vendredi 1 mai 2020

Sylvain Tesson nous plonge dans la Pitié-Salpêtrière

Par Vincy Thomas, le 28.04.2020 à 13h54 (mis à jour le 28.04.2020 à 14h00)
CORONAVIRUS

Sylvain Tesson nous plonge dans la Pitié-Salpêtrière


L'écrivain raconte dans Le Monde son immersion dans l'un des plus grands hôpitaux européens, en pleine crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19.


Sylvain Tesson, prix Renaudot pour  La panthère des neiges (Gallimard) en novembre dernier, a écrit un long récit pour Le Monde, récit de son immersion dans les coulisses de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.


La Pitié-Salpétrière
Dans ce texte, « Avec les invisibles de la Pitié-Salpêtrière », l’écrivain commence sa visite par les jardins de cet espace grand comme 22 Stades de France. « A la Pitié (1 500 lits en temps normal), les 10 000 employés de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) exercent des métiers insoupçonnés. Tous ont été requis pour « armer des lits Covid ». Tous ne sont pas capables d’intuber un mourant. Mais tous se considèrent comme un « maillon de la chaîne du soin ». L’électricien, la lingère, le cadre administratif, la standardiste, le technicien d’équipement biomédical, l’agent de sécurité, la manipulatrice radiologique… forment une troupe dont les éléments disparates et cloisonnés se côtoyaient sans se connaître. Le virus a eu le mérite de faire sauter les cloisons. »

“ On recommence à se parler, à se féliciter, à s’encourager.
” Sylvain tesson


Face au « sentiment de la dégradation des rapports humains élémentaires », il y a  « les applaudissements du soir [...] la nouvelle liturgie laïque de la France ». « Le personnel hospitalier s’avoue sensible à l’ovation. C’est la première fois qu’on lui décoche autre chose que des récriminations », écrit-il. Et de rappeler : « A tous les étages de la Pitié, on s’extasie devant un phénomène nouveau : entre collègues, on recommence à se parler, à se féliciter, à s’encourager. On affiche sur des petits papiers les remerciements que l’on reçoit. Signe des temps : on était allés jusqu’à perdre l’habitude d’un climat humain, simple, tempéré, dans l’ordre de la charité ».

Le témoignage louangeur de Sylvain Tesson, au style mélangeant réalisme et lyrisme, souvent teinté de références liturgiques, s’étend avant tout sur le travail de cette armée des ombres qui luttent pour sauver des vies ou faire fonctionner cette énorme machinerie, tous fiers de l’appartenance au service public ; infirmiers, ouvriers, magasiniers, techniciens, médecins...

“ Seule certitude : l’hôpital français a tenu.
” Sylvain Tesson


Des zones Covid aux caissons frigorifiques, Sylvain Tesson nous invite à un voyage bienveillant et admiratif au sein de l’hôpital public. « Ici, on stocke les masques FFP2 ; ici, les gels offerts par L’Oréal ; ici, des visières fabriquées sur une imprimante 3D ; ici, des masques fournis par l’Eglise de Chine. On surveille les accès car tout ce matériel, c’est l’arme du moment », confie l’écrivain.

« La crise entraînera-t-elle les pouvoirs publics à reconsidérer les salaires ? Le professeur Combes milite déjà pour que ses infirmières-réanimatrices jouissent d’un statut spécifique. Seule certitude : l’hôpital français a tenu. S’il a tenu, c’est grâce à une troupe de soutiers inconnus. Soudain la « société du spectacle » s’est aperçue qu’il existait une force échappant au spectaculaire », affirme l’observateur.

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