques et sociétales.

En  présence de :

Christophe Bourseiller, écrivain, journaliste, historien, spécialiste des signaux faibles et extrêmes

Jean-Michel Dardour, chief inspiration officer, DG, Sense Agency

Fanny Parise, anthropologue spécialisée dans l’ethno-fiction

Bruno Marion, expert des théories du chaos

Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et 
de la décision, professeur émérite de la Sorbonne

Benjamin Louvet, économiste, expert des enjeux énergétiques

Frédérique Lenglen et Marie-Laurence Augé,
co-dirigeantes, Agence PPR, Groupe WPP

ANDRE COMTE-SPONVILLE : SENS DU TRAVAIL, BONHEUR ET MOTIVATION



André COMTE SPONVILLE, philosophe et écrivain, intervient sur le bonheur au travail.

samedi 20 juin 2020

Jacques Attali pour Euler Hermes

Pour son client Euler Hermes, Sense Agency, agence de conseil en Prospective, a invité Jacques Attali à penser le monde de demain. Dans son dernier ouvrage, écrit pendant le confinement,  l’essayiste estime qu’il s’agit de passer de « l’économie de la survie à l’économie de la vie ».


vendredi 19 juin 2020

Yann-Maël Larher : L’entreprise ne doit plus être vue comme une pyramide mais un réseau social


TRIBUNE. Par Yann-Maël Larher, avocat et cofondateur de okaydoc.fr


L’entreprise ne doit plus être considérée comme une pyramide mais comme un réseau social. 



Parfois réticents au "travail à domicile" de nombreux dirigeants et salariés envisagent désormais la normalisation de cette pratique. Pour assurer sa pérennité dans le temps, il faudra néanmoins changer radicalement les méthodes de management avec moins de logique hiérarchique, plus d'autonomie et de nouveaux espaces d’échanges informels. Le management vertical détruit les bienfaits du télétravail ! 
  
Le télétravail a été mis en place dans l’urgence dans beaucoup d’entreprises. Malgré une demande croissante, le télétravail reste « contre-culturel » car notre droit du travail a été conçu pour encadrer le travail des usines. Beaucoup de salariés se sentent obligés de prouver qu’ils travaillent à distance et sur-compensent leur absence physique. Pour ne manquer aucun message, certains salariés n’osent plus s’éloigner de leur écran quand d’autres se manifestent en envoyant toujours plus de mails. Quant aux managers ils multiplient parfois le micro management à travers des confcall et autres visioconférences pour s’assurer del’avancement du travail. 
  
Le problème c’est que quand les salariés ne sont pas en visio-conférences, ils doivent préparer la présentation Powerpoint du lendemain et répondre aux mails non lus du jour, ce qui ne contribue finalement pas beaucoup à la productivité. C’est un cycle infernal qui s’auto-alimente. Le risque c’est de créer une surcharge artificielle de travail. Dans cette configuration le télétravail est épuisant, car il n’y a plus de place pour les relations informelles et les salariés sont en permanence sur le qui-vive alors qu’ils devraient au contraire se sentir délivrés de l’espace-temps imposé par le bureau.


LES MANAGERS PLUS QUE JAMAIS EN 1ÈRE LIGNE

Il faut réfléchir à un profond changement de la façon de travailler et de manager les organisations en développant les capacités managériales à distance. Trop souvent les managers se sentent eux mêmes obligés de ponctuer la journée de travail à distance de leurs collaborateurs par une multitudes de réunions virtuelles, autant pour se rassurer de leur capacité de contrôle que pour justifier leur position hiérarchique. 
  
Or l’entreprise ne doit plus être considérée comme une pyramide mais comme un réseau social. Le manager doit être celui quelqu’un qui est capable d’inspirer ses équipes, d’inspirer des solutions et de faciliter les connections entre les personnes. C’est lui qui encourage son équipe à la manière d’un community manager.


DES NOUVEAUX LIENS SOCIAUX DANS L’ENTREPRISE

Une meilleure utilisation des réseaux sociaux d’entreprise pourrait permettre de créer du lien entre les membres d’une équipe dispersée. Mais là encore, il faut revoir les fondamentaux de l’entreprise. Dans un réseau social, tout le monde peut échanger avec n'importe qui, quelque soit son entité et son niveau hiérarchique. Tout salarié devrait ainsi pouvoir s’exprimer sur un sujet, créer une communauté professionnelle et commenter en interne les informations qui sont publiées dans l’entreprise. 
  
L’esprit d’appartenance à l’entreprise serait ainsi facilité et la prise de décision du dirigeant pourrait être augmentée par le collectif. Comme la machine à café, le réseau social interne deviendrait ainsi un espace d’échange spontanés et informels ce dont l’email n’est pas capable.


DES SÉMINAIRES PLUS RÉGULIERS ET MOINS GADGETS

Dans une organisation en réseau, la distance ne favorise pas l’intégration dans une équipe. Alors que Facebook travaille avec Oculus for Business  sur l'utilisation de la réalité virtuelle pour animer des formations ou des réunions, les séminaires d’entreprises devraient continuer à prospérer.  
  
En effet, en attendant qu’il soit possible de se réunir dans une cafétéria virtuelle, il est important d'organiser la socialité autour du travail. Il est ainsi primordiale de veiller à ce que les nouveaux membres soient bien intégrés et que les salariés qui travaillent le plus souvent ensemble connaissent les modes de fonctionnement des uns et des autres. Pour ce faire, des réunions physiques spécialement dédiées à la collaboration sont indispensables.


UNE ORGANISATION QUI S’ADAPTE AUX INDIVIDUS

Le travail à distance repose sur l’autodiscipline personnelle et la gestion des priorités avec pour objectif l’évaluation des finalités et des résultats. Dans ce modèle, il faut prendre en compte les besoins d’organisation des uns et des autres. Il y a des secteurs dans lesquels certains types d’organisations ne peuvent pas marcher. 
  
En fonction de certaines paramètres (personnalités des membres de l’équipe, secteur, etc.), il convient de s’adapter et de prendre le meilleur de chaque modèle existant à ce jour. Il n’y a pas donc pas un modèle idéal mais une multitude d’organisations et de règles collectives possibles. 
  
Ce qui est certain c’est que lesmanagers de demain doivent apprendre à écouter leurs 
équipes, à être moins un centre de contrôle et plus un centre de ressources pour des salariés qui doivent apprendre à gérer un nouvel espace-temps et à se faire confiance.

jeudi 18 juin 2020

Charles Pépin : « Repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union »


Interview de Charles Pépin : « Repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union » 


Pour le philosophe et romancier Charles Pépin, c'est possible. Il faut repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union. Pour peu que nous en ayons l'envie.


La crise que nous traversons peut-elle redonner de la force et du sens à l'idée du collectif ?

Charles Pépin : À cette question, on peut apporter deux réponses. L'une, progressiste et d'une certaine manière chrétienne, qui ferait de cette crise une opportunité à saisir pour construire un destin collectif. L'autre, plus tragique, puisant dans la Grèce pré-platonicienne, qui voudrait que tout revienne toujours et que nous soyons prisonniers d'un mouvement cyclique indépassable, sans perspective de progrès.
Personnellement, je suis partagé entre ces deux lectures. J'ai « envie d'y croire », mais je ne peux que constater qu'à bien des égards, le monde demeure régi par l'individualisme. Nous sommes d'ailleurs tous sans doute un peu tiraillés par cette hésitation. Les réseaux sociaux eux-mêmes ne reflètent pas autre chose : d'un côté une prise de conscience de la nécessité de penser et d'agir ensemble, de l'autre la permanence d'attitudes et de comportements individualistes et narcissiques.

Qu'est-ce que nous apprennent l'ampleur et le caractère inédit de cette crise ?

C.P. : En 1918, la grippe espagnole avait mis deux ans pour atteindre une partie de l'Europe. Aujourd'hui, une soupe au pangolin avalée à Wuhan impacte le monde entier en quelques semaines. Pour autant, l'Histoire nous montre que les grands virages anthropologiques n'ont jamais été le fait de pandémies, si importantes fussent-elles, mais plutôt de révolutions scientifiques et industrielles.
Je pense comme le philosophe François Jullien que les transformations humaines sont silencieuses, qu'elles s'opèrent par sédimentation plus que par des bouleversements radicaux. En philosophie, une crise est définie comme une déchirure dans le réel, qui nous permet d'en comprendre les ressorts. La crise des subprimes, par exemple, a mis en lumière l'existence et les travers de la sur-financiarisation de l'économie. Certes, celle-ci n'en a pas véritablement été transformée. Mais le système de régulation de la finance a été renforcé. La crise du Covid-19, a fortiori parce qu'elle est d'une ampleur inédite, aura des effets.

Quel peut être ici l'apport de la philosophie ?

C.P : La philosophie peut faire pencher la balance du côté de l'affirmation collective en aidant à penser le collectif autrement. C'est-à-dire, non comme le résultat arithmétique d'une addition, en l'occurrence d'une addition des individus, mais comme l'expression d'une mystique de l'être ensemble. Je parle de mystique parce qu'il y a une part de mystère dans cette idée d'ensemble qui dépasserait la stricte addition des parties, d'aventure collective vers un destin commun.

Cette aventure collective peut-elle prendre corps à l'échelle de l'entreprise ?

C.P. : Rousseau disait que l'être ensemble idéal n'est pas une agrégation mais une union. L'agrégation étant imposée de l'extérieur, l'union de l'intérieur. Dans une entreprise, le collectif est d'abord le fait d'une agrégation, c'est un artifice d'organisation. Mais il peut devenir union, pour peu que les individus, les salariés, en aient l'envie. Exactement comme en République, les citoyens peuvent faire valoir leur envie de vivre ensemble.
Cette crise, durant laquelle nous avons été séparés ensemble - c'est un sacré paradoxe -, nous a aidés à prendre conscience que nous sommes fondamentalement liés par un destin commun, planétaire. Aujourd'hui, cette prise de conscience est imposée de l'extérieur, par un virus et ses dégâts sanitaires. Tout l'enjeu maintenant consiste à prendre les rênes de cette communauté d'intérêt. Mais il faut que le nous le voulions. Que nous apprenions à désirer ce qui nous a d'abord été imposé.

Qu'est-ce qui peut porter cette envie ?

C.P. : Il y a deux manières de penser le désir d'être ensemble. La première, idéaliste, consiste à prendre les choses par le dessus, au nom d'un horizon supérieur, qui peut être la survie de l'espèce, ou la transcendance de valeurs. La seconde, peut-être plus « pragmatique », aborde les choses par le dessous : Je ne suis rien dans ma seule individualité, ce qui fait ma qualité d'humain, c'est le désir des autres.
Le philosophe Alain disait : « être c'est dépendre ». Nous sommes dans une époque qui valorise l'estime de soi, la confiance en soi, l'indépendance - le monde l'entreprise est au passage très largement porteur de ce type de messages. Il y a là un vrai dévoiement sémantique. Car nous sommes fondamentalement, essentiellement dépendants. La beauté de l'existence c'est la dépendance.
Je ne suis rien dans ma seule individualité, ce qui fait ma qualité d'humain, c'est le désir des autres.