jeudi 1 octobre 2020

Les DRH apprennent l’art et la manière de recevoir les candidats… à distance


En raison du Covid-19, les recruteurs adaptent leurs procédures.

Par Frédéric De Monicault

Publié le 28 septembre 2020 à 12:58,  le Figaro


Recruter en période de Covid, oui, c’est possible, mais pas n’importe comment. Le maître mot: s’adapter. Chez Mazars, dans le peloton de tête des cabinets d’audit et de conseil, l’ensemble des procédures se déroule désormais à distance. «Nous ne voyons pas les candidats mais nos recruteurs sont formés pour évaluer en visioconférence le potentiel d’un profil, expose Lucie Brunel, responsable recrutement des profils expérimentés. Ces techniques sont un peu différentes de celles conduites à l’accoutumée mais pas moins efficaces.»


«Le port du masque nuit certainement à la capacité d’expression, mais ce n’est pas non plus un obstacle rédhibitoire pour évaluer un candidat», explique Brigitte Schifano, DRH d’Aramisauto.Aramisauto


Cette année, les effectifs de Mazars en France devraient gonfler de quelque 750 nouveaux collaborateurs (sur un effectif de 3900 personnes dans l’Hexagone et 40.000 personnes dans le monde). Même un peu inférieure à 2019, la courbe reste dynamique. «Nous avons besoin de cet élan pour conserver notre modèle, explique Charlotte Gouiard, responsable recrutement juniors. À savoir la volonté d’accompagner le développement de nos équipes, avec des jeunes diplômés parfois pré-embauchés pour devenir ensuite seniors puis managers.»

Chez Meritis, cabinet de conseil en nouvelles technologies qui devrait recruter quelque 120 personnes cette année (contre un peu moins de 300 en temps ordinaire), l’un des trois entretiens d’embauche se déroule au siège. «Quoi qu’on dise, à distance, il est toujours plus difficile pour l’entreprise de faire ressentir son atmosphère, donc de se vendre auprès de profils très sollicités, explique la DRH Marie Jacquot-Vivier. En outre, toute une communication non verbale valorisée par certains candidats passe à l’as.»

Masque de rigueur

Pour les rendez-vous en présentiel, le masque est de rigueur et il est impossible de se serrer la main. «Ces deux petits inconvénients permettent cependant d’en plaisanter et d’instaurer un climat de détente», sourit Marie Jacquot-Vivier. Et s’il fallait trouver un avantage à la pandémie, insiste-t-elle, il réside dans la gestion des agendas: les rendez-vous en visioconférence - sans temps de déplacement - sont plus faciles à caler.

«Le port du masque nuit certainement à la capacité d’expression mais ce n’est pas non plus un obstacle rédhibitoire pour évaluer un candidat, relève Brigitte Schifano, la DRH d’Aramisauto. La société de distribution automobile sur internet emploie 550 personnes et en recrute une centaine cette année.

Les profils sont variés - managers, commerciaux, spécialistes des nouvelles technologies, experts en automobile… «Ils sont sélectionnés sur leur expertise, bien sûr, mais aussi et surtout sur leur envie de se développer et leur capacité à s’impliquer», souligne Brigitte Schifano. Dès le début du confinement, Aramisauto a voulu préparer la sortie de crise en adaptant immédiatement ses modalités de recrutement. «La visio est devenue le socle, que ce soit pour les entretiens d’évaluation ou la traditionnelle journée découverte, réservée aux profils présélectionnés», explique Brigitte Schifano.

Depuis quelques mois, Aramisauto constate une légère augmentation du nombre de départs pendant la période d’essai. Les entretiens à distance masqueraient-ils des signaux faibles dans l’évaluation des candidatures? «Nous creusons», dit Brigitte Schifano tout en notant que l’ensemble des interlocuteurs sont globalement à l’aise avec les outils digitaux. «Nous arrivons à un moment où la maîtrise de ces équipements est indispensable à l’efficacité d’une candidature», précise-t-elle.

Si les procédures de recrutement sont très encadrées, elles conservent un peu de souplesse. Mazars maintient ses sessions pour juniors à distance mais offre la possibilité aux candidats expérimentés qui le souhaitent d’un entretien en présentiel. «Nous verrons au cours des prochains mois si les contacts directs s’intensifient, précise Lucie Brunel. En attendant, notre calendrier n’est pas bouleversé: qu’il s’agisse d’un profil expérimenté ou d’un junior, un parcours de recrutement se déroule en moins d’un mois.»

À l’arrivée, souplesse ou pas, les recruteurs ont plus que jamais la pression pour ne pas se tromper. «Les difficultés économiques font que les clients sont ultra-exigeants sur la valeur ajoutée de nos consultants, souligne Marie Jacquot-Vivier. En interne aussi, nous devons parfaitement apprécier l’expertise de nos collaborateurs dès le recrutement: il en va de la crédibilité de Meritis.» Même si les entreprises le disent à mots plus ou moins couverts, elles savent bien que plus rien ne sera jamais comme avant.

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