jeudi 1 octobre 2020

Joel de Rosnay : Comment surmonter au mieux le nouveau confinement?


Apprendre à savourer l'instant présent, quel qu'il soit... 


BLOGUE. Et voilà, c’est reparti pour un tour! Nous voilà de nouveau en confinement, à tout le moins pour trois régions du Québec, d’autres risquant de suivre dans la foulée si jamais le nombre de nouveaux cas de COVID-19 ne cesse de croître dans les prochains jours. Il suffit de regarder autour de soi pour constater combien le coup est rude…

La question saute aux yeux: comment surmonter au mieux le nouveau confinement? Oui, comment faire pour ne pas voir son moral tomber à terre, pour vivre avec un tel stress?

La bonne nouvelle, c’est que je crois bien avoir trouvé une réponse pertinente à ce sujet. Une réponse dénichée dans un endroit improbable, à savoir dans le tout nouveau livre de Joël de Rosnay, «Petit éloge du surf» (Éditions François Bourin, 2020). C’est que le scientifique français, connu pour avoir enseigné au MIT et pour avoir signé des bestsellers comme «Le Macroscope», y parle d’un aspect méconnu de sa vie, les années 1960 où il a été l’un des pionniers du surf en France et, ce faisant, en tire des enseignements d’une troublante actualité, aujourd’hui que chacun de nous se doit de «surfer» sur la 2e vague de la pandémie du nouveau coronavirus…

«C’est en surfant les vagues les unes après les autres depuis des décennies que j’ai compris à quel point le surf est une bonne image de la vie, note Joël de Rosnay. On fait le choix d’aller dans une direction, des événements imprévus surviennent, on est obligé de bifurquer, de changer d’itinéraire, parfois de revenir sur le chemin parcouru. Le surf enseigne l’adaptation permanente, ou ce que j’appelle le déséquilibre contrôlé. Il faut avoir un cap, savoir où l’on veut aller, détecter les modifications qui interviennent, se réadapter, reprendre un nouveau cap.»

Apprendre à savourer l'instant présent, quel qu'il soit... (Photo: Jeremy Bishop pour Unsplash)  




À ses yeux, ce qu’il faut viser, c‘est «glisser sur les difficultés du monde et de la vie, se frayer un passage de manière fluide entre les obstacles, accepter le changement permanent plutôt que de se cogner à des murs».

«Comme dans le surf, il s’agit d’être à l’écoute de l’instant, de son environnement, de ses réseaux, d’évaluer en temps réel les résultats de son action, de s’adapter pour réussir à affronter les nouveaux défis d’une société de plus en plus fluide. Le but du surfeur est non seulement de conserver son équilibre tout en surveillant ceux qui sont sur la même vague que lui et risqueraient de la déstabiliser, mais aussi d’être attentif à l’éphémère et au mouvement, car lors d’une ride tout peut changer à tout moment: la vague, le vent, les récifs plus ou moins proches, la trajectoire des autres surfeurs.»

Et de résumer: «En un sens, le surf est la transposition dynamique de la vie: un modèle pour affronter la complexité du monde».

D’après Joël de Rosnay, ce parallèle est particulièrement vrai dans notre quotidien au travail…

«La glisse et la fluidité peuvent apporter un contrepoint à l’idée de hiérarchie, en particulier dans le monde de l’entreprise, indique-t-il. Habituellement, en ce domaine, tout est décidé d’avance, tout est structuré. C’est le haut qui commande le bas. Conséquence, l’information remonte difficilement dans ce type de structure, alors que dans une société fluide il peut y avoir des tourbillons ascendants, des courants et des contre-courants avec lesquels il faut négocier. (...)

«Glisser, c’est se faufiler au travers de ce qui est structuré, normé, mais aussi au travers des circonstances, des difficultés, de ce qui est imposé par la hiérarchie ou par l’environnement. Cette logique de vie venue des sports de glisse est l’occasion de sortir des schémas imposés dans notre quotidien. (...)

«Dans le monde du travail, chacun va chercher à faire valoir son bagage personnel, sa formation, ses diplômes, tout en prétendant que sa méthode est la meilleure. Imaginons que l’on réunisse, dans un projet de coopération, un polytechnicien, un biologiste, un industriel et un politicien. Si chacun s’arc-boute sur sa structure, ses titres, son étiquette, la loi du plus fort va rapidement s’imposer et l’entente risque d’être compromise; ce qui ne sera pas le cas si tous arrivent dans une démarche de souplesse et de fluidité.

«Pour comprendre une entreprise, il faut la penser comme si elle était un océan. Chaque vague représente une division de l’entreprise, qu’il faut pouvoir surfer afin de savoir ce qui s’y passe. Si on reste sur la plage, allongé sur sa serviette, on se fera simplement éclabousser par les vagues. Au contraire, si l’on surfe, on voit les autres vagues, les autres surfeurs et la mer loin devant soi. On peut donc faire de la prospective et anticiper les défis à venir. Savoir «glisser» pour coopérer plus efficacement est fondamental et permet de favoriser les rapports humains. (...)

«Les discours, les postures rigides créent de l’incompréhension, alors que les arguments passent beaucoup mieux en discutant. La «glisse attitude» permet d’exercer une autorité tranquille et respectée, admise par les autres, plutôt qu’une autorité de la force et de la contrainte. Bref, le dépositaire de l’autorité est d’autant plus respecté qu’il fait preuve d’une attitude fluide.»

Comment, donc, adopter une «glisse attitude» lorsqu’on est en position de leadership? Le scientifique français estime que cela s’exprime tout naturellement lorsqu’on fait preuve au quotidien de:

- tolérance,

- ouverture d’esprit,

- empathie.

A contrario, on est un leader rigide lorsqu’on fait preuve de:

- arrogance,

- égocentrisme,

- apathie.

Une phrase résume à merveille sa pensée: «La métaphore du surf peut nous aider à construire des modèles de société plus vivables, grâce au sens de l’adaptation, du partage, de la générosité, de la solidarité face aux aléas de la vie et à l’adversité».

Par conséquent, il ne tient qu’à chacun de nous de se mettre dans la peau d’un surfeur, le temps d’imaginer ce que nous gagnerions à adopter une telle posture, en particulier dans notre quotidien au travail. Le temps de visualiser ce que cela donnerait concrètement dans un cas de figure récurrent dans notre quotidien au travail (ex.: vous souffrez d’avance de ne plus pouvoir côtoyer vos collègues durant les quatre prochaines semaines, mais à partir du moment où vous observez la situation sous l’angle du surfeur, vous réalisez qu’il vous est encore tout à fait possible de voir l’un ou l’autre dans un parc public, chacun sur un banc). Ou encore, le temps de surmonter vos petites appréhensions afin de vous adapter intelligemment à la nouvelle donne (ex.: suivre un programme de formation en ligne sur la meilleure façon de se comporter lors d’une réunion Zoom ou Teams, histoire d’en faire un moment fructueux pour tout le monde, et non plus une corvée).

Voilà. Le nouveau confinement est une nouvelle épreuve pour chacun de nous. À moins de chercher à en tirer du positif, malgré tout…

En passant, le comte de Saint-Simon a dit dans Du système industriel: «La société ne vit point d’idées négatives, mais d’idées positives».

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