mardi 17 novembre 2020

“Le numérique ne peut pas être une sous-division de l’action politique”, Gilles Babinet


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Vice-président du Conseil national du numérique et digital champion de la France auprès de la Commission européenne, Gilles Babinet vient de publier “Refondre les politiques publiques avec le numérique” aux éditions Dunod. Une partie de l’ouvrage s’attarde sur le numérique territorial au détour de la santé numérique, de la fracture ou de l’efficacité énergétique. Des thématiques également explorées dans une nouvelle formation en ligne qu’il pilote à destination des agents des collectivités territoriales.



Pourquoi considérez-vous que la fonction publique territoriale est le parent pauvre de la digitalisation ?

Le décrochage est principalement lié au manque de création de fonctions support et d’outils d’infrastructures. Deux facteurs sont essentiels à la transformation numérique : l’accès à un cloud performant et l’identité électronique pour faciliter la communication entre différents services. Nous ne sommes guère avancés sur ces deux chantiers. L’identité électronique n’est pas un chantier simple, marquée par une infamie de naissance qui fait craindre à certains qu’elle soit utilisée à des fins de sécurité et de coercition. Sur le cloud, bien qu’il y ait eu une prise de conscience sur l’enjeu associé de la souveraineté, il y a eu une succession d’erreurs et plus généralement une réticence à passer sur le cloud, vécu comme une perte de pouvoir. De surcroît, la culture en silos de l’administration s’oppose à la transversalité du cloud. Néanmoins, il y a aussi des initiatives à saluer, comme le programme de Développement concerté de l’administration numérique territoriale (Dcant) qui a vocation à homogénéiser les initiatives numériques territoriales, ainsi que leurs relations avec l’Etat central.

Observez-vous une acculturation plus grande des agents et des élus ?

Lorsque je m’entretiens avec des directeurs de systèmes d’information ou des Chief Digital Officer dans des régions, ils confient leurs difficultés à trouver des solutions performantes et compatibles avec le RGPD. Ce n’est que depuis quelques années que ces directions vont dans la bonne direction et articulent des stratégies autour du numérique. Elles se dotent aussi des bonnes compétences, à savoir une expertise qui mélange connaissances de l’administration publique, connaissance du change management et maîtrise des technologies. Le numérique ne peut pas être une sous-division de l’action politique. C’est pourquoi il faut encore rendre la transformation numérique plus concrète auprès des élus et des habitants pour qui le numérique reste encore de l’ordre des investissements « invisibles », comparés aux infrastructures physiques. Il y a encore cette idée que l’aboutissement d’un investissement, c’est un ruban rouge à couper !

Quels sont les signaux d’encouragement?

La fatalité dans la transformation des organisations n’existe pas. La transformation numérique a déjà généré de nouveaux métiers au sein des collectivités et modifie certaines fonctions comme l’accueil, l’instruction de dossiers et la gestion des flux documentaires. Mais la dématérialisation des procédures ne doit pas engendrer une simple transcription littérale des services physiques vers des services numériques sans en profiter pour repenser leur expérience utilisateur. Sinon, on risque de répliquer la complexité, voire de l’alourdir !

La mutualisation des investissements dans les intercommunalités est un autre signal encourageant. Cette efficacité sur les achats entraîne aussi un changement et l’émergence de nouvelles pratiques qu’il faut accompagner. A cet égard, la crise du Covid a concrètement permis de voir qui parvenait à télétravailler et qui ne le pouvait pas ; pour beaucoup, cela a été un signal déclencheur qu’il fallait accélérer.

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