mardi 30 juin 2020

PREMIERE : Christophe Bourseiller : "Jean-Loup Dabadie s’intéressait à tout le monde"

Christophe Bourseiller : "Jean-Loup Dabadie s’intéressait à tout le monde"
le 25/05/2020 à 17:00 par Christophe Narbonne



L’acteur fétiche d’Yves Robert se souvient de Jean-Loup Dabadie, qui lui a écrit quatre rôles.

Christophe Bourseiller

Auteur, enseignant et journaliste, Christophe Bourseiller a eu mille vies. Il fut notamment activement acteur pendant vingt ans. De sa carrière de saltimbanque, on retient notamment Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis d’Yves Robert : son interprétation de Lucien, l’étudiant stoïquement amoureux de la femme de Jean Rochefort, reste dans toutes les mémoires. Un rôle coécrit par Robert et Jean-Loup Dabadie. Il se souvient pour nous de ce dernier.

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Jean-Loup Dabadie ?
Je suis un enfant de la balle. Petit, j’avais comme “parrain” et “marraine” officieux, Jean-Luc Godard d’un côté, Danièle Delorme de l’autre, qui était l’épouse d’Yves Robert. C’est dans la propriété d’Yves et de Danièle, le Moulin de la Guéville, située près de Rambouillet, que j’ai connu Jean-Loup, à la fin des années 60. Les circonstances de ma rencontre avec lui sont donc avant tout familiales et amicales.

Comment l’enfant que vous étiez le percevait-il ?
C’était un type extrêmement élégant et courtois. Il s’intéressait à tout le monde -je me souviens qu’il me manifestait de l’intérêt. Sa culture était immense, il avait toujours un mot sur un auteur inconnu des profanes... Pour moi, il formait un triangle avec Yves et Bertrand Poirot-Delpech. Ces trois-là partageaient le même humour et les mêmes goûts.

En 1976, vous jouez dans Un éléphant ça trompe énormément qu’il a co-écrit avec Yves Robert.
À l’époque, j’étais un jeune gauchiste un peu sentencieux. En m’observant, Yves et Jean-Loup ont eu l’idée de m’écrire un rôle sur mesure sans me le dire. Lucien, c’était moi ! Par des indiscrétions, j’ai appris ce qu’ils tramaient et me suis rendu dans les bureaux parisiens d’Yves, rue Marignan. J’ai été impressionné par la méticulosité avec laquelle ils travaillaient, on aurait dit des profilers qui affichaient leurs réflexions sur les personnages sur un grand tableau punaisé de partout... Yves et Jean-Loup incarnaient sur ce point un peu l’envers de la Nouvelle Vague que j’avais bien connue avec Godard. Un dialogue de Jean-Loup, il fallait le dire à la virgule près ! Pas question d’improviser. C’était l’homme de la formule choc.

Dabadie venait-il souvent sur le tournage ?
Jamais. Il devait considérer que sa tâche était terminée. Je crois qu’il aurait aimé réaliser mais qu’il n’a pas osé franchir le pas. Lorsque j’ai tourné Clara et les chics types en 1980, il était question que Jean-Loup, qui l’avait écrit, le réalisât. Il a finalement décliné pour des raisons qui lui appartiennent et la Gaumont a confié le film à un très bon technicien issu de la pub, Jacques Monnet.

Vous avez à l’arrivée joué dans quatre films écrits par Dabadie : le dyptique d’Yves Robert, Courage fuyons et Clara et les chics types. 
Oui, et à chaque fois c’était un peu moi, le type avec cette présence un peu lunaire à laquelle Jean-Loup tenait manifestement. Dans Courage fuyons, mon personnage s’appelait carrément Christophe, il n’y avait plus aucune ambiguïté ! (rires)

Dominique DESJEUX, anthropologue, sociologue et professeur émérite à l'Université de Paris, nous parle de La Note Globale.

Dominique DESJEUX, anthropologue, sociologue et professeur émérite à l'Université de Paris, nous parle de La Note Globale.





https://youtu.be/T0YltP-OnDU

CBNEWS : PPR crée "Society Change" avec Sense Agency



PPR crée "Society Change" avec Sense Agency



Amelle Nebia - 29 juin 2020 - CBnews
 


L’agence PPR (groupe WPP) renforce son approche stratégique avec Society Change. Une offre pour les directions générales, marketing-communication, innovation et prospective qui ont besoin "de s’adapter, d’anticiper et de générer de
nouvelles idées, en particulier dans la relance post-Covid 19". 

Une sorte de fusée pour impulser de nouvelles stratégies" précise un communiqué. L'offre associe des expertises marque et communication à des experts sociologues, anthropologues, spécialiste des signaux extrêmes et émergents, des théories du chaos ou encore de l’éthno-fiction. PPR et Sense Agency, agence conseil en prospective dirigé par Jean-Michel Dardour se sont associées pour l’occasion. 

Parmi eux, Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne, Bruno Marion, expert des théories du chaos, Christophe
 Bourseiller, écrivain, historien, journaliste, Benjamin Louvet, économiste, spécialiste des matières premières et des enjeux énergétiques, Fanny Parise, anthropologue, experte des nouveaux imaginaires de consommation et de l’ethno-fiction.


La fusée “Society Change” sera dotée de trois étages, des offres indépendantes : 

"Observation" basée sur quatre échelles d’observation pour une analyse rapide et évolutive des changements pour nourrir et faciliter les prises de décision,
"Anticipation et vision" pour identifier des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les marges de manœuvre et les gisements d’opportunités, 
"Communications" sur les sujets clés du changement actuels et émergents tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion. 

D’autre part, PPR proposera de s’engager dans des communautés leviers de
changement de société. "Cela permettra aux entreprises de s’ouvrir et de développer de nouvelles relations avec des publics susceptibles d’infléchir ou de faire grandir leur business. PPR a notamment déjà initié une expertise de la communauté grandissante du monde du gaming"souligne Frédérique Lenglen, codirigeante de PPR.

Enfin, pour illustrer les changements de communication, PPR travaille également avec des scénaristes, des producteurs de documentaires pour de nouveaux contenus et formats de
communication sociétale, fondés sur des histoires réelles ou des histoires prospectives.
 Pour en savoir plus, PPR et Sense Agency convient le 2 juillet à 16h30 au webinar « Society Change » en présence des experts.


Contact : Jean-Michel Dardour - jmdardour@senseagency.fr

lundi 29 juin 2020

PPR & SENSE AGENCY : PROJET "SOCIETY CHANGE" - FUSEE DE RELANCE




https://pprparis.fr/society-change-2/


LE PROJET SOCIETY CHANGE DE PPR : FUSÉE DE LA RELANCE



L’agence PPR du groupe WPP, experte en communication, société et innovation, renforce son approche stratégique avec « Society Change » et se dote d’une nouvelle expertise sociétale.

« Society Change » s’adresse aux directions générales, marketing-communication, innovation et prospective qui ont besoin de s’adapter, d’anticiper et de générer de nouvelles idées, en particulier dans la relance post-Covid 19.

« Society Change est « une fusée » pour impulser de nouvelles stratégies. La société change rapidement et choisit de nouvelles trajectoires, il est donc inéluctable que les directions des entreprises s’immergent dans les transformations sociétales, adaptent leur vision et innovent » déclare Frédérique Lenglen, Co-dirigeante de PPR.

Le cœur du réacteur est conçu par PPR sur un modèle hybride et pluridisciplinaire. Il associe des expertises marque et communication à des experts sociologues, anthropologues, spécialiste des signaux extrêmes et émergents, des théories du chaos ou encore de l’ethno-fiction. PPR et Sense Agency, agence conseil en prospective dirigé par Jean-Michel Dardour se sont associées pour l’occasion.  

Parmi eux, Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne, Bruno Marion, expert des théories du chaos, Christophe Bourseiller, écrivain, historien, journaliste, Benjamin Louvet, économiste, spécialiste des matières 1ères et des enjeux énergétiques, Fanny Parise, anthropologue, experte des nouveaux imaginaires de consommation et de l’ethno-fiction.

La fusée “Society Change” sera dotée de 3 étages, des offres indépendantes :

« Observation » basée sur 4 échelles d’observation pour une analyse rapide et évolutive des changements pour nourrir et faciliter les prises de décision
« Anticipation et vision » pour identifier des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les marges de manœuvre et les gisements d’opportunités.
« Communications » dédiées à la communication sur les sujets clés du changement actuels et émergents tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion.
Pour en savoir plus, PPR et Sense Agency vous convient le 2 juillet à 16h30 au webinar « Society Change » en présence des experts *.

Premier étage de la fusée : les 4 échelles d’Observation Society Change


PPR avec Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision, professeur émérite de la Sorbonne.

La réussite de la communication sera liée à l’analyse rapide et évolutive des changements sur ces 4 échelles, pertinentes pour la prise de décision, que ce soit pour les comités de direction, les directions innovation, communication ou marketing.

Avec notamment Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et de la décision (professeur émérite de la Sorbonne), PPR mettra en place les Echelles d’observation du changement :

L’échelle microsociale (les changements d’habitude et d’usages des consommateurs)
L’échelle méso-sociale (les sphères d’influence politiques, associations, médias, dans l’impulsion du changement)
L’échelle macrosociale (l’analyse des grandes masses en mouvement de changement)
L’échelle géopolitique sociale (ce qui influence et change le marché français par rapport au marché mondial)

Deuxième étage de la fusée: les Cellules de vision et d’anticipation « Society Change »

PPR avec Sense agency, agence conseil en prospective
PPR propose aux entreprises de configurer sur-mesure leur propre cellule de vision et d’anticipation pour stimuler et nourrir les décisions innovation, business, marketing communication de manière ponctuelle ou sur une durée plus longue.

Concrètement, chaque cellule fonctionnera en écosystème dédié, composé de membres de l’entreprise, conseils PPR et experts extérieurs. La feuille de route sera l’identification des nouveaux enjeux de société, les approches de solutions, les gisements d’opportunités et de prise d’initiatives.
Les entreprises pourront décider de faire vivre leur Cellule Society Change pendant la période de relance post Covid et au-delà.

Troisième étage de la fusée : les Communications « Society Change » dédiées aux sujets clés du changement actuels et émergents

Les marques et entreprises vont être confrontées à des changements sociétaux majeurs, ce qui les amènera à définir et remplir de nouvelles missions. Quelles seront les stratégies d’adaptation pour conduire leurs communications ?

D’une part, PPR construira des programmes de communication Society Change, dédiés aux sujets clés de changement du présent et de l’avenir, tels que la santé, l’environnement, la nouvelle consommation, l’inclusion.

D’autre part, PPR proposera de s’engager dans des communautés leviers de changement de société. « Cela permettra aux entreprises de s’ouvrir et de développer de nouvelles relations avec des publics susceptibles d’infléchir ou de faire grandir leur business. PPR a notamment déjà initié une expertise de la communauté grandissante du monde du gaming » souligne Frédérique Lenglen.

Enfin, pour illustrer les changements de communication, PPR travaille également avec des scénaristes, des producteurs de documentaires pour de nouveaux contenus et formats de communication sociétale, fondés sur des histoires réelles ou des récits prospectifs.

A propos de l’agence PPR : https://pprparis.fr/

PPR, agence du groupe WPP, s’est forgée la réputation d’une agence à l’avant-garde de la communication, du marketing et de l’influence, en prise avec les changements économiques, environnementaux, sociétaux.
Pour les entreprises, les marques et les organisations – acteurs historiques avec de nouvellesconquêtes et nouveaux entrants – nous mettons en lumière les signaux faibles, les mouvements structurels, les innovations et les nouveaux usages.
Nous nous concentrons sur la dynamique et l’énergie des idées, des solutions, des faits, des preuves pour soutenir un impact positif et contributif du business. Nous soutenons toujours l’audace et ceux qui éclairent le monde !

*Pour s’inscrire : 
                            PPRParis@pprww.com
                            jmdardour@senseagency.fr

Fanny Parise : Déconfinement : «Chacun procède à une sorte de calcul du risque» -

Déconfinement : 

«Chacun procède à une sorte de calcul du risque»

Par Catherine Mallaval — 23 juin 2020 à 19:01
LIBERATION


Pour l’anthropologue Fanny Parise, les individus doivent réapprendre à vivre en société et trouver d’autres façons d’échanger en prenant en compte les gestes barrières et la peur du virus.

Déconfinement : "Chacun procède à une sorte de calcul du risque"
 
Fanny Parise


Fanny Parise, anthropologue, chercheuse associée à l’Institut lémanique de théologie pratique de l’université de Lausanne (Suisse), sonde et observe depuis le 16 mars la façon dont les individus se sont accommodés du grand chamboulement du confinement et maintenant du déconfinement. Questionnaires en ligne auprès de 6 000 personnes, entretiens poussés avec 60 d’entre eux et photoreportages avec interviews dans les espaces publics. Bilan ? Un panorama de nos vies et gestes sous pandémie.

 
La vie sociale a-t-elle vraiment repris ?

Il y a un déconfinement à deux vitesses. Pour certains, il rime avec retour à une néonormalité, alors que d’autres vivent encore dans un confinement amélioré avec une vie d’avant qui n’a pas vraiment repris. Cela dépend de l’état psychosociologique des individus, et de la façon dont les consignes gouvernementales sont réinterprétées par chacun, ce qui était déjà le cas durant le confinement. Certains sont plus ou moins stressés par la maladie, plus ou moins à l’aise avec le contact physique et ont plus ou moins besoin d’interactions sociales. Les plus angoissés, les plus introvertis, dont certains ont d’ailleurs bien vécu la période du confinement, sont davantage dans une situation d’angoisse à l’heure du déconfinement.


Pour eux, c’est plein de nouvelles situations à réapprendre. Comment vais-je interagir avec les autres ? Comment cela va se passer dans les commerces ? etc. Ceux-là tentent de limiter les déplacements, ou de respecter encore davantage les gestes barrières. Mais globalement, la majorité s’est bien adaptée à cette néonormalité avec piqûres de rappel (masques, gel…). En Occident, on a une mémoire des épidémies qui est relativement faible. Et à partir du moment où les commerces non essentiels ont commencé à rouvrir, puis maintenant les bars et restaurants, on a même assez vite assisté à une forme de relâchement dans les gestes barrières.

Que ne fait-on pas ou plus ?

Ce qui est le plus structurant dans le quotidien, c’est à la fois le travail et l’école qui rythment toutes les routines des Français. Tant que l’école n’est pas revenue à la normale et pareil pour le travail, les individus se rendent bien compte que nous sommes dans une période transitoire. De façon plus générale, il y a un grand bouleversement des rites de salutation : la bise, les accolades, ou les poignées de main. Quand le degré de proximité est très important avec les individus, ces rites commencent à revenir mais pas de façon systématique. Quand le degré de proximité est intermédiaire, on voit apparaître un pré-rite dans l’interaction qui est une sorte de demande de consentement pour verbalement se mettre d’accord sur la manière d’avoir ou de ne pas avoir un contact physique, et se saluer.

Ce sont des conventions sociales qu’il faut réapprendre. On ne sait pas forcément comment se comporter avec ceux que l’on revoit pour la première fois depuis le confinement. Et au fond, chacun procède à une sorte de calcul du risque. Ce que l’on voit, tant dans nos interviews que nos observations de terrain, c’est que plus un individu va être éloigné, moins on le connaît, plus il va être perçu comme potentiellement dangereux.

Comment cela se passe-t-il pour ceux qui sont repartis travailler ?

Dans le cadre professionnel, les rites de salutations ont changé et nous pouvons émettre l’hypothèse que cela va durer. Dans l’histoire professionnelle, les interactions physiques, comme se faire la bise, sont très récentes : elles remontent aux années 70.
A l’ère post-MeToo, le risque pandémique va être une excuse pour faire reculer ce contact physique auquel certaines femmes se sentaient contraintes. Plus globalement, à part les collègues avec qui on est tout le temps fourré à la machine à café, les autres vont être perçus comme plus dangereux que quelqu’un de la famille.

La vie sociale devient une sorte de calcul-risque…

Exactement. C’est un gros changement car on n’avait pas ce rapport au risque en Occident. Ces rituels ordinaires sont comme un contrat social qui indique à l’autre qu’on est dans une posture bienveillante dans notre interaction avec lui. Avant, serrer la main, faire la bise, parler à un inconnu dans la rue, n’était pas potentiellement dangereux. Avec les gestes barrières et la crainte du virus, les individus sont obligés de réapprendre à faire société et de trouver un autre rituel de bonjour. Alors que c’est quelque chose que l’on fait depuis toujours.

En outre, nous vivons dans une société méditerranéenne qui est une société de contact. Quand on se parle, on peut avoir des corps qui sont assez près. Ce n’est donc pas simple. Dans les sociétés asiatiques, c’est moins compliqué : le contact physique est loin d’être systématique hors de la sphère très intime. Nos nouveaux gestes et rituels entraînent des modifications probablement temporaires, qui marquent cependant une rupture entre les anciennes habitudes et celles d’après : d’une société «sans contact» ou à l’inverse avec un «excès de contact».



mardi 23 juin 2020

INVITATION AU WEBINAR SENSE AGENCY & PPR SUR LE THEME : "SOCIETY CHANGE" - 2 JUILLET 2020 - 16h30



            WEBINAR "SOCIETY CHANGE"    

                        2 JUILLET à 16H30


PPR, agence de communication du groupe WPP, et Sense Agency, agence conseil en prospective, vous donnent rendez-vous 

le 2 juillet à 16h30, 

sur la thématique de l’accélération du changement sociétal et de ses effets sur la communication des entreprises et des marques.

L’urgence économique de la relance est là, tout autant que la nécessité d’une projection de long terme. De nouveaux propulseurs pour un re-décollage seront cruciaux et vitaux pour les filières, les entreprises, les marques, l’économie toute entière.

Plus que jamais, les stratégies de communication sociétales seront clés.
Elles reposeront sur l’adaptation, l’innovation, l’anticipation.

À l’image d’une nouvelle fusée et de son compte-à-rebours imminent, nous avons bâti pour cela : « Society Change ».

S’adressant aux comités de direction, directions marketing communication et directions de l’innovation, Society Change est destiné à créer des forces dynamiques, donner les moyens d’inventer et de construire de nouvelles destinations économiques et sociétales.

En  présence de :

Christophe Bourseiller, écrivain, journaliste, historien, spécialiste des signaux faibles et extrêmes

Jean-Michel Dardour, chief inspiration officer, DG, Sense Agency

Fanny Parise, anthropologue spécialisée dans l’ethno-fiction

Bruno Marion, expert des théories du chaos

Dominique Desjeux, anthropologue de la consommation et 
de la décision, professeur émérite de la Sorbonne

Benjamin Louvet, économiste, expert des enjeux énergétiques

Frédérique Lenglen et Marie-Laurence Augé,
co-dirigeantes, Agence PPR, Groupe WPP

ANDRE COMTE-SPONVILLE : SENS DU TRAVAIL, BONHEUR ET MOTIVATION



André COMTE SPONVILLE, philosophe et écrivain, intervient sur le bonheur au travail.

samedi 20 juin 2020

Jacques Attali pour Euler Hermes

Pour son client Euler Hermes, Sense Agency, agence de conseil en Prospective, a invité Jacques Attali à penser le monde de demain. Dans son dernier ouvrage, écrit pendant le confinement,  l’essayiste estime qu’il s’agit de passer de « l’économie de la survie à l’économie de la vie ».


vendredi 19 juin 2020

Yann-Maël Larher : L’entreprise ne doit plus être vue comme une pyramide mais un réseau social


TRIBUNE. Par Yann-Maël Larher, avocat et cofondateur de okaydoc.fr


L’entreprise ne doit plus être considérée comme une pyramide mais comme un réseau social. 



Parfois réticents au "travail à domicile" de nombreux dirigeants et salariés envisagent désormais la normalisation de cette pratique. Pour assurer sa pérennité dans le temps, il faudra néanmoins changer radicalement les méthodes de management avec moins de logique hiérarchique, plus d'autonomie et de nouveaux espaces d’échanges informels. Le management vertical détruit les bienfaits du télétravail ! 
  
Le télétravail a été mis en place dans l’urgence dans beaucoup d’entreprises. Malgré une demande croissante, le télétravail reste « contre-culturel » car notre droit du travail a été conçu pour encadrer le travail des usines. Beaucoup de salariés se sentent obligés de prouver qu’ils travaillent à distance et sur-compensent leur absence physique. Pour ne manquer aucun message, certains salariés n’osent plus s’éloigner de leur écran quand d’autres se manifestent en envoyant toujours plus de mails. Quant aux managers ils multiplient parfois le micro management à travers des confcall et autres visioconférences pour s’assurer del’avancement du travail. 
  
Le problème c’est que quand les salariés ne sont pas en visio-conférences, ils doivent préparer la présentation Powerpoint du lendemain et répondre aux mails non lus du jour, ce qui ne contribue finalement pas beaucoup à la productivité. C’est un cycle infernal qui s’auto-alimente. Le risque c’est de créer une surcharge artificielle de travail. Dans cette configuration le télétravail est épuisant, car il n’y a plus de place pour les relations informelles et les salariés sont en permanence sur le qui-vive alors qu’ils devraient au contraire se sentir délivrés de l’espace-temps imposé par le bureau.


LES MANAGERS PLUS QUE JAMAIS EN 1ÈRE LIGNE

Il faut réfléchir à un profond changement de la façon de travailler et de manager les organisations en développant les capacités managériales à distance. Trop souvent les managers se sentent eux mêmes obligés de ponctuer la journée de travail à distance de leurs collaborateurs par une multitudes de réunions virtuelles, autant pour se rassurer de leur capacité de contrôle que pour justifier leur position hiérarchique. 
  
Or l’entreprise ne doit plus être considérée comme une pyramide mais comme un réseau social. Le manager doit être celui quelqu’un qui est capable d’inspirer ses équipes, d’inspirer des solutions et de faciliter les connections entre les personnes. C’est lui qui encourage son équipe à la manière d’un community manager.


DES NOUVEAUX LIENS SOCIAUX DANS L’ENTREPRISE

Une meilleure utilisation des réseaux sociaux d’entreprise pourrait permettre de créer du lien entre les membres d’une équipe dispersée. Mais là encore, il faut revoir les fondamentaux de l’entreprise. Dans un réseau social, tout le monde peut échanger avec n'importe qui, quelque soit son entité et son niveau hiérarchique. Tout salarié devrait ainsi pouvoir s’exprimer sur un sujet, créer une communauté professionnelle et commenter en interne les informations qui sont publiées dans l’entreprise. 
  
L’esprit d’appartenance à l’entreprise serait ainsi facilité et la prise de décision du dirigeant pourrait être augmentée par le collectif. Comme la machine à café, le réseau social interne deviendrait ainsi un espace d’échange spontanés et informels ce dont l’email n’est pas capable.


DES SÉMINAIRES PLUS RÉGULIERS ET MOINS GADGETS

Dans une organisation en réseau, la distance ne favorise pas l’intégration dans une équipe. Alors que Facebook travaille avec Oculus for Business  sur l'utilisation de la réalité virtuelle pour animer des formations ou des réunions, les séminaires d’entreprises devraient continuer à prospérer.  
  
En effet, en attendant qu’il soit possible de se réunir dans une cafétéria virtuelle, il est important d'organiser la socialité autour du travail. Il est ainsi primordiale de veiller à ce que les nouveaux membres soient bien intégrés et que les salariés qui travaillent le plus souvent ensemble connaissent les modes de fonctionnement des uns et des autres. Pour ce faire, des réunions physiques spécialement dédiées à la collaboration sont indispensables.


UNE ORGANISATION QUI S’ADAPTE AUX INDIVIDUS

Le travail à distance repose sur l’autodiscipline personnelle et la gestion des priorités avec pour objectif l’évaluation des finalités et des résultats. Dans ce modèle, il faut prendre en compte les besoins d’organisation des uns et des autres. Il y a des secteurs dans lesquels certains types d’organisations ne peuvent pas marcher. 
  
En fonction de certaines paramètres (personnalités des membres de l’équipe, secteur, etc.), il convient de s’adapter et de prendre le meilleur de chaque modèle existant à ce jour. Il n’y a pas donc pas un modèle idéal mais une multitude d’organisations et de règles collectives possibles. 
  
Ce qui est certain c’est que lesmanagers de demain doivent apprendre à écouter leurs 
équipes, à être moins un centre de contrôle et plus un centre de ressources pour des salariés qui doivent apprendre à gérer un nouvel espace-temps et à se faire confiance.

jeudi 18 juin 2020

Charles Pépin : « Repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union »


Interview de Charles Pépin : « Repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union » 


Pour le philosophe et romancier Charles Pépin, c'est possible. Il faut repenser le collectif, non comme une addition, mais comme une union. Pour peu que nous en ayons l'envie.


La crise que nous traversons peut-elle redonner de la force et du sens à l'idée du collectif ?

Charles Pépin : À cette question, on peut apporter deux réponses. L'une, progressiste et d'une certaine manière chrétienne, qui ferait de cette crise une opportunité à saisir pour construire un destin collectif. L'autre, plus tragique, puisant dans la Grèce pré-platonicienne, qui voudrait que tout revienne toujours et que nous soyons prisonniers d'un mouvement cyclique indépassable, sans perspective de progrès.
Personnellement, je suis partagé entre ces deux lectures. J'ai « envie d'y croire », mais je ne peux que constater qu'à bien des égards, le monde demeure régi par l'individualisme. Nous sommes d'ailleurs tous sans doute un peu tiraillés par cette hésitation. Les réseaux sociaux eux-mêmes ne reflètent pas autre chose : d'un côté une prise de conscience de la nécessité de penser et d'agir ensemble, de l'autre la permanence d'attitudes et de comportements individualistes et narcissiques.

Qu'est-ce que nous apprennent l'ampleur et le caractère inédit de cette crise ?

C.P. : En 1918, la grippe espagnole avait mis deux ans pour atteindre une partie de l'Europe. Aujourd'hui, une soupe au pangolin avalée à Wuhan impacte le monde entier en quelques semaines. Pour autant, l'Histoire nous montre que les grands virages anthropologiques n'ont jamais été le fait de pandémies, si importantes fussent-elles, mais plutôt de révolutions scientifiques et industrielles.
Je pense comme le philosophe François Jullien que les transformations humaines sont silencieuses, qu'elles s'opèrent par sédimentation plus que par des bouleversements radicaux. En philosophie, une crise est définie comme une déchirure dans le réel, qui nous permet d'en comprendre les ressorts. La crise des subprimes, par exemple, a mis en lumière l'existence et les travers de la sur-financiarisation de l'économie. Certes, celle-ci n'en a pas véritablement été transformée. Mais le système de régulation de la finance a été renforcé. La crise du Covid-19, a fortiori parce qu'elle est d'une ampleur inédite, aura des effets.

Quel peut être ici l'apport de la philosophie ?

C.P : La philosophie peut faire pencher la balance du côté de l'affirmation collective en aidant à penser le collectif autrement. C'est-à-dire, non comme le résultat arithmétique d'une addition, en l'occurrence d'une addition des individus, mais comme l'expression d'une mystique de l'être ensemble. Je parle de mystique parce qu'il y a une part de mystère dans cette idée d'ensemble qui dépasserait la stricte addition des parties, d'aventure collective vers un destin commun.

Cette aventure collective peut-elle prendre corps à l'échelle de l'entreprise ?

C.P. : Rousseau disait que l'être ensemble idéal n'est pas une agrégation mais une union. L'agrégation étant imposée de l'extérieur, l'union de l'intérieur. Dans une entreprise, le collectif est d'abord le fait d'une agrégation, c'est un artifice d'organisation. Mais il peut devenir union, pour peu que les individus, les salariés, en aient l'envie. Exactement comme en République, les citoyens peuvent faire valoir leur envie de vivre ensemble.
Cette crise, durant laquelle nous avons été séparés ensemble - c'est un sacré paradoxe -, nous a aidés à prendre conscience que nous sommes fondamentalement liés par un destin commun, planétaire. Aujourd'hui, cette prise de conscience est imposée de l'extérieur, par un virus et ses dégâts sanitaires. Tout l'enjeu maintenant consiste à prendre les rênes de cette communauté d'intérêt. Mais il faut que le nous le voulions. Que nous apprenions à désirer ce qui nous a d'abord été imposé.

Qu'est-ce qui peut porter cette envie ?

C.P. : Il y a deux manières de penser le désir d'être ensemble. La première, idéaliste, consiste à prendre les choses par le dessus, au nom d'un horizon supérieur, qui peut être la survie de l'espèce, ou la transcendance de valeurs. La seconde, peut-être plus « pragmatique », aborde les choses par le dessous : Je ne suis rien dans ma seule individualité, ce qui fait ma qualité d'humain, c'est le désir des autres.
Le philosophe Alain disait : « être c'est dépendre ». Nous sommes dans une époque qui valorise l'estime de soi, la confiance en soi, l'indépendance - le monde l'entreprise est au passage très largement porteur de ce type de messages. Il y a là un vrai dévoiement sémantique. Car nous sommes fondamentalement, essentiellement dépendants. La beauté de l'existence c'est la dépendance.
Je ne suis rien dans ma seule individualité, ce qui fait ma qualité d'humain, c'est le désir des autres.

IDRISS ABERKANE : POESIE "I"





Il s'agit d'un essai sur la vie de la littérature. L'auteur affirme que la littérature, à l'image de la vie biologique a, en elle un système de vie qui lui est propre et qui est constamment aussi en mouvement. Ballade composée de théories et de poésies, certains passages sembleront parfois énigmatiques, troublants, d'autres limpides et vivifiants. Et aussi déroutants qu'ils puissent paraître, ils ne le sont pas plus que les évènements de la vie que nous vivons. Pense t-on à respirer avant de le faire ? Ou bien simplement nous respirons ? Alors pourquoi devrait-on penser avant de lire ? l'invite est simple : lisons !

LE JOURNAL DE L'ECO : LE LEADERSHIP VU PAR CHRISTIAN MONJOU

Christian Monjou, directeur scientifique d’Océanides, a livré le 15 juin dernier aux dirigeants du club APM Auvergne Nouveau Monde les fondements d’un leadership performant tout en faisant grandir ses collaborateurs pour révéler des talents et stimuler les équipes. Communication, organisation, compromis, intelligences intellectuelle et émotionnelle figurent parmi les pré-requis. Explications.

LE LEADERSHIP, ENTRE POUVOIR, AUTORITE ET LEGITIMITE





Lire, relier et donner du sens

Le leader est celui qui est décrypté. Ceci signifie que le leader encode un système de signes mais n’est jamais maître du décodage. Les collaborateurs attendent du leader qu’il donne du sens qu’il encode et qu’ils décodent. Mais ce décodage non maîtrisé est une souffrance pour le leader car c’est une trahison qui lui fait comprendre qu’il n’y a pas de leadership sans profonde souffrance.
La capacité managériale du leader est de pouvoir lire les événements pour les relier et leurs donner un sens. Pour s’adapter en permanence aux évolutions de son environnement, le leader doit relancer sans cesse sa capacité créatrice et éviter de se répéter. Il doit avoir le courage de briser volontairement son style et son modèle, comme Picasso, pour se renouveler. C’est pourquoi  un grand dirigeant vit toujours avec une légère inquiétude.

Le leader doit se laisse surprendre par ses collaborateurs parce qu’une équipe ne peut se risquer dans l’acte de création que si le regard du dirigeant ne l’enferme pas dans une image figée. En ce sens le leader est un être de regard. Sa légitimité se lit dans le regard de celles et ceux dont il porte le souci et se traduit en retour par leur loyauté, leurmotivation et leur engagement.

Gérer l’image du pouvoir

Un dirigeant a besoin de gérer l’image du pouvoir, notamment par la conformité d’une certaine attitude avec les attentes de ses collaborateurs. Cette maîtrise de l’image par la mise en conformité permet aux collaborateurs de réagir de façon appropriée aux situations.
Le pouvoir a des attributs dont le leader doit être conscient. Un pouvoir qui peut se passer d’attribut est un pouvoir très fort. Conscient de ses faiblesses, il lui faut soigner les attributs et instaurer des rituels. Les rituels font partie des attributs et il appartient au leader de les maintenir et de les faire évoluer. Pour ce faire, le leader cultive un strabisme divergeant en regardant vers l’extérieur et un strabisme convergent qui regarde vers l’intérieur.

La discordance entre corps public et un corps privé du leader est interprétée comme un manque d’exemplarité et atteint sa légitimité. Le leader a un visage, celui de sa personne et un masque celui de son rôle. Derrière le visage il y a la légitimité charismatique, derrière le masque il y a la légitimité institutionnelle. Le leader doit donc définir son rôle et le jouer.

Être présent et ouvert

Le leader lève pour lui-même et pour les autres la tyrannie terroriste de l’instantané en cultivant l’ouverture et la conciliation des contraires. Afin de conjurer le risque du centralisme impérial, il faut donc au pouvoir de l’hétérodoxie à côté de l’orthodoxie.
Avoir une légitimité de responsabilité, c’est avoir un positionnement conscient et choisi qui nécessite un devoir de présence, avec une part de souffrance discrète : la solitude du décideur.
Dans l’entreprise, les autres acteurs voient leurs dirigeants comme des dieux, ils ne dissocient pas les images du pouvoir et créent forcement des distorsions. Un dirigeant doit les prendre en compte et gérer ce qu’il montre à voir.

Pour assumer le pouvoir, le leader à besoin de disposer à la fois d’une légitimité institutionnelle et d’une légitimité charismatique. La première vient du passé, de l’histoire, alors que le charisme émane de sa personne.

Changer le regard sur le réel

La solution d’un problème est d’autant plus facile à trouver que l’on accepte de bouger face à la difficulté. Cette capacité du leader à se décaler se fonde dans la mobilité interne et la souplesse intellectuelle. Face à la contrainte, le leader doit se garder de deux attitudes. Renoncer à son pouvoir en étant fataliste ou ignorer délibérément les contraintes. Dans les deux cas, il n’est pas réaliste alors qu’il doit précisément être celui qui est capable de changer le regard sur le réel. Le leader sait qu’il y a des anamorphoses dans le monde et qu’il faut varier les angles à partir desquels on regarde. Pour ce faire, il recrute des gens différents et des gens créatifs qui ont un regard d’enfant.

S’entourer d’un fou du roi, un sage réaliste

Pour être légitime, conscient du monde dans lequel il est, le leader crée une vision. Avant la révolution copernicienne, l’Homme était le centre du monde. Dans la période post copernicienne, privé des anciens repères, le leader qui n’est plus au centre doit inventer un langage pour se faire comprendre. Il va lui falloir inventer collectivement dans l’entreprise qui est le lieu où l’on improvise à plusieurs.
Pour ne pas rester figé, il doit s’entourer d’un « fou du roi ». Le Fou a le pouvoir de poser et de dire, en toute impunité, le regard qu’il a de la réalité et il légitime ainsi le leader. Il empêche les conseillers-fenêtres de devenir des courtisans-miroirs et assure l’exercice d’une d’opposition. Le fou est traversé par la douleur et par l’amour pour sa communauté et son roi. Il se place du côté de la réalité, de la vérité et il lui faut du courage pour être toujours celui qui empêche un dirigeant de s’enfermer dans un rapport narcissique à lui-même.

Transformer les obstacles en opportunités

Un grand dirigeant croit au kaïros. Il est celui qui renverse l’obstacle et transforme la chance en opportunité. Il sait définir et délimiter la ligne de partage entre l’ombre et la lumière quand il a plusieurs fois traversé cette expérience de sentir où passe cette séparation entre le succès et l’échec. La grande question du dirigeant est bien celle de la connaissance de soi car il n’est pas acceptable que ses collaborateurs souffrent de son absence de lucidité sur lui-même. Il doit se méfier de la gestion de ses attributs et de la multiplication des signes comme de l’hyper sacralisation qui pourrait chercher à dissimuler la forme hasardeuse de la légitimité. C’est pourquoi il doit cultiver une exigence lucide et bienveillante et accepter la caricature qui fonde la réalité et son pouvoir.

Les fondements d’un “bon” leadership

Christian Monjou amène, avec tact et élégance, les dirigeants du club APM Auvergne Nouveau Monde à prendre conscience qu’ils ne doivent jamais perdre de vue la question essentielle de la construction constante de leur légitimité.  Pour assoir leur légitimité, il leur conseille de pratiquer la tempérance en étant maitre de leur cœur et en évitant l’orgueil, le bas et le vulgaire et les invite à développer la communication, l’organisation, l’art du compromis, la vision, l’intelligence intellectuelle et l’intelligence émotionnelle. Ils pourront ainsi exercer, faire croître et grandir leurs collaborateurs autant qu’eux-mêmes.


SOURCE : LE JOURNAL DES ECO - GILLES FLICHY - 15 JUIN 2020

Aurélie Jean : Application de traçage StopCovid, - Emission CLIQUE sur CANAL+

Aurélie Jean, docteure en sciences et entrepreneuse spécialiste des algorithmes a participé au RV quotidien "CLIQUE" sur Canal+.

A cette occasion elle intervenait sur l'application de traçage StopCovid qui est entré en vigueur le 2 juin.  Quelle place pour l'intelligence artificielle dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus ? 



"StopCovid est un sujet qui concerne la data et non les algorithmes. Ici, les datas qui sont manipulées ne vont pas être rentrées dans un algorithme pour qu'en sorte une prédiction ou une analyse. L'algorithme, lui, est destiné à donner un élément prédictif, une analyse. Là, c'est vraiment un sujet plus simple, où les "id" sont échangées entre les individus qui se trouvent à proximité les uns des autres, via le bluetooth. 

"Il  y  a un rejet épidermique ou une réaction de fantasme envers les algorithmes. En général, nous avons peur de ce que nous ne comprenons pas. Les derniers scandales autour des datas et des algorithmes ont porté les gens à se méfier de ces entités mathématiques, sans comprendre comment elles fonctionnent. Il est vrai, aussi, que les gens qui les développent ne sont pas toujours dans la transparence et ne cherchent pas à expliquer le fonctionnement des algorithmes. 

"On apprend toute sa vie. Il s'agit de comprendre comment on apprend. La méthode scientifique a une forte valeur ajoutée car elle utilise les quatre piliers fondamentaux de l'analyse et permet de développer son esprit critique. Il s'agit d'observer, d'expérimenter, de faire usage d'une certaine théorie et, enfin, de raisonner. Même si cela s'appelle la méthode scientifique, elle peut s'appliquer dans tous les domaines.

Bruno Marion : Comment je traite l’information dans un monde chaotique

Souvent après mes conférences, les participants ont la possibilité de poser des questions.

Il y a deux types de questions :

Les question posées « en public » lorsque la parole est donnée au public souvent avec un micro qui tourne dans la salle.

Les questions que l’on vient me poser « en privé » quand la conférence est terminée et que la plupart des participants quittent le lieu de la conférence. C’est aussi les questions que l’on me pose pendant le cocktail qui suit parfois la conférence

La question que l’on me pose de loin le plus dans cette deuxième catégorie, c’est : J’ai des enfants, qu’est-ce que vous me conseillez pour eux dans ce monde en pleine transformation ?

Cette question me touche tout particulièrement car, c’est un peu cela qui a déclenché mon choix il y a 20 ans de quitter mon travail bien payé et de chercher à comprendre l’incroyable transition que nous, les humains, sommes en train de traverser.

Et à cette question à laquelle souvent je dois répondre en quelques minutes à peine, mes deux principales réponses sont :

Apprenez leur à apprendre, apprenez leur à désapprendre et apprenez leur à ré-apprendre. C’est bien sûr valable aussi pour nous les grands enfants : apprenons à apprendre, apprenons à désapprendre et apprenons à ré-apprendre

Apprenez leur à traiter une information de plus en plus abondante, comment la trouver, la qualifier et l’interpréter. Et là aussi c’est valable pour les grands enfants…

(en fait j’ai une troisième réponse mais je me retiens : sortez vite vos enfants de l’école traditionnelle !)

Je voudrais partager avec vous comment je réponds moi-même à cet enjeux : Apprendre à traiter efficacement et de manière pertinente une information de plus en plus abondante. Comment la trouver, la qualifier et l’interpréter ?

Cette question me parait particulièrement essentielle lorsque vous pensez traverser personnellement ou collectivement une période de crise, une période chaotique.

Je vais partager avec vous les principes de base que j’utilise en cas de crise pour traiter l’information et prendre une décision

Comment je traite l’information d’une manière générale

Quelques réflexions sur l’information et les médias

Les médias et sources d’information que j’utilise le plus

Commençons par mes principes de base en cas de crise.. Je vais chercher l’information. Ce n’est pas l’information qui vient à moi.





Lors de l’attaque terroriste dite du Bataclan le 13 Novembre 2015, j’étais bien loin des événements dans ma maison résiliente en Ardèche. Je me souviens que ce soir là, plusieurs sources d’informations supposées fiables (l’information avait été diffusée sur Europe 1 et du coup reprise par la plupart des autres médias) indiquaient des « tirs de Kalachnikov » dans le quartier des Halles à Paris où j’ai un petit appartement et où je réside régulièrement. Cette information s’est avérée être fausse, aucun tir n’a eu lieu dans ce quartier. Je me demandais alors ce que j’aurai du faire si j’étais ce soir là à Paris. Me barricader ? Fuir au plus vite ?

 L’oeuvre de Banksy sur une porte du Bataclan après les attentats

 

Quelques semaines plus tard, j’ai eu l’occasion de déjeuner avec Patrick Lagadec, qui est à mes yeux l’un des plus grands experts de la gestion des crises. Je lui ai demandé quels étaient ses conseils dans une telle situation.

Voici sa réponse :

Préparez une liste de questions auxquelles vous aimeriez avoir des réponses (moins de 10 questions) pour prendre votre décision (dans ce cas par exemple, rester barricadé chez soi ou partir au plus vite se mettre à l’abri ailleurs ?)

Consultez un nombre limité de médias auxquels vous pouvez avoir accès pour un temps également très limité (10-30 minutes maxi selon les circonstances), pour tenter d’avoir le plus possible de réponses à ces questions

Prenez la meilleur décision en fonction de ces informations forcément limitées et insuffisantes

Exécutez la décision

Il s’agissait d’un exemple évidemment extrême… et dramatique. Il me semble toutefois tout à fait utile et inspirant dans un monde de plus en plus chaotique. J’ai utilisé cette méthode de Patrick Lagadec plusieurs fois lors de cette crise du COVID-19. Par exemple pour répondre aux questions suivantes :

Est-ce que je dois rejoindre mes proches alors que je suis en déplacement à l’étranger? 

                Et quand ?

Est-ce que je dois porter un masque pour mon voyage de retour ?

Est-ce qu’il faut prendre un traitement préventif ?

Est-ce que je dois conseiller à mes parents de rester chez eux (avant le confinement officiel) ?

Est-ce que je vais faire des courses alimentaires pendant le confinement ?

Etc.

Ainsi, comme je le décris dans cet article écrit au tout début de la crise COVID-19 en cas de crises et si je dois prendre des décisions urgentes, je continue à suivre cette approche : je prépare une liste de questions auxquelles j’aimerai avoir des réponses et je consulte un nombre limité de médias (aucun média social comme Facebook ou Twitter !) pour tenter d’avoir des réponses à ces questions. Et je prends ma décision en faisant « au mieux » en fonction des informations, que j’ai pu obtenir.

Je consulte ces médias régulièrement (tout change très vite) mais pas trop souvent pour ne pas me mettre en état d’excitation permanente et risquer de perdre ma « clarté » et capacité de jugement.

Ce qui m’amène à partager avec vous comment je traite l’information d’une manière plus générale… 

Je me protège de l’infobésité



Je limite mon exposition aux médias à 20 minutes par jour. Une seule fois par jour. Toujours après-midi. Encore moins au réveil (quand mon sens critique est encore un peu endormi…)

J’applique tout particulièrement cette règle en cas de crise, en général quand justement je suis le plus tenté de regarder beaucoup d’informations… et où au contraire je souhaite garder le plus de hauteur et de recul, ce que ne permettrai pas un flot continu d’informations (en général répétées en boucle).

Je suis absolument fasciné et horrifié par les gens qui écoutent les radios ou regardent les chaines d’information en continu. Nos seulement, cela ne respecte pas le principe précédent « je vais chercher l’information, ce n’est pas l’information qui vient à moi » mais il me semble qu’il s’agit d’une forme de lavage de cerveau (d’abrutissements ?) volontaire…

J’évite aussi les réseaux sociaux qui vont à l’encontre du principe « je vais chercher l’information. Ce n’est pas l’information qui vient à moi ».

En effet, dans le cas des réseaux sociaux, c’est leur algorithme qui choisit à ma place les informations que je peux lire. Et je ne veux pas laisser l’algorithme de Facebook ou Twitter décider pour moi ce que je dois savoir ou pas.

D’ailleurs, je n’utilise pratiquement pas Facebook ou Twitter. Je les utilise uniquement pour publier à ma communauté (merci si vous me lisez en ce moment sur Facebook !) et pour aller chercher de l’information sur des groupes soigneusement sélectionnés. Ce que vous pouvez faire en vous abonnant à ma page si ce n’est pas déjà le cas.

Je vais à la source. Je ne me fais pas un avis définitif après avoir lu 3 posts Facebook (ou même un seul comme cela semble être de plus en plus le cas…). Pour moi, aller à la source, c’est par exemple si un article parle d’une étude, de trouver et lire cette étude.

Vous n’êtes pas obligé de le faire pour tous les articles que vous lisez ! C’est une bonne idée de le faire quand vous sentez que ce que vous lisez est en train de vous faire émerger une opinion sur un sujet.

Je me souviens du débat (pardon, de la guerre de religion…) entre les supporteurs du Professeur Raoult sur le traitement du COVID et ses opposants. Dans ce cas, pour essayer de me faire un avis, j’ai entre autre lu les 62 pages du rapport de la commission sénatoriale sur le sujet et regardé 2 interviews d’une heure de Didier Raoult (ici et ici). Et j’ai fait de même avec les avis contraire.

Et j’ai conclu… que je ne pourrai pas conclure ! Que si tous ces experts dont certains me semblent sincères et bien connaître leur sujet ne peuvent pas se mettre d’accord, et bien la meilleur solution pour moi qui suis loin d’être un expert sur ces sujets était de faire preuve de patience, d’humilité, et d’attendre de nouvelles informations.

Ainsi, quand on me demande mon avis sur ce sujet, je réponds : je ne sais pas…

J’évalue la source. Aller à la source, c’est aussi vérifier et évaluer la qualité et la crédibilité de la source. Quels autres articles a écrit l’auteur ?

Il est aujourd’hui très souvent facile de trouver ce qu’un auteur a écrit dans le passé, avant la publication de l’article que je suis en train de lire.

Je trouve ainsi souvent d’autres articles que l’auteur a écrit sur des sujets que parfois je connais mieux, ou qui sont suffisamment anciens pour que je puisse évaluer leur exactitude.

Si je lis son article sur l’avenir de l’automobile et qu’il y a 3 ans il a écrit que l’avenir de l’automobile c’est le diesel, je met en doute ses capacités de futuriste… surtout s’il ne s’est pas corrigé entre temps.

Ou si dans un précédent article, l’auteur explique que la terre est plate (désolé, débunké il y a quelques centaines d’années) ou que c’est la fin du monde en 2000 ou 2012 (j’ai écrit cette article après donc a priori tout va bien) je ne prends pas en compte son point de vue dans ce nouvel article…

Et tout mail, même d’amis proches, qui commence par « regardez cette vidéo avant qu’elle soit supprimée… », « j’ai un ami médecin qui m’a dit que… », ou encore « ce que les médias ne vous disent pas… » part automatiquement dans ma corbeille.

Je lis…

J’observe chez moi et autour de moi (surtout chez les plus jeunes) la tentation de plus en plus grande de regarder des vidéos plutôt que de lire des livres ou des articles longs (de plus de 280 caractères par exemple…)

YouTube me semble rarement être une source valable pour aller en profondeur dans un domaine. Il y a beaucoup de chaines YouTube qui me semblent vraiment bien faites avec des YouTubeurs sérieux qui permettent de découvrir un sujet. Il y en a aussi beaucoup qui ne font que survoler leur sujet et dont le seul but est d’avoir le plus de vues et vendre le plus de pub…

Et puis sans y faire attention, c’est très rapidement l’algorithme de YouTube qui choisit pour vous la vidéo suivante… ce qui n’est pas compatible avec le principe précédent : « Je vais chercher l’information. Ce n’est pas l’information qui vient à moi ».

Pour vraiment apprendre et ne pas simplement survoler un sujet, développer son sens critique (par exemple faire une pause pour réfléchir), il y a un outil incroyable : le livre !

On me demande souvent comment je fais pour lire environ 100 livres par an. C’est très simple :

Je lis au moins 15 minutes chaque matin. Cela fait partie de ma routine matinale et donc vient avant le reste de la journée

Je ne regarde pas la télé, je n’écoute pas la radio et je ne vais pas sur les réseaux sociaux




Vous n’êtes pas obligé de lire autant qu’un moine futuriste. Expérimentez : essayez de lire une dizaine de livres par an si cela n’est pas déjà le cas et observez ce que cela vous a apporté dans un an.

Je lis maintenant quasi exclusivement des livres en version électronique. J’ai résisté très longtemps en refusant d’abandonner le format papier auquel j’étais attaché. Mais quand je l’ai expérimenté, deux aspects m’ont immédiatement convaincus :

Le poids gagné dans mes bagages bien sûr

Et surtout la possibilité de facilement faire des notes. Je fais ainsi des copier-coller dans Evernote (il y a des moyens beaucoup plus performant)

Cela me permet d’avoir des super notes que j’ai faites moi-même, que je relis à peu près une fois par an.

Relire ces notes est un de mes exercices préféré dans l’année. C’est jouissif, c’est comme si je donnais du concentré de savoir à mon cerveau qui adore ça !

La tyrannie de la communication

Quelques dernières réflexions…

J’avais été très marqué il y a de nombreuses années par la lecture de La Tyrannie de la communication d’Ignacio Ramonet. Une des idées que j’ai retenues c’est que l’information de qualité a forcément un coût :

Soit en terme de temps : l’information n’est pas facile à trouver, il faut du temps pour faire des recherches

Soit en terme de ressources : d’autres personnes font ces recherches pour vous, comme dans le cas d’un abonnement à un média de qualité ou l’achat d’un livre

Un autre point que j’ai retenu : tous les médias se suivent les uns les autres. Quand l’un dit quelque chose, les autres vont à peu près dire la même chose pour « rester dans la course à l’audience ».

Et enfin, les médias qui vivent de la publicité vous font lire ce que vous avez envie de lire, pour que vous continuiez à les acheter (ou à cliquer). Donc ils ne vont surtout pas chercher à faire évoluer votre point de vue : le Monde fait du « Monde », le Figaro fait du « Figaro », « Challenges » fait du Challenges, etc.

Les animateurs-journalistes de beaucoup de chaînes d’information connaissent leur audience minute par minute. Ils savent ainsi très précisément si vous avez aimé ce qu’ils ont dit ou si vous avez zappé ! Alors ils ne se risquent pas à vous bousculer pour vous faire changer d’avis…


Mes propres sources d’information

Je partage ici mes principales sources d’information (en dehors des livres qui sont de loin ma première source).

Journaux et magazines

Je suis abonné (donc je paie) aux sites di’nformation, magazine ou lettre confidentielle suivants :

The Guardian, en anglais (je paye un abonement de « soutien » de 50 EUR par an)

The Intercept, en anglais (je fais un don de 50 USD par an) Le site est fondé par certains de mes héros dans le monde journalistique dont Glen Greenwald

The Correspondent, en anglais : un journal sans news (!) et sans pub. Je paie 50 EUR par an. C’est un de mes préférés et un des projets journalistiques les plus excitants de ces dernières années

Wired, en anglais. Je suis abonné depuis les débuts

Usbek & Rika, en français

La lettre confidentielle GEAB (je paie 160 EUR par an) J’aime leur vision… parce qu’elle est souvent différente de la mienne et cela me fait donc réfléchir

Sites web

Et les sites que je zappe en moins de 10 minutes (et pour lesquels je ne suis pas abonné) :

Le Monde

Les Echos

The New York Times (pour une vision plus USA)

Fox News (ce n’est pas vraiement mon univers… et c’est important pour moi de voir ce qui se dit en dehors de ma bulle…)

The South China Morning Post (un de journaux de Hong Kong pour une vision plus asiatique)

Hoaxbuster (très utile pour vérifier si une information que vous voyez passer n’est pas un hoax ou un fake déja répertorié)

Il pourrait y en avoir bien d’autres mais comme j’ai limité ce temps à 10 minutes…